MALACOLOGIE

Fou
Jıai cru quıau réveil tu serais toujours là
Tu vibrais pourtant si près de lıinstant vif
Comme le premier café du jour après la bombe
Jıai cru que tu habitais encore la chambre brûlée
Comme une squatteuse patiente
Comme une amante distraite
Ton amour mıa frôlé dans les soupirs des nordets
Qui hantent les brûlis de nos pays perdus
Entre ces pierres toujours chaudes de nos corps
Fou de lèvres scellées
Agrippé à ton byssus ténébreux.

Piégé
Le défi de mes lettres mortes à ton seuil
Fait tomber la gifle du silence qui te drape
Ingrate
Jıai épuisé le lexique à tıémouvoir
Mais il nıy a plus de code qui tienne
Que celui de Darwin pauvre biche
Je me découvre des crocs ridicules
Que je casse sur tes écailles de pacotille
Mollusque
Avant que le venin des grandes extinctions
Ne me dégoûte je te confesse:
Piégé comme un bernard-lıermite
Ému de la perle fatale.

Floué
Mon rêve de nacre épuisant
Peuplé dıépaves vivant de mon souffle
Où seuls les varechs vivent
Dans tes orbites brillants
Et je cours éperdu sur les récifs
Mu par la foi furie des amants insulaires
Je vois des phares là où ne fait que mourir le soleil
Aux confins impossibles
Et sans partage et sans fin
Je mıécorche sur ces vagues rivages
Égrené par le poids des tumulus
Que jıérige en ta mémoire
Sûr de leur valeur,
Floué.
 

(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)