Un poème est une chose inutile
Néanmoins une collection de timbres aussi
Est une chose inutile mais même futiles
Universellement en se raréfiant ces timbres jaunis
Léchés avec amour valent plus que jadis au bureau de
poste
Tard où je passais pour te caresser
Inutilement de mots comme ce poème qui accoste
Mal ficelé se décomposera comme les feuilles affaissées
Éclatantes dčautomnes de feu fières saisons de jeux
Inutiles mais où notre amour si dense
Nous affranchissait de tout poème et de tous voeux
Car nos moindres cafés nos plus secrètes cadences
Anciennement se passaient bien de surenchère
Nulle ne sait combien auraient été belles ces nuits
Tirant de la langue où je mčapplique sur ton corps en jachère
Amoureusement à découper dčinutiles dentelles sans bruit
Telle une vieille attendant la mort décore la chambre
Inutilement de deuil et de sang, de rêves glissants
Où sur des collines tu réapparais dans un ciel dčambre
Noire sans cesse sans visage sans signe même blessant
Nageant si vite dans les méandres
Ensablés de pensées qui se dépensent pour
Parfaire lčart de lčinutile dans des soupiraux enfouis sous les cendres
Obscures de lčamant désoeuvré qui se recycle à
la fin du jour
Une fois foudroyé par la Méduse
Réincarné en anatomiste de corps en flammes
Rallumés trop incandescents pour le papier de muse
Annoté où dčautres âmes se chanteront à
nouveau sur des gammes
Javellisées par un frère écorché de même
lessive
Afin de perpétuer le cycle du Graal
Maudit au nom duquel on écartèle les lexiques à
la dérive
Aléatoirement pour bomber la poitrine évidée de
sa pale
Inutile laudanum des coeurs entiers
Sanglotant sur des claviers sčimmolant sur la scène
Pendant qučau coin des tables enfumées
Étrennant pour lčeffet des regards sombres sans gêne
Réunis dans des cafés inutiles où le mot est stratagème
Fardant la souffrance érigée en système
Offrant à des collectionneurs de biopsies publiques
Recousues en courtepointes du plus pur chic
Embaumant le coeur qui ne bat que par procuration
Ruminant des herbes rouges autour de lčessentiel.
Les rames de papier enfantent des rayons dčinvendus en liquidation
Au nom de ce noeud à la gorge quand tu réapparais sur
toutes les margelles
Car ne te dire simplement que je tčaime encore
Laisse une détestable empreinte sur le vélin
Oubliant comme elle vibrait notre bête à deux dos avant
la mort
Imbue de sa propre vie sans onction sans appel comme un simple câlin
Si sourde au chargement des armes à lčaube pure
Où jčai encuvé ces larmes inutiles pour les badauds
Narrant en filigranes futiles la noce entre les murs
De ton pouls haletant femme suave perdue sans un mot
Exilée du pays jadis épargné par les pissenlits
lyriques
Terre mythique désormais royaume des adventices.
Oh! cčétait, rapporte mon journal inutile en lčannée
où, cynique,
Nostradamus avait prédit le krach des jours de réglisse
Annonçant aux poètes le droit de vendre leurs vers péniblement
sécrétés
Bien plus cher que le papier où dans les moindres creux
Repose la blessure qui transfigure la banalité
Infinie dčévoquer lčhorrible porte qui se referma sur eux
Marquant le soir où ils devinrent poètes
Un moment qui persiste parfois le temps
Éternel que dure le goût de réentendre avec la
ferveur de lčascète
Tonner la symphonie détournant les yeux de lčagonie du sang
La soif de revoir les fleurs de la chambre nubile
Au bénéfice des rescapés dčautres déluges
Peut-être pour un hasard heureux de pieds inutiles
Ou pour la rime blanche de peur verte de cette nausée qui me
gruge.
Écoute, jčai peur mon amour, je me noie, reviens:
Si lčon veut vendre cette idée au bon goût
Inévitablement la forme importe beaucoup.
Et comme première règle: Siffler dans le noir pour rien
Pour ne pas sčattirer la pareille des bouches hargneuses.
Règle suivante: Éplucher les mots trop insistants
Effeuiller jusqučà lčos la muse la plus voluptueuse
Car le spleen se porte de tout temps
Idéalement avec de petits seins et
Puise sa sève dans le fonds de teint
Ignorant ainsi, ô savante tortionnaire, lčobjet aimé.
