Toute défense glisse désormais sur tes parois
Tout aveu s'étouffe dans la clameur du ressac
Les remous scellent les adieux noyés dans la nuit
À l'heure où la perche ne sonde plus que les galets
Il se fait tard sur les côtes australes.
Les heures et les paroles ne dansent qu'à ta clef
Tous les rites appris sont enfouis dans tes domaines
Et le vagabond s'esquive sous un vent hostile
Sans toit et sans souvenir de ces terres pelées
Il fait froid dans les bruyères.
Et pourtant je jurerais que je t'entends parfois pleurer
Lorsque s'éteignent les rimes accrochées à ton
image
Comme si la terre rejetait nos cadavres plaintifs
Comme si d'aventure tu tremblais près de moi
Dans l'air glacial des îles captives de ces mers gelées
Où tout est immuable malgré nos rêves superbes.
Je n'ai jamais vu que par tes yeux
Aussi vrai que je ne peux refaire seul le chemin
À l'envers de nos mirages d'espoir.
Et ainsi nous revoici à la même halte,
Nous targuant de hautes falaises fières
Les pieds dans une matière commune
Arpentant sans parler les mêmes espaces
Foulant des bornes jetées parmi nos rires
Bernés par la course circulaire de nos vies
Et toujours étrangement unis dans ces zones perdues
Toujours plus étonnés du versant de l'autre
Qui ne se voit qu'au bout de l'exil.
Le prodige que nos ravissements survivent m'étrangle
Et je fixe avidement la lente coulée des glaces
Croyant y voir la marche du temps
Et j'écoute le fracas triomphant de cette débâcle
Fasciné par l'annonce de ma délivrance
Crédule comme un amant transi.
(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)