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Élections 2004, l’occasion de renouveler le fédéralisme?

 

François Lavallée
29 juin 2004

Publié dans Le Soleil du 30 juin 2004
(sous le titre « Le Bloc à la croisée des chemins »)
et dans Le Devoir du 8 juillet 2004


Si le Parti libéral sait en profiter, les élections 2004 pourraient très bien se transformer en occasion réelle de renouveler le fédéralisme... sans amender l’inamendable constitution.

En effet, la victoire du Bloc québécois est incontournable dans toute analyse des résultats, mais encore faut-il savoir quoi en faire.

Les facteurs ayant contribué à cette victoire sont nombreux, mais ils reviennent forcément à un constat : les Québécois se reconnaissent dans ce parti, plus que dans n’importe quel parti d’envergure nationale.

Les Québécois ont été scandalisés et insultés par le dossier des commandites et par la campagne de peur des Libéraux. Mais ils ne sauraient se reconnaître chez les Conservateurs, dont les idées sont aux antipodes des leurs. Le NPD pourrait peut-être répondre à leurs aspirations sociales, mais il demeure perçu comme un parti mineur qui n’a à peu près aucune racine au Québec.

Pierre Trudeau a toujours déclaré que ses députés libéraux québécois représentaient le Québec aussi bien que ceux de l’Assemblée nationale. Mais ce ne fut jamais la perception des Québécois. Un parti national n’a pas la même visée, les mêmes préoccupations, les mêmes priorités qu’un parti proprement québécois.

Arrive le Bloc québécois, dont la loyauté envers le Québec ne saurait évidemment être mise en doute. Le Bloc québécois, dont le programme social est celui qui reflète le mieux les idées des Québécois, notamment parce qu’il n’est pas obligé de transiger avec l’Ouest conservateur.

La faiblesse du Bloc, sur le plan électoral, c’est qu’il est condamné à ne jamais former le gouvernement. Ce fut d’ailleurs l’argument majeur – presque le seul – désespérément martelé par les deux grands partis tout au long de la campagne. Pourtant, les Québécois ont tout de même opté pour le parti auquel ils s’identifient le plus. Il faudra maintenant vivre avec.

Résultat : la légitimité du gouvernement minoritaire fédéral est douteuse au Québec. Un des deux peuples fondateurs ne le reconnaît pas. Encore une fois, le Québec affirme sa spécificité.

Les Libéraux pourraient profiter de cette occasion pour reconnaître officiellement cette spécificité en choisissant le Bloc québécois pour former sa coalition. On pourrait ainsi inaugurer au Canada une formule rappelant celle qui a cours depuis des décennies en Allemagne, où l’Union chrétienne-démocrate (CDU), un parti national, travaille main dans la main avec l’Union chrétienne-sociale (CSU) en laissant à celle-ci le soin de représenter la Bavière, qui se considère comme à part dans la fédération allemande. (La Bavière est le seul Land à ne pas avoir signé la constitution allemande...)

Pourquoi ne pas institutionnaliser cette formule? Pourquoi le Québec n’aurait-il pas son propre parti fédéral appelé à siéger en coalition au gouvernement? De cette façon, le Parti libéral, à l’interne, serait moins écartelé entre les intérêts du Québec et ceux du reste du Canada, et le gouvernement de coalition pourrait véritablement tenir compte des intérêts et des options du Québec dans la définition des politiques nationales.

Malheureusement, le Bloc pourrait faire entrave lui-même à cette vision. En effet, alors que les Québécois semblent prêts à lui donner ce rôle, lui-même s’en attribue un autre. L’accession à la souveraineté demeure son objectif numéro un. Envers et malgré tout... envers et malgré les Québécois eux-mêmes, serait-on tenté de croire. C’est le même déchirement que connaissent le Parti québécois et ses électeurs depuis 1980. On veut vraiment du PQ, mais pas vraiment de la souveraineté. Le PQ étant incapable de lâcher son article numéro 1, on reste assis entre deux chaises depuis 25 ans.

Mais l’impasse n’est pas nécessairement aussi totale pour le Bloc québécois. Pourquoi celui-ci ne transformerait-il pas son mandat pour devenir un parti fédéral régional visant la création de coalitions avec celui des deux grands partis qui accède au pouvoir? Par leur vote du 28 juin, les Québécois montrent qu’ils seraient en faveur de cette formule, qui leur accorderait de facto une place à part, et symboliquement, et dans les instances décisionnelles... tout en respectant le système électoral actuel du Canada et tout en faisant l’économie des impossibles négociations constitutionnelles.

Le Parti libéral saisira-t-il cette occasion concrète de renouveler le fédéralisme de façon durable, dans le sens de la volonté des Québécois et dans une démarche réaliste?
 
 
 


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