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CHOI-FM, les devoirs... et les leçons

 

François Lavallée
8 août 2004

Publié dans Le Devoir du 12 août 2004


 Si CHOI-FM est convaincue d'être exempte de tout devoir, ceux d'entre nous qui savent se remettre en question avons certainement des leçons à tirer de cette aventure.

Premièrement, cette saga présente l'avantage de nous obliger à nous réinterroger sur le sens premier de la liberté d'expression.

Ce qui nous permet de se rappeler que dans une société libre et démocratique, il n'est pas vrai qu'on puisse dire n'importe quoi sans aucune balise.

C'est ainsi que ce mot de « liberté », tel qu'il est galvaudé par CHOI dans sa campagne, trahit une hypocrisie patente. La liberté que revendique CHOI-FM, il faut le dire car tout est là, ce n'est pas celle de dénoncer les injustices et les scandales; c'est celle de vomir sur les gens, de détruire des réputations sur la foi d'affirmations gratuites et d'insinuations grossières et de se livrer à des séances abusives de lynchage, d'humiliation publique et de scatologie primaire.

Il faudrait avoir du front pour prétendre que la société aurait perdu quoi que ce soit si CHOI, à la suite des avertissements du CRTC, avait poursuivi ses activités en en retranchant simplement ses propos diffamatoires. Par ailleurs, faire relever ce genre de propos d'une culture spécifiquement québécoise, comme Jean Charest a maladroitement tenté de le faire pour récupérer le dossier vendredi dernier, c'est proprement grotesque et insultant.

Le second avantage de ce débat, c'est de mettre en lumière certaines iniquités du système judiciaire, et par ricochet l'utilité de l'État (tiens! tiens! aurait-on encore besoin de lui en ce troisième millénaire?). En effet, un des arguments-fétiches de CHOI consiste à déclarer que si on lui reproche des propos haineux, c'est aux tribunaux qu'il faut s'adresser. Or, quiconque a réfléchi un peu à cet argument a maintenant eu le temps de comprendre à quel point il est fallacieux : une bataille judiciaire est extrêmement coûteuse en temps et en argent, au point que seules les grandes entreprises peuvent se la permettre. Et même si un hardi particulier décidait de se lancer dans l'aventure, il serait battu d'avance, car il se mesurerait à un adversaire qui a, tous les jours, un micro à sa disposition, 300 000 paires d'oreilles à son écoute et le doigt sur le piton prêt à couper la parole à quiconque le contredit en ondes. (Car l'hypocrisie se trouve là également : on sait que Filion et Arthur ne se gênent pas pour raccrocher au nez de tout interlocuteur qui risque de prendre le dessus sur eux dans une discussion. Pour dénoncer la censure, on pourrait trouver des figures plus crédibles.)

Dans ce contexte, oui, il est justifié que l'État s'attribue le rôle de gardien du civisme. Avec les précautions qui s'imposent, évidemment - et celles-ci ont été prises. Les 50 000 fans descendus dans la rue le 22 juillet pour acclamer leur gourou à Québec ne le savent sans doute pas, car il y a fort à parier que leurs idoles n'ont pas laissé beaucoup de temps d'antenne à des spécialistes capables d'expliquer la décision du CRTC. Or, si on lit cette dernière, on se rend compte que le Conseil était très conscient de la gravité de son geste, et du sens qu'il pouvait avoir. Il aborde franchement le problème de la censure et la question de la liberté d'expression, et il rappelle d'ailleurs que CHOI avait reçu des avertissements clairs et savait parfaitement quoi faire pour éviter le drame qui la frappe maintenant.

Il est certes dommage que le mécanisme primaire mis à la disposition du CRTC l'ait obligé à sortir le bazooka pour tuer une mouche. C'est peut-être une autre leçon à tirer de l'expérience. Il paraît que bien des auditeurs de CHOI écoutaient ce poste pour sa musique et pour d'autres émissions que celle de Filion. Tant mieux si c'est vrai. Mais au fond, une nouvelle radio remplacera CHOI, et la musique adulée par la « génération X » ne devrait pas avoir trop de mal à se frayer à nouveau une place sur les ondes...

Enfin, le dossier aura eu un autre avantage inopiné, celui de montrer à ceux qui en doutaient encore l'opportunisme politique et la hiérarchie des valeurs de Mario Dumont. Le mardi 3 août, on apprend que le système québécois de protection de la jeunesse tourne carré. Le jeudi 5, on apprend qu'une bactérie fait de plus en plus de ravages en raison de l'insalubrité des hôpitaux québécois. Le vendredi 6, sur quel dossier décide de s'indigner le chef de l'ADQ? La fermeture d'une radio-saletés, dossier qui, de surcroît, relève du gouvernement fédéral. Oserons-nous comparer ce que la société aurait à gagner, d'une part, du succès d'une intervention sur la protection de la jeunesse, et d'autre part, du renouvellement de la licence de CHOI?

Mais la leçon la plus importante, c'est sans doute M. Dumont qui la tirera lui-même un jour où l'autre. Aujourd'hui, il a la faveur des animateurs de CHOI et peut ainsi faire mousser sa popularité. Mais le jour où il sera plus payant pour Filion et Arthur de le traîner dans la boue recto verso pour le plaisir de la galerie, M. Dumont comprendra sans doute l'utilité d'un tribunal des ondes. Parlez-en à Andrée Boucher, ex-mairesse de Sainte-Foy...
 


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