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Meilleure chance la prochaine fois, Pedro, Anita et les autres

 

François Lavallée
12 avril 2001


Voilà. Plus qu’une semaine. Une semaine, et nous verrons qui a le gros bout du bâton. Ceux qui avaient l’intention de venir manifester à Québec s’en doutent déjà. Pourtant, ils seront là.

Ils seront là quand même.

Il y aura 6 000 représentants de quatre corps policiers pour les surveiller, on a vidé la prison pour les accueillir, les commerçants du coin se barricadent, un animateur de radio annonce un incendie qui rasera le quartier, et pourtant, 15 000 manifestants se préparent cette semaine à venir à Québec pour nous dire quelque chose.

Nous dire quoi? Les cris et le plastic n’ont même pas encore commencer à retentir, et pourtant, on ne les a pas encore vraiment entendus. On préfère parler du Mur. C’est plus court, malgré ses 3,8 kilomètres.

Eh bien voici ce qu’ils viennent nous dire : ils viennent dénoncer des mesures qui ont pour effet de faire travailler des femmes 60 heures par semaine dans des conditions inimaginables au Mexique; ils viennent nous dire que les entreprises n’ont pas le droit d’interdire aux gouvernements de protéger l’environnement ni de soigner les malades qui n’ont pas d’argent; ils viennent nous dire que la libéralisation des échanges, telle qu’on la préconise et qu’on la pratique depuis dix ans, enrichit une poignée de riches et appauvrit des millions de pauvres. Faits et chiffres à l’appui.

C’est drôle, il me semble que mes voisins et nos concitoyens nous disent cela à longueur d’année, que les inégalités sur notre planète sont scandaleuses et que les gouvernements devraient faire quelque chose.

C’est drôle, on dirait que ces gens-là venus à Québec des quatre coins des Amériques vont oser crier à mains nues, devant des matraques, des choses que j’entends chaque fois que j’ouvre une bouteille de vin avec des amis dans ma petite cuisine tranquille.

Pourquoi faut-il qu’ils viennent faire cela ici, dans ma propre ville, et ainsi me poser la douloureuse question de mon inertie?

Car c’est drôle, les autres, avec leur mur et leurs 6 000 policiers, ils ont réussi à me faire hésiter à me joindre à eux. Une chance que je ne suis pas né au Chili.

Je vais en profiter. Je ne vais pas m’en mêler. Je vais rester dans ma petite banlieue. Tout cela va sans doute se régler tout seul.



 
 
 
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