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Pardonnez-nous : nous allons bien

 

François Lavallée
Article paru dans Le Soleil en mai 19941


        « C'est une victoire pour la famille! »

        Il était tout rayonnant, ce professeur de droit fiscal de l'Université Laval interviewé à Radio-Canada la semaine dernière au sujet de l'arrêt Thibodeau. En vertu de cet arrêt, rappelons-le, les femmes monoparentales n'ont plus à payer d'impôt sur les pensions alimentaires versées par leur ex-conjoint.

        Une victoire pour la famille? Pour quelle famille, s'il vous plaît, Monsieur Lareau?

        Ça va, j'ai compris, mais avant que de disparaître, j'ai une déclaration à faire.

        Mesdames et messieurs lecteurs et concitoyens, monsieur le ministre du Revenu, messieurs les juristes, je confesse une anomalie qui court dans ma famille : les parents ne s'y séparent point.

        Je suis marié depuis dix ans et nous avons trois enfants. Je sais, cela fait mal à entendre et manque pitoyablement de modernité, mais ne reculant devant rien dans ma folie sincère, j'ajouterai même que nous avons l'intention de rester tous les cinq dans la même maison pendant encore des années, ou jusqu'à ce que les petits deviennent grands.

        Nous accepterez-vous quand même dans votre société des droits de la personne?

        Avons-nous encore droit de cité, nous qui avons apparemment le défaut incompréhensible de trouver que la vie de couple nous va et que nos enfants méritent mieux que d'être trimbalés entre Caïphe et Pilate?

        Si oui, est-il écrit, quelque part dans cette Charte aux mille sauces, qu'il est discriminatoire que nous payions de l'impôt sur l'argent que nous employons le plus naturellement du monde à subvenir aux besoins de nos enfants, alors que monsieur et madame qui ne s'entendent plus viennent de trouver un abri fiscal que même les moins futés apprendront à exploiter aussi vite qu'un chat apprend à chasser les souris?

        Expliquez-moi, la Cour, en quoi le système était injuste. Un homme verse 10 000 $ par année à son ex pour le vivre et le couvert de ses enfants. La femme ajoute ce montant à ses autres revenus et paie l'impôt s'il y a lieu à la fin de l'année. Comme moi et comme tout le monde. (Officiellement.) La somme en question avait d'ailleurs été calculée en fonction du fait qu'une partie reviendrait de droit (!) à l'État. De plus, l'ex-couple y gagnait déjà, et le fisc y perdait déjà, car le taux marginal d'imposition de la déclarante était généralement inférieur à celui du déduisant.

        Vous ai-je entendu dire que cette somme ne doit pas être imposée parce qu'elle est destinée aux enfants et que la femme n'en profite pas?

        N'y a-t-il pas déjà, sur une petite ligne de notre grosse déclaration de revenus, une déduction de base pour quiconque a des enfants à charge? Qu'on la déclare ridiculement basse, soit. Mais alors, bon Dieu! qu'on l'augmente, que le fait d'en profiter n'ait rien à voir avec notre bonheur en ménage et qu'on nous laisse un ou deux droits même si nos enfants ont le privilège d'avoir des parents qui s'aiment.

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1 Quoique curieusement amputé du dernier paragraphe en entier, laissant ma dernière question sans réponse jusqu'à aujourd'hui pour les lecteurs du Soleil...


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