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« Pour les Québécois? Ce sera l’épouvantail! »

 

François Lavallée
18 juin 2004

 Si le Parti libéral nous apprend une chose par sa publicité télévisée, c’est bien que le problème d’éthique y est profondément ancré.

Critique de cinéma à mes heures, je constate toujours un bon côté même aux films médiocres. Le scénario est faible, mais les acteurs bons. Le rythme est lent, mais l’idée originale. Les dialogues sont insipides, mais les images splendides.

Mais ici, je ne vois aucun angle sous lequel cette publicité pourrait être applaudie. Même pas celui de l’efficacité, comme le montrent les derniers sondages. Encore moins, évidemment, celui de l’éthique. C’est une pub d’aveuglement : destinée à aveugler le public, et trouvant sa source dans l’aveuglement des bonzes du PLC.

Dénigrer ses adversaires au lieu de présenter ses propres positions est une tactique courante en politique, et c’est aussi la plus facile. Mais il ne faut pas réfléchir longtemps pour reconnaître la vacuité de ce genre de démarche en démocratie. Qui plus est, le Parti libéral porte ici cette tactique à un summum.

En effet, il serait difficile de s’y prendre d’une façon plus malhonnête intellectuellement : la publicité confond délibérément les positions du Bloc québécois et celles du Parti conservateur, que l’on sait pourtant diamétralement opposées. Faire croire à la population que si elle vote à gauche, elle votera à droite. Cela rappelle une vieille tactique, celle où, en 1980, on nous affirmait sans rire que « non » signifiait « oui ». Mais qu’ont-ils à cacher, ces libéraux? Pourquoi chérir tant la confusion?

Dans une démocratie saine, on reconnaît à chacun la maturité nécessaire pour voter librement en faveur de celui qui représente le mieux ses idées. Que chacun exprime ses positions, et nous, on choisira. Est-ce si difficile à comprendre... et à appliquer? Faudra-t-il une loi sur la clarté publicitaire, parce que le simple bon sens, le simple sens de l’éthique ne saurait prévaloir naturellement?

De nombreux Québécois croient que le Bloc québécois est celui qui exprime le mieux leurs idées; le plus remarquable ici, c’est qu’on ne leur dit aucunement pour quelles idées ils voteraient s’ils optaient plutôt pour le parti rouge. On pourrait paraphraser ainsi la publicité du PLC : « Sachez simplement que si vous votez selon vos convictions, vous allez vous faire mal. Il n’y a rien à attendre de nous en particulier, mais les autres seront pires. »

Une campagne de peur? Encore? Une autre? C’est surréaliste. On aurait cru qu’après toutes ces années, le Parti libéral aurait appris. Que la présence d’un nouveau chef, deux générations après Trudeau, aurait insufflé une nouvelle façon d’être. Mais non : apparemment, c’est héréditaire, peut-être même inhérent chez les rouges.

N’en doutons pas : un parti politique comme le Parti libéral a tous les moyens qu’il faut pour créer une publicité qui correspond exactement à ses volontés (d’autant plus qu’il a ses entrées dans le milieu!). Tout a été songé, calculé, discuté et soigneusement mis en place.

Et après tous ces efforts de réflexion, on accouche d’une pub d’épouvante et d’embrouillement.

Peu importe à qui allait ma préférence au début de la campagne, je croyais vraiment que le Parti libéral avait des projets et des idées à offrir aux Québécois. Mais maintenant, je suis fixé. Pour les Québécois, il n’a qu’un épouvantail.
 
 


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