IHRE FEURIGE AUGEN

Ton visage de lait baigne tes yeux de mystère
Je suis de pierre.
Autrefois ces charbons dansaient dans le feu
Quel vain devin j'étais de leur bal!
Ils sont depuis de mythiques vagabonds
Par-delà toutes mes conceptions.

Je saurais qu'ils ont atteint leur havre
Au pli que leur donne ta bouche
Il m'en souvient, quand elle embrasse
Sans calcul mais avec art
Mais ils m'auraient fui sans retour
S'ils me désarmaient d'une étincelle.

Je verrais clairement la ligne fatale
Si leur cristal berçait une vie interdite
Et interrogeait mon bonheur
Je boirais ce calice redoutable
Si je pouvais me mirer dans leur eau noire
Lorsque le jugement tombe.

Mais je franchirais le mur de ce songe
S'ils évoquaient sans avertir
Nos printemps jamais vécus,
S'ils anéantissaient toute parole
Au bout de mon regard
Comme je les vois maintenant.

Je repartirais sans bruit dans la nuit
Si leur anthracite me brûlait sans lueur
Mais je les habiterais un instant de plus
Si leur doute se mêlait au mien
Aux premières pauses de la raison
Lorsque toute parole devient inutile.

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(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)