Troisième règle: Tromper toutes les attentes, feindre
tout dessein
Et pratiquer lčinfidélité dialectique jusqučà
ce que sčopère
La syphilis de la phrase bien ordonnée:
Aguicher, tronquer, adultérer, traficoter
De cette manière on agrémentera la croisière
Obligatoire dans un paquebot de critiques insignifiants
Ustensiles plantés pour les quintessentiels
Lamentables héroïnomanes du signifiant.
Et comme quatrième règle: foutre à la porte lčêtre
essentiel:
Ultérieurement elle reviendra voir si lčon pleure
Rappelez-vous qučau grand jamais il ne faudrait
Qučon lui voie un carré de peau qui la trahirait
Une fois pour toutes à son grand malheur
Et révélerait son imperfection qui nous fait jumelles:
Le féminin nčest employé ici
Librement qučaux fins de la concision formelle.
Encore une règle: Se ménager des pauses à lčhoraire
des litanies
Pour se payer une bonne pinte de larmes
Afin de survivre aux acrobaties du texte
Nullement conçu pour tčétreindre mon amour mais pour
conjurer ton charme.
Au fait, il est étrangement difficile de chanter sans prétexte
Calmement lorsque tes volets laissent
Entrer la lumière jusqučici alors que je me suis écartelé
En vain à te transformer en cet objet de finesse
Auquel je ne tiendrais plus que par un fil barbelé
Tendu lorsque dčautres savourent mieux que moi ta silhouette si sombre
Alors dis au moins quelque chose car côté souvenirs,
Ça se mimétise drôlement sur ton versant dčombre.
Rends-toi à lčévidence: tu nourris le poète de
son désir.
Un beau jour tu le verras crever sur une page
Et lčon cherchera lčempoisonneuse qui a fait ça:
Lucrèce au moins y allait sans ambages.
Le silence ne fait que rythmer le chant du forçat:
Et si tu mčassénais un coup de dague?
Illico ce chancre dans ma poitrine suppurerait:
Ne vois-tu pas la grandeur dans lčeuthanasie, dans la main qui élague?
Nčimporte quelle bassesse que fermente ton angoisse pourrait
Ouvrir ces écluses rouillées, tarirait ce marécage
Complètement et tu nous délivrerais de ces miasmes
Et cčen serait fait de lčéternelle gangrène qui nous
mine sans partage
Nécrotique aliment des amants enterrés en pleins spasmes.
Car nous sommes hélas encore entrenoués
En probation dans nos corps avides de miel
Mystifiés par la phosphorescence de la nuit embuée
Attisés par les porphyres de Golcondes éternelles
Il nčy a pas dčailleurs qui puisse nous délier:
Seules les parois abruptes de ces murs gris
Lacérant le coeur molesté épris dčaltitude sans
collier
Enferment la clef que je dessine toujours épris
Dans cette vase préservant nos escapades fossiles
Arène des étincelles étoilant lčazur fin dans
lčaurore féline
Né immaculé dans lčardeur de la cécité
juvénile
Gorgé de visions de collines derrière les collines
Et derrière les collines il y a encore nous deux
Rêvant que tous ces instants nous appartenaient.
Et cette heure qui vacille toujours entre deux mondes bleus,
Si malléable au pouls du jour qui nous traîne désormais,
Tente toujours de se faire un chemin dans nos décombres.
Dire que jčavais creusé ta tombe en riant comme un triste devin
Enhardi par lčiris des mers dčhuile qui succédaient à
lčhiver sombre
Comme des oasis inhabitées où la soif nous retient!
Remarque que ces lignes qui inlassablement étirent la peine
Obéissent à la règle principale à laquelle
jčarrivais, si je ne mčabuse
Inexorablement avant de mčégarer dans ces jérémiades
en chaîne
Rasoirs du cerveau confit de métaphores abstruses:
Écouter sans cesse la viole qui chante comme une louve
Au plus confus de la ville au plus échevelé de la course,
La mélopée des coulisses où tout acteur se retrouve
Au bout du jour qui nous a fait roi ou manant, au diable la bourse:
Rester disponible à ses arpèges dčenchanteresse!
Elle nčest ni gaie ni mélancolique, elle ne fait que miroiter
Au firmament des esclaves de pain et de caresses
Lčâme qui survit à nos marches poussées par la
chair emboîtée
Il nčy a de liberté qučà sa cadence immuable
Toute sa musique nčest que la pointe du coeur qui dérive
Et pour elle nul ne peut se briser, le reste nčest que fioritures comptables
De la quête épuisante de lčentropie positive.
