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La marée noire des Galapagos n'est pas un tremblement de terre

 

François Lavallée
Paru sous le titre La non-catastrophe des Galapagos
dans Le Soleil du samedi 3 février 2001


         Un pétrolier s’échoue au large des îles Galapagos. Une fuite, deux fuites. La marée noire. Rapidement, les gouvernements de partout apportent une aide technique et financière. Le jour même, des bénévoles sont sur la plage et ramassent les dégâts à la pelle et au seau.

        Le Fonds mondial pour la nature (WWF) injecte à lui seul 100 000 $ dans l’opération de sauvegarde et lance une campagne de souscription pour inciter les bonnes âmes, comme vous et moi, à contribuer à cet effort.

        En voyant les citoyens du monde envoyer des dollars, des francs et des pesos pour réparer les pots cassés, en voyant des bénévoles passer leurs journées sur le littoral à nettoyer le sable poisseux, on se demande si ce n’est pas le monde à l’envers.

        On traite cette marée noire comme si c’était un tremblement de terre : en faisant appel aux deniers publics et aux gens de bonne volonté. Or, une marée noire n’est pas une catastrophe naturelle; ce n’est pas un cas de solidarité humaine : c’est un cas de responsabilité d’industrie.

        Certes, le capitaine du Jessica a été arrêté et incarcéré. Les dépenses occasionnées par lui et son navire frisent le million, sans compter le travail bénévole ni les risques de dégâts irréversibles, mais lui, de toute façon, ses assurances se limitent à 10 000 dollars.

        La même semaine, Petro-Canada annonce des bénéfices records pour le troisième trimestre 2000 : 229 millions de dollars, une augmentation de 141 % par rapport à l’an dernier. Et Petro-Canada, c’est un nain. Texaco seulement, plus de 600 millions de dollars US nets en trois mois, soit une hausse annuelle de 473 %, au début de l’année dernière.

        L’année dernière, celle où l’on a vu pendant des semaines une armée de bénévoles aux yeux rougis par les vapeurs brûler leurs gants de caoutchouc en ramassant du mazout sur les côtes de la France, après le naufrage de l’Erika.

        Devant la fréquence des marées noires (plus de 1 700 en 35 ans), on ne peut croire que les responsables de cette industrie prennent toutes les précautions qui s’imposent. Et devant les états financiers de ces sociétés, on ne peut croire qu’elles ont besoin d’un chèque du WWF pour le faire.

        Tous ces gestes de solidarité font honneur à l’humanité. Mais ils le feraient tout autant s’ils étaient consacrés aux victimes des tremblements de terre du Salvador et de l’Inde, et si la facture des mesures de protection des pélicans des îles Galapagos était refilée à l’industrie qui leur verse son or noir sur les ailes. Quitte à ce que le pourcentage de la progression des profits à annoncer aux actionnaire ne se mesure pas toujours dans les trois chiffres.
 


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