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À l'abri du terrorisme?
Lettre à Andrée Boucher,
animatrice à CJMF 93,3 (Québec)

 

François Lavallée
26 août 2002


Madame,

Je n'ai entendu que quelques minutes d'une de vos entrevues ce midi, au sujet d'un congrès de l'association des chefs de police, qui étudient les mesures nouvelles de sécurité à prendre, notamment à la suite des événements du 11 septembre.

Vous avez fait à cette occasion une déclaration qui m'a étonné, à savoir que les attentats ont eu lieu à New York l'an dernier, mais qu'aucune ville du Canada n'est à l'abri de ce genre d'événement.

Évidemment, aucune ville dans le monde n'est totalement à l'abri du terrorisme. Pourtant, il faut emprunter un raccourci assez étourdissant pour faire une telle déclaration.

Les attentats du 11 septembre étaient symboliques : ils s'en prenaient aux deux grandes tours de la finance mondiale et au quartier général de l'armée des États-Unis, le pays le plus puissant au monde, un pays qui est considéré par un nombre croissant de peuples comme arrogant et exploiteur. Ces cibles et ce pays n'ont pas été choisis au hasard. Mesuré à cette aune, vous conviendrez avec moi que le complexe H et la tour Ville-Marie ne courent pas beaucoup de risque.

Ce genre de phrase pourrait avoir pour effet de diffuser dans la population des idées et des peurs qui ne sont pas fondées. Il ne faut pas avoir peur d'avoir peur. Le Canada est un pays pacifique et les États-Unis sont une nation guerrière. C'est pourquoi les attentats ont lieu aux États-Unis et non au Canada.

Malheureusement, comme je le disais, je n'ai pas pu entendre votre entrevue au complet. J'espère cependant que vous avez profité de l'occasion pour questionner votre invité au sujet des questions d'éthique et de morale qui se posent dans le resserrement des mesures de sécurité qui est mis en branle dans le sillage de la psychose du 11 septembre. Sur une base américaine de Cuba, des centaines de personnes qu'on a ramassées au filet sont prisonnières depuis des mois sans avoir pu voir un juge; elles sont présumées coupables, ce qui est contraire non seulement aux droits de l'homme, mais au droit anglo-saxon qui est celui du Canada et des États-Unis, et dont nous sommes si fiers en tant que « pays libres ».

Je n'ai pas de sympathie pour les terroristes, mais qui nous dit que ces centaines de personnes le sont toutes? Sans procès public, il est impossible de répondre à cette question.

Le resserrement des mesures de sécurité (comme l'écoute électronique) est nécessaire, comme vous le disiez, à la lumière de la mondialisation du crime. Cependant, il est absolument nécessaire aussi qu'elles soient rationnelles et balisées. Les événements d'octobre 1970, pour ne citer que ceux-là parce qu'ils sont proches de nous et bien documentés (on pourrait ajouter le McCarthyisme des années 50 aux États-Unis), nous montrent bien jusqu'où peut aller un dérapage quand la paranoïa s'empare des autorités. Rappelons qu'en 1970, la GRC et la SQ ont emprisonné pendant des semaines, sans mandat et sans comparution devant un juge, des centaines de personnes pour briser une organisation qui en comptait à peine vingt ou trente. Le simple fait de figurer sur la liste de membres du Parti québécois ou d'une organisation syndicale vous faisait aboutir sur une liste noire.

Je crois que c'est le rôle des médias d'informer les gens et de se faire le porte-voix d'une population vigilante sur les risques d'abus de la part des autorités en matière de respect des droits de la personne. Je suis convaincu que vous êtes de mon avis.

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