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Les « ingénieurs » de Microsoft, un problème de traduction

François Lavallée
11 octobre 2005


Le 4 octobre 2005, la Cour d’appel confirmait les décisions de la Cour du Québec et de la Cour supérieure selon lesquelles Microsoft utilisait illégalement le titre d’ingénieur pour désigner certains de ses conseillers qui ne sont pas membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec.

Le problème est présenté comme une question de droit, mais il s’agit au fond d’une erreur de traduction.

En effet, le mot engineer, en anglais, a un sens beaucoup plus vaste que le mot ingénieur en français. Un engineer peut être un simple technicien, voire un mécanicien (notamment dans le domaine ferroviaire). Ainsi, un aircraft maintenance engineer est en français un technicien d’entretien d’aéronef, formé au niveau collégial (ces termes sont normalisés par Transports Canada).

Il en va de même pour engineering, qui peut désigner une simple technique ne relevant pas forcément du génie. Pensons à radio engineering ou à reservoir engineering (en génie minier), qui se traduisent respectivement par radiotechnique et étude de gisement. Certes, l’influence de l’anglais a fait progresser le mot génie – et surtout ingénierie – en français, mais à la base, il demeure que les concepts anglais et français ne se recoupent pas.

C’est pourquoi, entre autres, les membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec peuvent se contenter du titre ing. apposé à la suite de leur nom, alors que dans les provinces anglophones, on utilisera plutôt l’abréviation P. Eng., pour Professional Engineer, car le simple terme Engineer ne suffirait pas. En français, il serait inutile de préciser ingénieur « professionnel ».

Ainsi, si les certified system engineers de Microsoft ne doivent pas porter le titre d’ingénieurs, ce n’est pas seulement parce qu’ils ne sont pas membres de l’Ordre des ingénieurs : c’est simplement parce que ce sont des techniciens (ou des « conseillers », si l’on veut), et non des ingénieurs, bien qu’ils soient bel et bien des engineers en anglais!

Microsoft a-t-elle bénéficié des services de traducteurs compétents pour l’éclairer sur cette question? Peut-être que oui, peut-être que non. On sait que les traducteurs constituent rarement une instance décisionnelle dans une entreprise. Chose certaine, la compréhension du fond du problème, d’ordre linguistique, lui aurait sans doute évité une bataille juridique perdue d’avance.
 
 

Commentaire d'un internaute au sujet de l'origine du mot anglais engineer dans le domaine ferroviaire

[...]

I write to share a bit of history regarding the English word “engineer” gleaned from my 15 years as a stationary engineer in Toronto.
 
Most people do not realize the historic development of boilers, locomotive and stationary “engines”. During the years from 1698 until the formation of the Hartford Steam Boiler Inspection and Insurance Company in 1866, the buyers of steam engines were terrified of steam boiler explosions. (When water turns into steam it expands about 1,000 times!) One boiler exploded every four days. 
 
Until 1866, buyers had no insurance as we know it. At first, the “engineer” who built the “engine” was expected to prove the safety of the engine by operating it himself. Eventually, they would send a member of their family to operate the “engine”. These substitute operators took the title of “engineer” and were the “insurance” that the engine would perform safely. Finally, there were stationary engines (for industry and heating) and “locomotive” engines for trains or ships. Each had operating “engineers”.
 
I imagine something similar happened in France, but they evolved differently. I would like to ask someone in the trade in France to give me the history of steam in that country and why they developed a different vocabulary for the trade.
 
I hope this is a helpful description.
 
Cordial kind regards,
 
Robert Frankling, Toronto
January 02, 2006


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