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Lettre à l'ombudsman de Radio-Canada
à propos de la suspension de Normand Lester

 

21 novembre 2001


Monsieur,

Ne trouvant nulle part dans le site web de Radio-Canada les coordonnées des membres de la haute direction de votre société, je suppose que c'est à vous que je dois faire part de mes réactions au sujet de la suspension de Normand Lester à la suite de son livre intitulé Le livre noir du Canada anglais.

Le Québec et le Canada comptent peu de journalistes d'enquête comme Normand Lester. À une époque de concentration des médias entre les mains des grands du monde de la finance et de divers secteurs industriels, il n'a jamais été aussi important de protéger l'indépendance intellectuelle des journalistes, comme il n'a jamais été aussi important de maintenir l'existence de médias nationaux subventionnés tels que Radio-Canada pour permettre la circulation d'une information qui ne soit pas uniquement mesurée à l'aune de la cote d'écoute.

Cependant, l'existence de médias nationaux subventionnés ne suffit pas en soi à garantir l'indépendance du journalisme. Encore faut-il qu'une société comme Radio-Canada se dote d'une politique claire qui permette cette indépendance. Je ne sais pas si Radio-Canada en a une. Si oui, je me permets de croire qu'elle n'a pas été respectée en l'occurrence et d'espérer que cet écart sera rapidement corrigé.

Il est inadmissible qu'un journaliste employé par l'État mette son emploi en jeu pour la publication du résultat d'une enquête sur les réalités sociales de son pays.

Si M. Lester a commis des manquements à l'éthique de sa profession, par exemple en communiquant sciemment et de mauvaise foi des faits inexacts, il appartient à son employeur de mettre ces motifs au jour, voire d'ouvrir un débat, avant de suspendre cavalièrement son employé. La réaction de Radio-Canada, jusqu'à preuve du contraire, laisse davantage croire à un réflexe maladroit qu'à une décision réfléchie.

Sur une planète où des journalistes se font tuer parce qu'ils refusent de se taire, le Canada fait partie des rares pays qui peuvent être fiers d'avoir des journalistes qui peuvent parler librement. Radio-Canada ne peut adopter ainsi le comportement d'une société du tiers-monde sans s'interroger sur les conséquences pour cette liberté dont l'Occident s'enorgueillit au point de l'invoquer pour déclencher des guerres.


Réponse de l'ombudsman de Radio-Canada

22 novembre 2001

Monsieur,

J'accuse réception de vos commentaires et j'en transmets copie au directeur général de l'information, M. Claude Saint-Laurent, afin qu'il en prenne connaissance et apporte le suivi approprié.

Votre plainte sera étudiée à la lumière de la politique journalistique de la Société Radio-Canada. Cette politique a été développée au cours des 75 années d'existence du diffuseur public; dès 1960, les grands principes de base de l'exercice journalistique étaient établis : exactitude, intégrité, équité; crédibilité et impartialité; pluralisme; équilibre. C'est cette politique qui a permis à la Société de conserver son indépendance vis à vis les pouvoirs politiques et de fournir une information libre pendant les campagnes référendaires de 1980, 1992, 1995,  les campagnes électorales fédérales et provinciales et plusieurs crises sociales. Vous pouvez consulter cette politique, intitulée « Normes et pratiques journalistiques », sur le site Internet de Radio-Canada.ca.

Veuillez accepter l'expression de mes sentiments respectueux.

Renaud Gilbert
Ombudsman des services français
Société Radio-Canada



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