Entends-tu comme elle monte avec ta colère?
Saurais-tu me dire ce qučelle raconte en ce moment?
Parce que tu sais, les poètes ont ces détestables revers
Acquis par la frugalité de leurs diaphanes aliments:
Resplendir de ces petits gemmes littéraires controuvés
Offerts en pâture aux prospecteurs sans les saisir tout à
fait.
La viole, par exemple, je la sens bien parfois mčéprouver
Et jčaime Sainte-Colombe et Marais
Sans pour cela bien savoir pourquoi elle me tue
Ni pourquoi jčen fais un concept dérisoire
Épaté moi-même par cette règle ronflante
flottant dans son jus
Émise quelques lignes plus haut dans ce déroutant grimoire:
Saigné par lčinsaisissable douleur qučelle transmet
Si cette viole nčest pas le guide universel des coeurs
De la croire telle me la rend plus proche de nos pleurs
Et moins atrocement synonyme de regrets,
Lourde de lčéchec qui résonne dans son corps de femme
aux yeux de jais
Alourdi par les années de questions dčun coeur vacant
Nourries par la vanité que ses octaves ne suffisent jamais.
Et pourtant mon coeur sčarrête quand
Givré par le baiser glacé des souvenirs son chant
Accroche des ombres et les fait jouer sur les murs
Tout comme au cinéma quand tu apparais soudain à lčécran
Inattendue au noeud du drame et que tu te profiles sans armure
Obscure dans lčoeil pathétique de lčamant trahi.
Ne lčentends-tu pas, toi, cette viole qui tremble
Dans tes instants de conjonction? Car ils doivent bien aussi
Exister ces hiatus quand le scénario semble
Louvoyer légèrement au souffle pressant du rêve
Agonisant sous le poids des statues que tu vénères,
Femme de passion pourfendeuse des âmes dans lčheure brève.
Observe bien le silence: il nčest jamais vraiment disert
Il ne distrait pas plus que la dernière vague en
Déferlant sur la grève se démarque de la précédente.
Et pourtant il est lčéther dont lčêtre a besoin tellement
Sans autre repère dans le chaos des sens qui déchantent
À la seule fin de croire qučil nčest pas le jouet de ses errances.
Mais qučest-ce que je fais à te décrire lčécho
de ta voix
Alors que ton silence est le mortier de ton indifférence?
Naïf comme tu mčaimais je te dévoile mon servage et ma
croix,
Tout ce que jčai cru mčappartenir tout ce qui me rive tout entier
Sans espoir à la mémoire de lčombre dčun profil de simulacre
de toi.
Cčest peut-être la force des talismans glanés sur nos
sentiers
Au hasard de tes sourires qui scellaient sans appel ma foi
Ravissant toutes mes défenses abolissant lčéphémère
fade
À laquelle je dois dčerrer ici dans ces champs dčespoirs jonchés.
Une fois que lčon a sorti la tête on ne craint plus les grenades,
Seule lčissue de la guerre me fera oublier les tranchées
Sarcophages des lâches, caricatures de délivrance.
Il me presse de me battre pour ces horizons découverts
Seuls témoins de la tendresse qui tremble jusqučà nos
souvenances
Unique gardienne du foyer des coeurs toujours verts.
Rien que pour toi jčai franchi tant de lignes hostiles
Et perdu tant de sang avant de défier ces frontières
Minées où je suis si inutile-
Et puisque nous y sommes, jčai une règle encore plus austère:
Ne plus jamais te tutoyer ou nous nounoyer
Tant cet exercice sčassimile à un exorcisme
Qučéditeur, je regarderais nos coeurs brûler au foyer.
Un lecteur de poème, ce précieux coelacanthe friand de
romantisme,
Exige que lčon sčintéresse à lui; voici ma résolution:
Je ferai mine de délaisser le genre ménage du grenier
Et je tâcherai de donner dans lčarchitecture de la passion.
Toute lčessence de lčécriture non utilitaire, pensait dans sa
geôle Chénier,
A pour moteur une certaine fièvre esthétique
Inoculée par les ébats insalubres de la bête en
nous
Pestant contre les barreaux dčune cage illusoirement hermétique.
Elle est éminemment asociale, cette brute traquée de
partout,
Rugissant imperméable au discours linéaire
De son dompteur prisonnier du cirque mais plein de brio
Usant de tous les raffinements de Pavlov et de Skinner
Et feignant dčen faire comme de son yo-yo.
