Le kaléidoscope quand l'on ferme les yeux
Les chemins de terre les rivières sauvages sous d'étonnants
cieux
Quand l'on se surprend à rêver de frissons éteints
et d'ailes brisées
Les rêves à demi éveillé au coeur du jour
suspendu à des lèvres qui persistent à baiser
Il n'y a pas de compromis lorsque l'on creuse son tombeau dans les
laves de l'amour
Notre temps ensemble aux limites éclatées comme une incarnation
irréversible de nos habiles détours
Un jour Christine la prêtresse contrairement à son habitude me mit sur les rails:
Elle jongle devant lui en l'effarant avec sa solitude et nous ne ferons
jamais mieux
L'été sera superbe ce n'est pas possible fais quelque
chose tiens si vous alliez boire un verre?
Le coeur apprend toujours l'équilibre comme un funambule spasmodique
Je suis l'ombre de l'autre mais je subsiste après l'éclipse
fatidique
Je pousse devant moi de mon pied un caillou blanc si anodin
Le badin fait le chevalier surgi de nulle part mais le tragique veille
au grain
Tu le pétrifies pendant que j'épie la magie de tes yeux
sacrifiée à son ambivalence frelatée
Et Christine la prêtresse m'encourage obliquement de son regard
de fontaine enchantée:
Tisse-la mon oiseleur fébrile cette fine toile vous vous y prendrez tous les deux c'est à sıy méprendre
Rue Saint-Jean la toile n'est pas encore achevée que nous voici
déjà en zones de battue
Le temps me presse tu partiras comment vite repérer l'angle
propice à nos regards énigmatiques
Et nos gaucheries se font malgré nous des révérences
dans la pénombre des impromptus
Mais une complice surgit tenant le miroir qui révèle
enfin les méandres de nos charmes obliques
La bière aidant j'ai enlevé mes lunettes pour mieux voir
l'opération
Tout filet est si futile maintenant nos murmures nous soufflent vers
de nouvelles processions
Il est passé minuit le bal s'est transporté dans un jardin
rustique et nous nous sommes oiselés
Et me voilà moi-même ortolan en compagnie d'une mésange
fauvesse et un peu ensorcelée
Ô castratrice est la surprise du galant quand son gant si savamment
choisi se retourne avec doigté
Dans les mains de l'hôtelière librement captive qui a
déjà avalé la clef!
Elle avait déjà cédé je n'avais rien vu
de l'opération d'où la débandade
Et Christine la prêtresse les joues un peu rouges semble me glisser
à la dérobade:
Cède, cède maintenant il est déjà temps
tu aurais dû le savoir dès cet instant
Où elle avait visé le noir et appâté le
blanc
Hirsute hérissé huppé hébété
humblement honteux hautement harponné heureusement hilare
Mise en scène impromptue je suis au premier plan silence on
tourne rien ne va plus
Et je ne sais pas où ni dans quel état l'autobus nous
déposera mais tu ne sembles pas déçue
En fait il s'agit peut-être d'une touche inespérée
que le naturel fait miroiter aux rêveuses plus tard
En fait je crois que je vais chercher si je n'aurais pas dans mon tiroir
une initiative encore inutilisée
Et en plus il fait un soleil de mai à vous découper un
profil d'odalisque dans la tête
Mon Dieu! dans quel état est ma chambre avais-je ouvert la fenêtre?
Et Christine la prêtresse qui sera là ce soir et je ne
fais encore que te réaliser!
Mais depuis quelques heures Christine n'est déjà plus
qu'un point de fuite
Qui se moquera de nous en pleurant un peu sur le cortège de
la suite.
Rue Saint-Jean poussé sur les marches je suis un guignol dans
un théâtre d'enfants postmoderne
Il est là tu es là aussi nous sommes là tous ensemble
comme des îles en dérive
Dansant et buvant mais il se pourrait très bien que je sois
déjà complètement ivre
Toujours sur mes chapeaux de roue j'essaie de marcher droit entre les
tables de cette caverne
Même Nina Hagen ne peut m'arracher un cri alors que j'accélère
très cool vers un trou noir
Et pourtant ta main dans la mienne le temps d'un éclair a condensé
en moi toute la rosée du soir
Peut-être même une pupille plus béante que d'ordinaire
fait mine que tout va bien
Et Christine la prêtresse de ses savants confettis officie au
sort du noeud gordien:
Longue vie au couple surprise au revoir à dans dix ans tu verras ce sera nous les mariés
C'était un programme double place maintenant à: Marivaudage
dans un taxi ambigu
Dans le rôle du chauffeur nul autre que l'autre et nous tâchons
de faire bonne figure
À ma fenêtre tu écoutais le moteur mourir hors
de vue un peu assombrie: comment être si sûr?
Et pourtant ma foi s'éprouvait à la chaleur de tes bras
coulant vers moi dans ma chambre exiguë
Te ferai-je oublier ou serai-je vite oublié? et ta beauté
qui prend inexorablement toute la place
D'ivresse en ivresse depuis des jours c'est encore l'idée de
ta présence que j'enlace
Que j'enlace avec des mots que la griserie dénature en les murmurant
Tu les as écoutés tu a souri et puis tu t'es endormie
aux côtés d'un obscur conquérant.
