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Un coup de couteau dans le cœur jamais n’en abolira la beauté

 

François Lavallée
15 septembre 2001


Cette nuit, j’ai écouté de la musique. Et soudain, j’ai eu une vision. J’ai vu une tour pareille à celles qui viennent de disparaître en poussière, mais celle-ci bien intacte, droite, brillante, splendide, et de ses fenêtres jaillissaient des giclées de couleurs vives, comme si des enfants, de l’intérieur, projetaient sur le ciel bleu des gerbes de gouache jaune, verte, rouge...

Et l’évidence m’a frappé : le bleu du ciel, le vert des prairies, le rouge cendré du soleil couchant existent encore aujourd’hui, dans notre monde, et continueront d’exister demain.

La violence, petite ou grande, a toujours existé. À grande échelle, sur notre planète, dans notre société. À petite échelle, dans nos foyers, dans nos cœurs. Quand elle atteint un paroxysme comme mardi dernier, elle frappe l’imagination et nous incite à sauter bien vite aux conclusions. Au sujet du cœur de l’homme.

Et pourtant.

La musique, dans la bouche d’un enfant ou sous l’archet d’un virtuose, a toujours existé aussi. Avant et après le 11 septembre 2001, ce soir, demain soir et indéfiniment, dans tous les coins du monde, un musicien jouera du Mozart.

Et ne pourrait le faire s’il n’y croyait pas.

Malgré l’acte destructeur de mardi dernier, tous les jours, depuis plus de deux cents ans, quelqu’un fait revivre l’exubérance, la vigueur, la plénitude de la musique de Beethoven. De jour en jour, sur notre planète, des pianistes, des quatuors à cordes, des orchestres entiers nous offrent la beauté sur un plateau d’argent. Des chœurs nous chantent l’Hymne à la joie.

Un jour, il y une douzaine d’années, cet hymne a été joué publiquement pour célébrer la chute du mur de Berlin. Ce jour-là aussi, l’émotion était à son comble. Des familles étaient réunies après une coupure de trente ans. L’humanité aimerait croire que ses moments heureux lui promettent un bonheur sans faille et un restant de vie sans épreuve. Et les épreuves lui font renier bien vite et bien injustement ses motifs de bonheur.

Le grand danger est de croire que cette joie soit l’illusion et le drame la réalité. Les deux coexistent, et aucun n’a préséance sur l’autre.

À côté des actes de violence qui se commettent chaque jour, dans chaque grande ville, il y a des gens qui consacrent leur vie à aider les plus démunis, et dans chaque petit village, une foule de gens qui souffrent en voyant la souffrance, une foule de gens qui ne feraient pas de mal à une mouche.

Une foule. Chaque jour, dans notre monde, un être humain pardonne, tend la main, prête l’oreille, donne du pain à son semblable. Pourquoi se faire croire qu’il n’existe pas?

Combien d’heures avons-nous consacrées, depuis mardi, à visionner l’explosion des tours jumelles de New York, à en parler, à se laisser impressionner par les auteurs de cet attentat? Aujourd’hui, consacrons autant de temps à écouter la musique séculaire de Bach ou de Beethoven. Vous verrez, leur message peut avoir l’effet d’une bombe.


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