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Commandites : et la mécanique humaine?

 

François Lavallée
15 février 2004

paru dans Le Soleil du 23 février 2004


Quand, au hasard de nos lectures ou de nos voyages, on contemple tant d’États africains ou latino-américains où la corruption fait partie intégrante du travail des fonctionnaires, on ne peut qu’apprécier de vivre dans un pays où les choses se passent autrement. Et la question se pose : pourquoi, en fait, les choses sont-elles différentes ici?

Dans un monde où les technocrates ont le micro et le haut du pavé, il est facile de croire que nos meilleures garanties contre la corruption et l’anarchie résident dans l’adoption de règles législatives et administratrives bien pesées, bien pensées, qui rendent impossibles ces agissements que l’on considère comme inadmissibles.

Dans la foulée du scandale des commandites fédérales, la même question revient d’ailleurs dans la bouche de tous les intervieweurs : quels mécanismes pourrait-on mettre en place pour éviter que ce genre de choses ne se produise?
Or, la vérificatrice générale est très claire dans son rapport : tous les mécanismes nécessaires sont là. Ce n’est pas les papiers qu’il faut changer. Il va falloir cesser de remettre la responsabilité de nos actes à des systèmes. Il va falloir faire entrer le facteur humain.

En effet, on aura beau ériger tous les systèmes qu’on veut pour expliquer la généralisation de la corruption dans certains pays et son absence relative ici, il demeure une explication qui me semble la plus solide et la plus vague à la fois : la mentalité. On fait ce que font les autres autour de soi. Toutes les sociétés ont toujours fonctionné de cette façon.

Si des scandales comme celui des commandites peuvent arriver, c’est parce que des gens en chair et en os, assis sur des directives infaillibles, ont décidé et ont assuré leurs collègues que ce n’était « pas grave ». Pour éviter la reproduction de ce genre de comportement, ce qu’il faut, ce n’est pas trouver un nouveau système, c’est redonner dans notre société la place qui lui revient à... la morale, l’éthique, les valeurs, appelez cela comme vous voulez, mais il s’agit de cette chose qui s’apprend principalement à la maison et à l’école et qui se perd si facilement si les médias et vos collègues vous disent que c’est du vent et qu’on peut s’en remettre entièrement aux lois, aux directives et éventuellement à la police. C’est pourtant évident : dotez un pays des lois les mieux faites du monde (la constitution-modèle des États-Unis n’a pas empêché l’adoption de la Patriot Act) et dotez-le aussi de la meilleure police du monde (pensons à tous les États policiers d’hier et d’aujourd’hui), et si l’éducation des citoyens ne va pas dans le même sens, vous êtes encore bien loin d’un pays civilisé où il fait bon vivre.

À une époque où l’on chante sur tous les toits l’intégrité d’un Claude Ryan, y a-t-il une seule personne pour croire que cette intégrité soit attribuable au règlement intérieur du Devoir?

La solution préconisée ici semble bien vague, il est vrai. Mais il y a des moments où il faut admettre que les bonnes réponses n’ont pas toujours un début et une fin clairement définis. Que l’on n’a qu’une piste. Refuser d’envisager cette piste uniquement parce qu’on en voit mal les contours, c’est déjà repasser la main aux technocrates qui ne jurent que par les mécanismes.

Or, s’il y a une chose que le scandale des commandites peut nous apprendre, c’est que dans un monde humain (et prions Dieu que le nôtre le demeure), les mécanismes ne nous protégeront jamais à eux seuls.
 
 


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