Toronto est une géante endormie les étapes interminables
je suis presque perdu
Mais tu m'attends tu parles comme tes lettres tu as pouponné
le voyageur éreinté
J'avais justement apporté cette initiative de secours et elle
t'a habitée
Jusqu'à ce que Rondeau brille pour toujours de nos joies éperdues
Rondeau Rondeau tu m'en parlais encore à la fin comme si c'était
hier
Rondeau Rondeau haut fourneau grouillant d'oiseaux nos corps chauds
si chauds et si fiers
Étranges marécages exhalant des fièvres divergentes
Rondeau tu m'échappas
Émue tu as vu un enfant fragile dans la lumière crue
confondu j'ai vu une amante éprise au moindre pas
Chassé-croisé des sexes ensoleillés dans nos caresses
déphasées sous l'air suffocant
Il y a de ces conjonctures qui mènent à l'extase puis
on se retourne et on se demande encore pourquoi
Pourquoi l'eau du lac Érié perlait si joliment sur ta
peau pourquoi tes doigts devenaient si narquois
Comment peut t'envoûter ce corps hallucinant et fébrile
si petit sous ton désir géant
Avec les quiscales cleptomanes et les écureuils jaloux comme
seuls témoins de ce schisme des sens
J'échoue toujours lamentablement à lire ce que Rondeau
traça ce jour-là dans ton coeur si dense.
Quels miasmes m'ont arraché à toi là-bas? le soleil
m'a aveuglé quand tu es tombée pardonne-moi
S'il t'advenait de chevaucher encore ces plaines sublimes préviens-moi
je te rattraperai
Toronto je te quitte sur le quai de la gare une petite fille fragile
tout à fait défaite
Tout à fait défaite et je m'en étonne car tu es
déjà si loin je cours si fort pour tenter de mieux voir
Tes larmes entreprennent en s'éloignant l'érosion de
zones vierges que tu as entr'aperçues dans le noir
Il est donc vrai que l'on n'aime qu'une fois mais j'étais si
bête
Il est donc vrai qu'une femme peut être une petite fille fragile
sur le quai d'une gare
Il est donc vrai que l'on peut être fissuré par des larmes
un matin où tout baigne dans l'huile
Mais que ferai-je de ton coeur si tu m'aimes autant que m'érodent
ces larmes de curare?
De Toronto à Damas nos êtres rayonnent à l'instant
il me semble que ton amour m'annihile
Les gares cristallisent la langue amorphe des amants comme d'implacables
pellicules
On devrait discuter plus souvent des gares mon amour
De l'espoir au plaisir à l'amour à la foi la résonance
de nos lettres a une telle musique
La cantate seule connue des amants et il n'y a pas de temps ni de mots
qui la soutiennent
Québec fin d'un hiatus les embryons frémissent c'est
l'aube en septembre rue Saint-Stanislas
Tes larmes de gare ont durant l'été creusé un
canyon aux dimensions cosmiques
Du haut de ses falaises le vertige est le même que celui que
me donne ta vie dans la mienne
Mais tu n'en vois pas le fond tu contemples avec moi le soleil émergeant
de ses crevasses
Et dans les remparts les canyons de la ville sont des havres rassurants
en septembre
Avec les accords réinventés des territoires moirés
de nos corps qui magnifiquement se cambrent
Et le coeur qui se grise de tant de cafés Zanzibar et des zestes
bizarres du jazz chez Denis
Et l'allemand qui délie nos langues en se lovant dans notre
langueur telles mille nouvelles litanies
Et l'amour qui se domestique en laissant ces bribes de lumière
dans le sépia des souvenirs
Riches heures règne de l'instant qui captive simultanément
deux rêves accrochés à la foi des rires.
Pèlerin aujourd'hui au bord du canyon j'observe les vautours
pour ne pas pleurer
L'insoutenable futilité de ces frayeurs désormais pétrifiées
qui défièrent un automne de ferveur
Le ciel paraît si grand maintenant des profondeurs de la gorge
où je glissais sourd à tes cris
Ce ciel de désert qui te fascinait alors que je sondais distraitement
des strates inexplorées
Ce ciel dont je te vis fendre l'air de tes formidables ailes déployées
de ces profondeurs
Il est donc vrai que l'on n'aime qu'une fois mais à quel prix
Il est donc vrai qu'un homme peut être un petit garçon
fragile au fond d'un canyon
Il est donc vrai que l'on peut être fissuré par les larmes
quand il n'y a plus de gare pour personne.
Rimes prenez congé il ne faut plus me déranger
Vous ne savez rien de la subtilité des naufragés.
L'amour kaléidoscope quand l'on rouvre les yeux
Jamais ne se fossilise dans le silence
Tous ces mots en hurlent les veines intactes
Et toi mon pauvre amour, ma prospectrice,
As-tu vu, toi, quinze ans après le fait
L'or qui dormait?