COMME EN QUATORZE MY LOVE

Tant tıaimer sans pouvoir mıen lasser
Sans jamais pouvoir dominer le silence
Malgré la colère qui distille les tirs
À la volée.

Tant tıaimer sans te violer ni transgresser
La correctitude chromée
American bleach
Sans patauger dans ces marais de nausée
Malgré la vengeance qui fait de lıoeil
À la dérobée.

Et tant vouloir entendre tes sentences
Le corps paré à lıinjure du mensonge
De savantes préparations de longues veilles
Sans même les recevoir
Privé même de tıentendre dire
Je ne sais pas pourquoi je tıai aimé
Que mıa-tıil pris de ne te plus tıaimer
Je ne sais quoi en toi de sexe et de soie
Peut-être ou bien tant pis
Je me suis démoulée je nıy suis pour rien
(Mais où étais-tu?)
Et je demande bien mais je me doute
De ce qui fait que tu mıaimes encore
De ce qui tarde que tu mıoublies
À la vérité.

Après tant de maraudages
Dans les zones du non-dit
Que lıon polit comme lıacier des fusils
Se dénuder comme à lıaube de la tendresse
Alors que sur la colline opposée
Sans bruit ton ombre dessine des stratagèmes
Dans le sable maculé de nos blessures
Après tant de chants de sirènes
Au culte de la différence
À lıenvolée.
 
 
 
 
 
 
 

Refuser de plier à la fatalité
Repousser ce calice à jamais
Protéger les tranchées jusquıà la fin
Et tıy traîner presque sans bruit
Pendant ton sommeil banal
Et te laisser apercevoir
Seule dans la nuit moite
Lıampleur du désir
Les ravages du gaz moutarde
La découpure de la chair confiante
La gangrène des coeurs criblés de foi minée
La passion adamantine
Les membres enkystés dans la glaise rouge
Les chants intemporels de lıenfance
Les yeux hagards instruits de toute horreur
Les poèmes de mondes indestructibles
Les péans du jour figés aux lèvres grises
Tout ce que tu me refusas
Tout ce que jıai reçu de trêves insipides
Arborant naïvement les icônes de ma vie
À ta pitié.

(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)