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L'équité salariale, oui, à condition de ne pas l'appliquer

 

François Lavallée
9 novembre 2001
Publié dans Le Devoir du 8 janvier 2002


Les moyens de pression des enseignantes et enseignants font fuser de partout des témoignages d’antipathie. Ces reproches sont-ils justifiés? Il pourrait être utile de trier les pommes et les oranges.

Tout d’abord, il ne faut pas oublier que contrairement à de nombreuses luttes corporatistes, cette bataille-ci s’incrit dans une démarche de société qui fait généralement l’unanimité. Du moins tant qu’on reste au niveau des principes. Je veux parler de l’équité salariale.

L’équité salariale est basée sur un phénomène reconnu dans notre société, à savoir que de nombreux emplois sont sous-payés du simple fait qu’ils sont occupés majoritairement par des femmes. Ce sexisme latent est un vestige d’un époque révolue et il serait malaisé d’en préconiser le maintien.

Le débat a été fait à ce propos. Les arguments et contre-arguments pesés et soupesés. Et la société a fait son choix. C’est ainsi que l’Assemblée nationale a adopté la Loi sur l’équité salariale en 1996. À l'unanimité. C’était quand même bon pour l’image, et le Parti québécois n’était pas peu fier de ce nouveau fleuron à son bilan de gouvernement social-démocrate de plus en plus mis en doute.

Est-ce que le travail des enseignants et enseignantes est effectivement sous-payé par rapport à leurs tâches? Toutes les études sérieuses des dix dernières années disent que oui. Le ministère de l’Éducation et le Conseil du Trésor ont même participé activement à certaines d’entre elles et en ont reconnu la validité.
Ce n’est que quand vient le temps de payer la note que le gouvernement, après avoir fait patienter les enseignants et enseignantes pendant des années, se défile. L’équité salariale, c’est bon, à condition de ne pas payer les femmes plus cher que maintenant.

Les arguments méprisants entendus dans les tribunes populaires invoquent souvent les fameuses vacances d’été. Le fiel qui ressort de ces interventions laisse transparaître plus de jalousie que d’objectivité. Chacun a le droit à ses perceptions personnelles en ce qui concerne le nombre d’heures accomplies par les professeurs. Mais les études gouvernementales (je n'ai pas dit « syndicales ») concluant que les enseignantes et enseignants sont sous-payés tiennent compte des mois de vacances, car ce facteur est prévu dans la loi.

Le nouvel argument du ministre de l’Éducation paraît aussi bien curieux, lorsqu’il fait appel à la notion de temps requis. Autrement dit : « Les études démontrent effectivement que vous faites 40 h par semaine, mais en réalité, vous ne devriez pas en faire plus de 35. » On ne sait pas trop comment interpréter cette vision du travail de l’enseignant. Est-ce que, vraiment, les enseignants, qui constituent un des corps d’emploi qui se plaint le plus de surmenage, en font « plus que nécessaire » pour... je ne sais pas... par désoeuvrement? Ce serait intéressant de demander aux parents ce que les professeurs de leurs enfants font de trop dans une semaine, à leur avis.

On oppose aussi souvent aux enseignants et enseignantes des arguments du genre « il est normal dans notre société de n’être payé que 35 heures quand on en fait 40 ». Encore une fois, la jalousie l’emporte sur le bon sens. Que des personnes dont les conditions de travail sont frustrantes pètent les plombs à l’idée que certains groupes dans la société puissent être payés pour le nombre d’heures qu’ils accomplissent effectivement, c’est tout de même inquiétant. À choisir, je préférerais vivre dans une société où l’on dit « il est normal d’être payé 40 heures quand on en fait 40 ». Pas vous?

Quant à la sécurité d’emploi, elle donne assurément lieu à des excès, et ceux-ci doivent certes être dénoncés et corrigés, mais c’est une autre bataille; cela n’a rien à voir avec une l’adéquation entre la tâche de l’enseignant ou enseignante et sa rémunération.

Évidemment, comme on le voit presque immanquablement depuis l’aube des actions syndicales dans le secteur public, les intéressés manquent radicalement d’imagination et de respect du citoyen quand vient le moment de trouver des moyens de pression. Prendre les enfants et les parents en otage, ce n’est pas la meilleure façon de montrer qu’on a raison. D’un autre côté, au milieu de l’indifférence générale, la preuve est faite que c’est le meilleur moyen de nous obliger à nous poser des questions.

Mais ne laissons pas la maladresse des syndicats noyer le fond du débat. La Charte des droits et libertés de la personne, depuis 1976, prévoit que « Tout employeur doit, sans discrimination, accorder un traitement ou un salaire égal aux membres de son personnel qui accomplissent un travail équivalent au même endroit. »

Que ceux qui sont contre lèvent la main.


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