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Quand la Belle Gueule
rencontre des Gauloises...

 

François Lavallée
Octobre 1994


        Le Canada espionne le Québec.
        Je suppose que je suis naïf de m'en étonner, comme j'ai été naïf de me scandaliser lorsque l'on a montré comment Bourassa avait agi en tricheur et en naufrageur.
        D'autant plus qu'on le savait déjà. Claude Morin.
        Si au moins le Parti québécois était une organisation terroriste. Le fédéral aurait une excuse. Il en avait une, en octobre 1970, quand il a fait descendre l'armée de son pays dans les rues du nôtre et qu'il a fait enfermer des centaines d'innocents pour trois pelés et un tondu1. (On comprend pourquoi certains menacent que le Canada se transforme en Yougoslavie si le Québec déclare son indépendance. Serait-ce que certains décideurs, au Canada, pensent comme certains décideurs de Serbie?)
        On a des équipements hyper-sophistiqués. Des ressources humaines exceptionnelles. On se plaint de manquer d'argent, et plutôt que de se concentrer sur, je ne sais pas moi, le marché noir, la contrebande, la pègre, par où passent des sommes colossales chaque année, on se conte des histoires d'horreur en écoutant les conversations entre ces forces terriblement influentes et subversives que sont le Québec et la France.
        Dans un bar, pendant que la coke s'échange dans un coin et les semi-automatiques dans l'autre, les agents secrets du Canada épient deux potes au bar qui se donnent des tapes dans le dos en buvant de la Belle Gueule et en fumant des Gauloises.
        Moi, je veux bien rester au Canada. Mais il faudrait d'abord que le Canada me montre qu'il est aussi mon pays. Les faits révélés la semaine dernière par l'espion Mike Frost, comme tant d'autres réalités historiques récentes, sont de nature à nous convaincre que le Canada considère déjà le Québec comme une puissance étrangère, voire ennemie. Il me semble qu'il ne nous reste plus qu'à le quitter de juro. C'est le seul choix logique, en ces temps de restrictions budgétaires.
       Car quand nous serons partis, au moins, le Canada sera obligé de prendre l'argent des autres pour nous espionner.
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1 Cet énoncé mérite d'être tempéré. En effet, il faut préciser que c'est sur les instances du gouvernement du Québec et du maire de Montréal que le gouvernement fédéral a décrété la Loi des mesures de guerre. De plus, il est probable que les abus commis à cette occasion soient imputables davantage à la police provinciale qu'aux autorités fédérales.  (F.L., octobre 2000)
 


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