Assis face à l'occident
J'attends ton écho
Mon terrible amour
J'ai une seule photo de toi
Un ex-voto
Une icône inédite
Laissée pour moi par oubli
Presque volée
J'ai pleuré
À cause de ton sourire
De toutes les extases
Et de toutes les damnations
J'ai pleuré
Le temps et l'espace ne sont rien
Devant ce que je vois
Mon déchirant amour
Il y a tous les voyages
Dont j'ai rêvés dans ton visage
Dans ton visage il y a l'étincelle
Qui éclate sans partage
Il y a le tribunal désert
Dans ce mûr visage
À portée de tous les horizons.
Dans ta sentence suspendue
Ne juge pas ma peine
Tu n'en sais rien encore
Si tu as cru la connaître
Je suis inconsolable
Et je sais pourtant
En nommer tous les rouages
Ils sont là gravés dans ton
visage
Ils sont là outre frontière
Dans les provinces de l'oubli
Oui, tu le sais
Je l'apprendrai tout à l'heure
Nul masque ne va à la tristesse
Je suis gai à ta mesure
Je t'aime à ta façon
Mais tout m'échappe en toi
L'amour une fois nommé
N'oublie plus
Plus jamais
Et je suis condamné
À étudier les grains d'une
relique
Jusqu'à ce que tu me délivres
Alors réponds-moi
N'importe quoi
La douleur m'a fait polyglotte
Tu peux m'apaiser sans effort
Sans même celui de me saisir
Je ferai tout pour nous
Je signerai le pacte
Aux deux endroits
J'enlèverai toutes les marques
J'arracherai toutes les bornes plantées
Au temps où nous étions cantonniers
Sur une belle route poudreuse
Tu étais amoureuse
J'étais le même qu'aujourd'hui
Mais jamais plus la foi
Jamais plus de reine
La couronne fut confisquée
Pour toujours
Par toi, douloureuse amie.
Je ne suis pas revenu:
Je ne t'ai jamais quittée.
(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)