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Lettre d'une erreur médicale

 

François Lavallée
8 janvier 2002


 Châteauguay, le 8 janvier 2009
 

Bonjour,

Je m’appelle Kimberly, j’ai dix ans, et j’écris pour dire à quel point je suis heureuse aujourd’hui, car après des années de batailles judiciaires, ma mère vient enfin de gagner près de 100 000 $. J’ai de bonnes raisons de croire que je profiterai d’une partie de cette somme.

Comme les lecteurs du Devoir l’ont appris le 8 janvier 2002, ma mère ne voulait pas d’enfant quand elle est devenue enceinte. (Je le sais parce qu’on a découpé l’article de la page A-2 à l’époque et on me l’a conservé pour quand je serais grande. Vous vous en souvenez peut-être, on y lisait mon nom en toutes lettres dès le premier paragraphe : « l’erreur médicale respire [...] et se prénomme Kimberly »).

Le deuxième problème de ma mère, outre mon existence, c’était que ses médecins n’ont pas su me détecter dans son utérus. S’ils l’avaient fait, je n’y serais pas restée longtemps.

C’est peut-être pour cela que je ne lui ai donné aucun signe de vie avant ma naissance. Mais il faut dire aussi – vous n’aurez pas de mal à me croire – que je suis d’une nature discrète.

Lorsqu’elle m’a vue tomber entre ses deux jambes, ma mère était furieuse. Elle a juré que ses médecins ne s’en sortiraient pas aussi bien que moi. Elle a entamé des poursuites, soutenant qu’elle avait été brimée, à cause des médecins – et, j’imagine, un peu à cause de moi et de mon père – du droit sacré et naturel de décider entre devenir mère ou non.

Je dois avouer que durant toutes ces années, j’ai eu un peu peur que ma mère n’exerce son choix rétroactivement. Mais apparemment, les lois canadiennes font une différence entre moi et moi selon l’âge que j’ai, et il serait illégal de se débarrasser de moi maintenant. Du moins de manière aussi irréversible.

Aujourd’hui que ma mère a eu gain de cause, je crois que c’est une bonne chose qu’elle ait dit à tout le monde qu’elle ne voulait pas de moi. Ça va nous donner un coup de pouce dans la vie. J’ai déjà, comme on dit, une partie de mon avenir d’assurée. Et je crois qu’il est dans l’ordre des choses que ces médecins nous procurent un revenu d’appoint. Car en un sens, c’est un peu eux, les auteurs de mes jours.
 


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