Museler le fauve est si facile sous les regards fascinés
On dirait presque qučil danse au rythme des syllogismes:
Noblesse oblige. Car cčest bien lui qui mène la fête,
ma dulcinée
Cčest bien lui qui acquiesce quand la bouche nie avec cynisme
Rêver que le coeur sčétanche dans la foulée des
rires
Il attend en bon chasseur son heure, celle où le maître
Ne reconnaît plus la maison après le départ des
faux sires
Et ne sait plus pourquoi la noce nča pu le repaître
Pourquoi un long cri ébranle soudain les murs
Obscène comme les yeux hagards de la chouette
Ululant la supercherie, clouée vivante à sa tête
comme un parjure
Répétant sans cesse la vaine vengeance du poète:
łRira bien qui pleurera le premier et saura repartir
À jamais sans vous mon amour
Je sais tous vos péchés et je pourrais vous anéantir
À jamais mon amour
Mais vous mčemporteriez comme la terroriste, sans avertir,
Allume lčessence en dernier recours.Č
Il y a sous la divagation du poète lčaubier sous lčécorce
Sillonnée de douleur comme une glauque façade
Qučexfolie parfois un peu le verbe porté à bout de force,
Une chance que nčont pas le faire-part ou la boutade
Attentivement rédigés par un sous-lobe isolé du
cerveau
Civilisé.
Ces lourds envoûtements réverbèrent la force de
lčeau
Roulant là où se dérobent les derniers remparts
balisés
Opposant une vaine résistance au soufre primitif de lčémotion.
Il y a dans le souffle de ces mots inutiles des ouragans
Tant de violence étonne et déjoue les prismes de la précaution
Réglant les heures passées à chercher dčoù
vient le vent
Et où il pourrait bien nous déposer dans tant de ténèbres.
La musique des coquillages irisés que le coeur hanté
recèle
Attise des feux redoutables au coeur de glaciers jadis célèbres
Balisés par les craintes iconoclastes amoureuses de stèles
Immortalisant la futilité de lčargile dans des champs de scories.
Mais si je voulais un instant toucher le noeud qui hurle que jčaime
Et me précipite dans les arènes dangereuses où
se perdent ces cris
Que je tente de retenir sous peine dčen périr par lčardeur même
Un seul instant, et toute cette route ne serait qučune métastase
En quoi je sors sur-le-champ et je vole, oh oui je plane
Toutes les terres mises en scène de tous les feux et de toutes
les extases
On nčen voit plus de là-haut que les débris sous de livides
platanes
Naguère me narguant de lčorgueil des souvenirs dčoppressions!
Désormais hagard des icônes et des camées surgissant
du néant
Et noyant dans leurs paillettes les frissons et les larmes de la passion,
Puissé-je laisser longtemps haleter la brute qui porte mes ailes
de géant!
Ainsi croisai-je Baudelaire le taré à contre-courant
sur son albatros
Rimbaud toujours trop haut visant les ailes du puissant volatile
Tirant des cristaux dčabsinthe pour éprouver son voilier atroce
Ainsi rencontrai-je Mallarmé ivre de ses dernières synthèses
futiles
Concoctant dans son rêve lysergique la ligne pure de lčinsignifiance
Rectification de la trajectoire sčimpose: voici maintenant Verlaine
Éprouvant mille ratés et lorgnant les godasses de sa
décadence
Une chance que voilà Aragon pour voisin dčescadrille, quelle
aubaine!
Sčil y a une certitude maintenant cčest qučil tča un jour fait la cour
Et qučil sait toutes tes sources toutes tes fondrières
Sčil y a une certitude cčest que je tčaimerai toujours
Il y a longtemps que je serre cet étendard sur mon coeur en
charnière
Je sais que tu es Elsa que tu meurs chaque jour comme la lumière
sur la mer
Et de savoir et dčentendre ces murmures dans lčairain du temps immobile
Puiser sans cesse à même des cascades communes à
des trésors si amers
Étouffe ma voix de pitié pour lčor qui dormait pour les
feintes habiles,
Ronge mes ailes de cire qui fondent et jčen ris avant de sombrer
Sans bruit dans une mer dčencre où tu te baignes nue et fière:
Il y a dans ton corps à lčinstant toute lčhorreur de ma foi
cambrée,
Sans bruit je cherche tes bras encore ivre de vies entières.
