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Latimer, une autre porte sur le vide

 

François Lavallée
Article paru dans Le Soleil au printemps 1997


        Peut-être est-ce le système pénal occidental au complet qu’il faut repenser. Fondé tout entier sur la notion binaire de bien et de mal, il faut avouer qu’il paraît bien primitif.
        Dans une cause civile, ce n’est pas pareil : il s’agit de redresser des torts. M. Tremblay a fait du mal à M. Dupont, et il doit réparer sa faute : d’où dommages-intérêts.
        Mais au pénal, l’histoire est tout autre. On considère que c’est à la société que l’homme a fait du tort. Nécessité oblige. Car le tué, lui, on ne peut plus le dédommager. Quant à sa famille, elle est la première à dire que rien ne pourra lui rendre le défunt. « Réparer ses torts  », ici, ça ne veut plus rien dire.
        Qu’il s’agisse d’un viol ou de tout cas de violence en général, et le problème est le même.
        Le système pénal semble centré sur le fait qu’il faut décider si la personne jugée est bonne ou méchante. Comme dans un western de série B.
        Et les trous s’accumulent. M. Latimer est-il un bon ou un méchant? Les arguments pour et contre sont connus. Pour lui, il a agi par compassion. Une société peut-elle accepter qu’une personne en tue une autre parce que celle-ci est handicapée? Non. Mais y a-t-il du bon sens dans l’idée d’envoyer en prison un père qui a tué sa fille dans un tel contexte?
        Ce problème en rappelle bien d’autres, des « vides juridique  ». Le cas de Nancy B., celui de Sue Rodriguez, qui a demandé à son médecin de mettre fin à ses jours. Et, bien entendu, la longue polémique entourant l’avortement. Une société peut-elle accepter que ses membres éliminent leur progéniture sans que l’on considère cela comme un drame? Non. Mais allons-nous jeter en prison une jeune fille qui a décidé de le faire? Cela n’a guère plus de sens.
        Où est la solution? Je la vois à peine poindre, mais il me semble évident que quelle qu’elle soit, elle nécessite un renversement complet de notre conception même de droit pénal. Il ne faut peut-être pas se demander si l’homme jugé est méchant, si la question n’a pas de sens. Non plus que s’il devrait être puni, si le châtiment n’a pas de sens.
        Aux grands de ce monde à nous ouvrir la voie. Quand je dis les grands, je ne parle pas de ceux qui en portent les titres; je pense aux artistes, aux penseurs, aux gens qui savent faire reculer les limites de notre conscience.
        Le cas Latimer nous ouvre encore une fois une porte sur le vide. Il faudra bien y sauter un jour.


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