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Lettre à Jean-Robert Sansfaçon
sur son éditorial intitulé Un geste précipité
paru dans Le Devoir du 7 septembre 2004

 

François Lavallée
7 août 2004
Monsieur Sansfaçon,

J'ai lu avec intérêt votre texte de ce matin sur le retour en ondes de Robert Gillet.

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu Robert Gillet en ondes, mais je présume que non puisque vous êtes à Montréal. C'est donc en tant que citoyen de Québec que j'aimerais porter à votre attention un aspect fondamental de cet événement qui pourrait vous échapper.

Depuis le départ de Robert Gillet, il y a presque deux ans, le paysage de la radio au Québec était désolant.

Le retour de Robert Gillet, c'est enfin à Québec la possibilité d'écouter la radio sans être obligé de choisir la guimauve d'une part ou les concours de fellation (littéralement) d'autre part.

J'ai écouté la première demi-heure de l'émission de Gillet ce matin, et ce fut une bouffée d'air frais que j'attendais depuis longtemps.

M. Gillet a commencé par une déclaration publique où il disait regretter ce qui s'est passé. Vous pouvez, si vous voulez, douter de sa bonne foi. Mais il n'empêche que le ton même de ce message avait une tenue que l'on entend rarement à la radio de Québec.

Ensuite, il a passé la Chanson pour l'Auvergnat de Brassens. Puisque vous connaissez sans doute cette chanson, vous comprendrez que ces paroles ont été très émouvantes et que le choix de la chanson n'aurait pas pu être plus pertinent. Pour ma part, j'ajouterais qu'il était rafraîchissant d'entendre à la radio une musique dont le choix n'était pas dicté par les distributeurs de disques ni par un directeur musical dont la discothèque tiendrait dans une valise.

Ensuite, les auditeurs ont eu droit à une entrevue sur le drame de Beslan. Une entrevue en profondeur malgré sa courte durée, avec un Québécois à Moscou bien informé, où l'on a pris le temps de situer l'Ossétie, la Tchétchénie et le Caucase géographiquement, humainement et politiquement avant de passer aux réactions locales relativement au drame.

Même à Radio-Canada, on n'a pas droit à une telle qualité d'entrevue et d'information à Québec.

Ensuite, une chanson de Bécaud, choisie encore une fois non pas en fonction du « format musical de la station », mais en fonction de l'entrevue qu'on venait d'entendre.

C'est malheureusement à ce moment que j'ai dû éteindre la radio, mais c'était avec un soupir de soulagement. Vous reproduisez dans votre article l'argument de certains esprits chagrins qui disent que Gillet n'a plus la « crédibilité morale » pour animer une émission de radio. Je peux vous dire, pour avoir écouté Robert Gillet ainsi que d'autres animateurs de radio depuis des années, que ces bien-pensants manquent leur cible quand on sait qu'à un autre poste, on organise des concours dont le premier prix est une paire de prothèses mammaires ou des activités qui consistent à enregistrer les ébats sexuels d'un couple. Crédibilité morale?

Et au-delà de la vulgarité ou de la valeur morale, il y a la tenue et la qualité de l'information. M. Gillet est un être cultivé, intelligent, engagé et profondément humain, et encore une fois, ces qualités sont de plus en plus rares dans le paysage radiophonique, du moins à Québec.

La radio joue un rôle extrêmement important dans une société, et les animateurs comme M. Gillet sont difficiles à remplacer. M. Gillet ne l'avait pas été depuis son départ, et c'est pourquoi son retour est loin d'être prématuré.
 


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