SUR DES OEUFS DANS L'ÉDEN

C'est une fenêtre opaque
Celle qui donne sur toi
Elle cache ton coeur qui vaque
Et qui me laisse pantois.
L'arbre de la connaissance
Fleurit devant ta maison
Et exhale ces essences
À en perdre la raison.
Aurai-je fait cette route
Sans en terrasser le doute?
Silence.

Cette porte encore close
Me terrorise toujours
Même en cette longue pause
Même au bout de ces détours
Cette prison inversée
Où j'ai bu tous les poisons
Je dois pourtant la percer
Pour voir toutes les saisons
Chassées depuis si longtemps
Par nos deux coeurs hésitants
Si troublants.

La veille est criblée de pièges
Au jardin des oliviers
Je dois soutenir un siège
Dont j'ai perdu les leviers
En décidant la conquête
D'une géante tranquille
Je prie pour que l'on m'arrête
Mais tout espoir se défile
Me voici tel que je suis
Nu au milieu de la nuit
Chatoyante.

Pour te voir j'ai dû creuser
La plus petite ouverture
Pour te parler j'ai puisé
Au-delà de nos blessures
Je ne sais si tu me vois
Mais je sais que tu me touches
Dans ces vestiges de foi
Aux racines de nos souches
Contre toutes tes attentes
Et ce que l'absence invente
D'intarissable.

Je ne réclame ni asile
Ni parcelles de ta vie
Je veux te parler de l'île
Où gisent inassouvis
Deux enfants près de la source
Jaillie à même leurs coeurs
Au beau milieu de la course
L'île où rien vraiment ne meurt
 Que nous deux.



 

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(TOUS DROITS RÉSERVÉS, Richard Poulin, 2001)