MIRAGES

 
 
 
C'est un moment d'égarement
Dans la douceur d'un soir de printemps
C'est un flou artistique
Dans le prisme de l'alcool
Dans la fumée de nos cigarettes
Ce n'est qu'une boule au ventre
Qui trépigne à la fermeture.

 
Ce ne sont que des mots de haute couture
Qui se donnent des airs de bons mots
Ce ne sont que des dentelles
Pour travestir l'envie
Un regard de gueuse
Un air de faux ingénu
Ce ne sont que des pas perdus
À l'auberge du dernier verre
Ce ne sont que des muqueuses.

 
  
Ce n'est qu'une savante parade
Avant la pariade
Ce n'est qu'une pavane
Avant la corne d'abondance
Ce ne sont que des arabesques
Sur fond de teint blafard
Ce ne sont que des croquis de chimères
Pour la quadrature de nos étreintes
Ce ne sont que des croisades
Pour athées en chômage

 
 
Ce ne sont que des entractes
Au jeu tendu dans les coulisses
Ce ne sont que des écrans de fumée
Perpétuant le mystère du plaisir
Des carnavals improvisés
À la mesure des corps battants
Ce n'est que l'alambic de l'ennui
Au bout du jour inaperçu.

 
 
 
Ce ne sont que des frissons
Qui rêvent de séismes
Ce n'est que le froufrou
De cuirasses entrechoquées
Ce ne sont que des armistices
Pour ravitailler la soldatesque
Ce ne sont que des flambeaux
Pour ne pas nous heurter.




 

 

Tes yeux mon sourire ta peau
Mes rêves tes seins mes jeux
Nos sexes mes yeux tes rêves
Ma peau tes jeux et nos larmes
Ce sont nos douloureux mirages
Aux antipodes d'un vaste archipel
Ce sont nos chants de liberté
Dans des langues oubliées
Ce sont nos sourires crispés
Au milieu de la rumeur d'un fléau
C'est la rançon de la décadence
D'empires en reconstruction.


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(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)