Tel finit Sisyphe jouant à Icare telles sont les vies que les
mots effeuillent
Et tels sont tous les amants qui ont cru en lčenvers de la matière
Aux irisations de la parole qui châtie et embrasse, au livre
de lčoeil.
Le velours de la peau où tant dčheures se perdirent à
en mordre la lisière
Au coeur de cette même nuit où lčon a un jour creusé
un trou béant,
Ne garde pour toutes attaches que celles qui scellent le corps avide
Collé au timbre dčune voix à en défier la mort
à moirer le néant
Et à traverser les champs de bataille en riant des cris morbides
Râlant qučil ne faut pas céder à lčivresse, ne
jamais desserrer les dents
Dans le feu des météores traçant des croisades
dčamour au firmament
Et dans la tempête où lčon voit des phares bénis
des dieux.
Si seulement lčon pouvait voir les naufrageurs nous dire adieu,
Si seulement je pouvais nommer lčinstant où je mčécrasai
sur ces récifs
En mčagrippant à tes lèvres distraites, à tes
rires de Calypso
Mordant dans des grappes havres de nouveaux courages lascifs
Aussi sûr de toi que lčenfant dormant encore dans la maison sous
assaut!
Pour tous tes mirages je joue sans fin dčarchets diaboliques
Hâlé par ta beauté dans tous les visages à
tous les crépuscules, partout
Où je crois discerner la lumière tu réfractes
tout,
Réduisant mes vaines certitudes en mille aveux cryptiques,
Et de tout cela tu ne sais rien et voilà que je tčapostrophe
de plus belle
Sans me soucier désormais des règles pitoyables qui sanglent
ma muse
Écrans de bravade pour tout désarmer comme lčencre dčun
calmar virtuel,
Navrants soliloques se débattant comme des têtes de Méduse
Avec les coups mortels et les balles perdues des fins de bataille!
Puisque le poète nčenfilera jamais que des fragments dčobus
épars
Puisqučil nčélève sa voix couarde que lorsque sčéteint
la dernière mitraille,
Alors essaie seulement dčausculter ce qučil y a derrière ses
remparts:
Regarde, il nčy a qučun mercenaire de lčamour pleurant derrière
sa lorgnette.
Et qui croira encore que la poésie hisse toujours la parole
au bout de lčhomme?
Ne vois-tu pas qučelle lčempale au bout de sa baïonnette?
Car les mots susurrés par la viole du soir ont la patience des
ultimatums,
Et les rires sčétiolent alors que sčaccomplit ton venin, foudroyante
vipère.
À la guerre du silence je nčai plus hélas que ces fioritures
comme munitions
Usant des soubresauts dčun corps mutilé jčai rallumé
ce brasier qui nous désespère,
Sans pitié pour tes salons de thé je fais oeuvre de démolition
Savourant nos madeleines rassises sous lčoeil stupéfait de ta
cour,
Interrompant la course respectable de ta glorieuse escapade,
Violant le secret de nos secrets, lčeau dormante dčâges figés
au grand jour.
À lčheure tranchante où nous mourrons bientôt survivront
toujours nos charades
Il y aura ces parades fumantes pour témoigner de leurs terribles
ingrédients:
Nčy aurait-il que cette issue que ce mouroir du coeur ne serait pas
qučun long cri
inutile.
Sens-tu la détresse percoler entre les fissures de ces sinistres
expédients?
Que vois-tu dans les terribles fièvres de ce labyrinthe délibérément
futile?
Un arrière-goût du plaisir craintif de lčamant crispé
à lčimage ténue de sa fragilité
Envahit chaque ligne comme des soirs de novembre qui traînent
trop;
Mais le fil se perd en suivant le zénith que fixent tes yeux
épris de facilité:
Où donc sčengloutiront les galets que je jette dans tes mortes
eaux?
Nčy a-tčil pas une façon plus élégante de quitter
le charnier du désir?
À force de fendre lčair de mille armes blanches périmées
je me suis mutilé
Mais qučil fait bon de voir perler le sang à lčheure où
tu sombres dans ton nadir
Où tu disparais dans la marée qui grossit à la
faveur des astres que je vois défiler!
Une armée de cormorans sèchent leurs ailes sur ton magnifique
corps noyé,
Rutilant désormais sans gloire comme un royaume aboli
Par la persistance des cris des amants forcés de louvoyer
Ostracisés à la faveur dčun soir où régnait
la folie,
Usurpatrice des mains jointes sans gloire ni rançon.
