| Même
au prix de ma mort rapide
Je voudrais savoir si tu es heureuse Si tu sens les mêmes noeuds serrer ta gorge Lorsque la tension de l'être s'accentue À la croisée soudaine de deux vies Lorsque les mots meurent au seuil de la bouche Écrasés sous le poids des contingences Devines-tu seulement Toute la force que recèlent ces jeux L'urgence de la purification Le triomphe de ces intelligences Qui s'élèvent des corps oubliés? Sens-tu parfois l'étroitesse du passage Par où voudrait déferler le dégel Lorsque vibrent les accords brûlants Qui dénouent la symphonie de longues quêtes D'amants qui ignoraient jusqu'à leur sexe? Habitant
toute l'absence de toi
Entends-tu souvent l'autre langage de
la matière
éphémères,
Les couronnant des plus vastes empires?
Dépouilles-tu comme jadis la gangue Masquant les arêtes pures du minéral Dont s'esclaffent les aveugles Qui en auscultent l'enveloppe dérisoire? Heureux
qui comme Boris
Pourrais-je seulement lire sur ton front
condamnées?
Traduirions-nous ensemble les cris atroces
Échappés à la preuve brute de la trahison De l'être où l'on avait déposé toute sa foi ? Saurais-tu peindre le visage que l'on croyait mort Dans le coin le plus douloureux du lit Avec des larmes insoupçonnées de tous Et renaître avec lui et l'aurore Dans la plus glauque des retraites? Trouverais-tu enfin dans l'onde de ces prés escarpés
La certitude que l'herbe laissée
pour la fleur
capiteuse
Survivrait seule au passage de la bise
amère
Et remplirait la chambre du baume le plus rare? Hume le
parfum de ces vertiges
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(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)