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L'heure du postféminisme a-t-elle enfin sonné?

 

François Lavallée
1er mars 2004

Publié dans Le Soleil du 8 mars 2004


La Journée internationale de la femme nous offre chaque année l’occasion de réfléchir sur les transformations apportées dans notre société par le féminisme, dont les progrès les plus spectaculaires ont été observés dans les années 70.

Une génération est donc passée depuis cette époque historique, et c’est peut-être le moment de faire le point. Déjà, depuis quelques années, les hommes retrouvent le droit de murmurer.

Le féminisme, commence-t-on à dire, a émasculé les hommes. Après les avoir poussés à devenir des hommes roses, on s’est mis à rire d’eux ou à les bouder parce qu’ils manquaient de virilité.

Mon but n’est pas ici d’entrer dans ce débat déjà assez bien exploré et qui vire souvent aux simples accusations : « Les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent! » Cet argument bidon masque simplement la tendance de l’homme à chercher un modèle auquel il pourrait se plier, en se niant lui-même, pour plaire aux femmes, au lieu de se contenter d’être ce qu’il est pour rencontrer une « âme-soeur » (si la chose existe) qui l’aimera tel qu’il est.

Non, mon propos ici est encore beaucoup plus iconoclaste, il est d’un genre qui m’aurait valu sur-le-champ une volée de tomates il y a encore à peine dix ans.

L’idée, c’est qu’il est possible qu’il existe des attributs typiquement masculins et des attributs typiquement féminins. Masculins, comme dans virilité et exploration, féminins, comme dans douceur et accueil.

Je vois déjà toute une génération de féministes me traiter de Cro-Magnon. Et pourtant. Il me semble que ce pourrait être notre tour de remettre en question leur postulat.

Car c’est bien d’un postulat qu’il s’agit, et c’est là ce qu’il nous a été interdit de supposer pendant trente ans. Leur postulat, c’est que l’homme et la femme sont pareils à la base, et que c’est par la culture que les rôles se sont dissociés. Le problème, c’est que cette idée, qui a indéniablement réussi à faire progresser notre civilisation à fin du siècle dernier, ne se prouve pas. Elle est du domaine de la foi. Au contraire, bien des indices autorisent la thèse inverse.

Fort de cette idée, on s’est mis à mettre des poupées dans les mains des petits garçons et à donner des camions aux petites filles. On n’a pas obtenu les résultats escomptés. Les garçons se servaient de leurs poupées comme d’un marteau, et les filles prenaient soin de leurs camions avec amour. Dire que ce phénomène s’explique par le conditionnement auquel avait déjà été soumis la mère nous fait tourner en rond car il renvoie au même postulat. Remarquons que même dans les années 40, à l’âge d’or des stéréotypes, il y avait des filles qui n’étaient pas attirées par les poupées et des garçons qui auraient préféré sauter à la corde au lieu de jouer au hockey; il faudrait arrêter de croire que tout vient des parents.

Dans le même ordre d’idées, on trouve aujourd’hui inacceptable que certaines professions soient dominées par des hommes et d’autres par des femmes. Et on se met à faire de la propagande dans les écoles pour inciter le plus grand nombre de jeunes filles possible à se lancer dans les sciences. Et si les sciences ne les intéressaient pas (en général)? Et si elles préféraient être travailleuses sociales ou médiatrices (en général)? Est-ce un si grand péché? (Je ne parle pas de celles qui voudraient simplement rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants : notre siècle n’est pas encore prêt pour une idée aussi révolutionnaire.) Culpabiliser les femmes de ne pas se diriger dans certains domaines, n’est-ce pas encore les culpabiliser? C’est en tout cas, à mon avis, mal interpréter le problème dont ont voulu se libérer les femmes dans les années 60, ainsi que le problème du sexisme en général.

Le sexisme, c’est de déclarer qu’une femme ne peut pas être bonne en mécanique, en comptabilité ou dans des postes de direction. Ce n’est pas de constater que les femmes, en général, ne sont pas attirées par ces professions. Comme par hasard, le seul grand bastion masculin où le nombre de femmes a dépassé celui des hommes dans les universités, c’est la médecine. Une profession qui consiste à... s’occuper des autres.

J’en ai encore insulté quelques-unes. Pourtant, qu’y a-t-il de mal à avoir une propension à s’occuper des autres, voire une compétence pour le faire? Les femmes ne seraient-elles pas en train de dévaloriser elles-mêmes leurs propres forces? Certes, bien des femmes se sont détruites en pensant tellement aux autres qu’elles s’en sont oubliées. Faisons remarquer en passant qu’il est loin d’être certain que les hommes, à leur façon, ne sont pas aussi nombreux à tomber dans le même piège. Mais c’est un problème psychologique qui ne saurait en aucun cas occulter le fait qu’il est possible pour un être humain (y compris les hommes, bien sûr) de s’occuper des autres tout en s’épanouissant. Bien des gens, et des plus sages, estiment d’ailleurs au contraire que c’est la seule façon de s’épanouir vraiment (si on continue de se respecter soi-même dans le processus).

La généralisation mène au problème de l’exception, et c’est là que le bât blesse. C’est pour cela qu’on la craint comme la peste. Ainsi, affirmer que l’instinct parental (pour éviter le terme d’« instinct maternel ») est typiquement féminin, ce serait dire qu’une mère qui ne l’a pas n’est pas une bonne mère, voire une vraie femme. Affirmer que les femmes ne sont pas attirées par la plomberie, c’est laisser entendre qu’une plombière est un garçon manqué. Alors pour éviter de blesser l’exception, on nie la règle.

Or, c’est plutôt avec la diversité qu’il faut apprendre à composer, mais sans nier la règle. Ainsi, le fait que dix pour cent de la population soit homosexuelle n’empêche pas de dire que les hommes, en général, sont attirés par les femmes.

Dans les années 60 et 70, les femmes ont voulu faire reconnaître l’égalité de leurs droits. Elles ont aussi voulu s’affranchir d’une mentalité qui les obligeait à rentrer dans certains rôles traditionnels, qui ne convenaient pas à toutes. Ce brisage de moule était de bon aloi et a servi tout le monde. Mais est-il possible que ce mouvement les ait poussées à redéfinir un peu à l’aveuglette ce qu’est un homme et une femme en général, et que l’idéologie l’ait parfois emporté sur la légitime revendication?

Pouvons-nous nous ouvrir au fait qu’il existe des différences fondamentales entre l’homme et la femme (en général), tout en reconnaissant la merveilleuse individualité de chacun, ce qui pourrait nous mener sur une voie de complémentarité qui serait tellement plus enrichissante pour chacun des deux sexes?
 
 


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