Rivé au spectacle de ta fin avec la ferveur des révolutions
je scrute
Terrifié les lourds mirages auxquels sčaccrochaient jadis tant
de frissons:
On dirait que leurs ravages se résorbent que des sens nouveaux
en moi sčaffûtent
Il y a dans certains naufrages des apothéoses qučon a cru impossibles;
Cčest dans leur chute que les météores effraient le plus
les coeurs crédules!
Et à la faveur de ce promontoire vaincu à force de foi
impassible,
Si épuisé je découvre lčampleur fatidique du mythe
chatoyant,
Toutes les splendeurs dorées amassées dans un pèlerinage
si ardent.
Pour sa blanche image il nčy a dčidolâtrie qui nčeût régné
au lieu où elle sčallongeait,
Où dčun seul éclair elle ne me réduisît
à la loi de ses yeux de jais.
Un peu plus à chaque jour je me rapproche de ce que jčai cru
impérissable
Réalisant un peu plus à chaque soupir du vent la vanité
de sa chair
Dont je mčenivrais comme à un autel où la piété
se fait intarissable
Et combien me pèsent les heures données à tout
ce qučun jour lčon vénère
Fièrement comme en ces secondes magiques où tout est
si translucide:
Il en est comme maintenant alors que je mčhabitue à la silhouette
de cette épave
Échouée comme les rêves enfouis dans ses entrailles
livides.
Ratissant en silence cette grève déserte je ne sais ce
que ces orbites caves
Lisaient encore hier en moi pour que toutes mes défenses soient
disloquées
Alors que jčy voyais les mêmes vierges archipels qui scellent
les périples
Sublimes des apprentis alchimistes à jamais subjugués
par le cristal à peine évoqué.
Et si mes phares naufrageurs mčont délivré de celle dont
jčétais le disciple,
Ce nčest pas elle que la mer mča livré: celle-là est
immortelle.
Héroïque prodige tu gis à jamais sur la carte du
Tendre
Et tu charmeras toujours celui qui boit à tes berges éternelles
Ravissant à son courage les serments que lčextase engendre
Et les gravant sur ces parchemins que lčon croit inédits
Sans y jeter les yeux tant lčempreinte du sang suffit.
Sentir tout ces vastes espaces insensés au-delà de la
Bête supprimée,
Et pourtant grimacer à lčidée désormais comprimée
Que les hauts fonds viennent sans nous à bout de nos peines,
Une fois que lčon sčabandonne au fleuve de la survivance:
Il y a dans lčindifférence plus de charge que dans la haine
Gênante dčindices qui font virer le tournesol au rouge intense.
Un tel instant de pure délivrance, mais de quoi me privaient
ces chaînes?
Et je ris, je ris tant de la parfaite horreur du corps suant dčune
furie si
Terrible dans la canicule des draps éperdus, si vaine
Tant elle croit vous anéantir dčun regard noir si précis
Et pourtant si seulement elle pouvait sentir les séismes se
construire
En ces ramifications de lčêtre qui aimeraient mieux ne jamais
éclore!
Nčavait-elle pas vu que jčavais contourné ce vaste océan
pour tout détruire?
Si attentive aux flottilles dčapparat qui lorgnaient ses trésors
Il nča suffi que dčun ultime regard pour qučelle crût que ce
soit le dernier:
La tellurique aventurière sčest évaporée sans
achever la Bête
Et après dčatroces métamorphoses que nulle érosion
nčarrête
Narcisse a péri de ce qučelle avait cru si juste de renier.
Comptons-nous, poètes, du plus pur lignage des amants abâtardis
Et installons sans relâche les pièges les plus abominables
Chantons les mélopées qui perpétuent les mystères
maudits
Ensevelissons les crépuscules de nos affres interminables.
La poésie est une chose inutile pour peu qučon lui échappe:
Un jour banal tu lčas rencontrée et elle tča réclamée
comme génitrice;
Il y a de ces conjonctions dont la rapidité nous décape
Qui révèlent lčétendue réelle des marais
où lčon glisse.
Un soir lčon écoute la viole pour la première fois, un
seul soir suffit
Il y a de ces soirs qui imposent enfin la mort en face
Depuis que jčen transcris le chagrin les zones dčombre ont une topographie
Où jčai découvert que le désir prend de lčamour
tout lčespace.
Un poème est le bâtard du désir inutile
Tout ce qučil instille à lčamour de futile
Et pourtant, Dieu que son cadavre rutile!
(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)