CRITIQUE DE L'HOMÉOPATHIE








Une apothicaire du coeur dans son officine
Dépose grain à grain son rigide verdict
Dans un minuscule vial toujours trop grand
Pour le mourant pauvre paumé.


Ses microgrammes de vérité poudrée
S'envolent dès qu'elle ouvre la fenêtre
Et l'on s'étonne après que l'amour n'en finit plus de finir
Chez le client intoxiqué par ses bons soins.

Elle ne vous voit pas le guichet est trop haut
Mais elle suit à la lettre son compendium éprouvé
L'homéopathie de l'amour fait des merveilles
Elle vous cataplasme une faiblesse en moins de deux.


Madame regardez-moi je doute de votre science
Dois-je vous rappeler le vrai nom de vos drogues
Non ceci est un bon sentiment non ceci n'est pas vous
Non ceci n'ira pas vous ne serez plus un placebo.

Madame non ma chère amie non mon amour
Mon émouvante infinitésimale empoisonneuse
Tu en renverses tes ampoules mais enfin tu m'écoutes
Le vaudou a échoué: que ferai-je de ta tête qui m'habite?


J'ai tenu tête à toute cette pharmacopée
Et tu pourras bien rire de ma poésie
Une fois que le philtre se sera évaporé
Mais je suis encore si gris de toi de toi oh! de toi.

Tu t'étonnes et tu interroges notre alchimie
Je suis si loin dans les volutes de tes autels
Mais la langue est là gravée dans tes cahiers
Tu ne les a pas rangés ils crèvent le silence.


Si tu le sais et je ne traverserai plus seul ces horizons
Oh! je n'évoquerai que ses aspérités et ses douceurs
Mais tu devras ouvrir les volets à t'en éblouir
Et laisser fondre cette cire désormais inutile.

Tes mots de faïence, ta verroterie d'aujourd'hui
Je les ai gagnés à m'en écorcher vif
Mais je ne quitterai plus jamais le sommet de la colline
D'où j'étudie ton mimétisme fantastique
Je maîtrise toutes les couleurs de tes cosmétiques.


Dans ta galerie des glaces je crie ton nom
Mais tu ne m'envoies que tes domestiques
Et si la douleur que tu enfermes dans ces artefacts 
ne grondait pas si claire
Je serais pétrifié par tant de majesté
Tellement rien de tes lignes ne t'incarne.

Mais voilà la suite du voyage comporta des naufrages
Et c'est bien ce qui me trouble avec urgence à ta porte
Je n'ai plus à t'enseigner désormais la torture
Nous nous sommes tapis dans nos oasis virtuelles
Dis-moi que tu le sais que nous savons que cette ouate est si vaine.


Je te dirai que tu es ma soeur et ma source
Et que nous sommes riches à n'en savoir que faire
Je te dirai que presque tous les dieux sont morts
Et que je ne prie plus que pour tenir jusqu'au jour
De la syntonie panacée de nos dérives passagères.

C'est par la vision pure de ma faiblesse que je t'ai
perdue
Celle de ta fragilité m'élance ici à te délivrer
Avec des phrases berceuses avec des timbres 
familiers
Le croisé n'opère que plus que par assonances
Fidèle aux coups d'épée dans sa poitrine de vaillances 
désuètes.

Et quand je pense que je t'ai vue si féconde
Quand je pense que tu ébranlais ma foi c'était hier
À évoquer que l'univers t'appartenait
Alors qu'est-ce que ces chaînes nouvelles
Surgies de ta boutique repeinte de nouvelles illusions?


Sous ces balafres que tu ennoblis d'un labeur aveuglant
Je te vois encore danser si ingénue dans l'arène fleurie
Étirer l'étreinte si calme en zones de mines
Jusqu'à t'arrêter stupéfaite de mes yeux de vierge 
blessée
Tant de noblesse autour de tant de sang versé tant de
nausée.
Quoi que tu mettes sur ton visage
Je fondrai toujours à ton nom
Comme un esclave immolé dans tes jardins de simples.

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(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)