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Victimes de la sécurité d'emploi

 

François Lavallée
Article paru dans Le Soleil le 6 août 1993


Cette histoire du couple de Boucherville accusé de « corruption d'enfants » par le procureur général du Québec pour avoir pris une photo de leurs enfants dans le plus simple appareil a de quoi nous faire marcher sur la tête.

Qu'un commis, probablement plus désaxé que la mère accusée, estime que cette unique photo mérite qu'on alerte la police, va toujours.

Que la police arrête les parents et les sépare des enfants pendant plus de quatre jours, il y a déjà là de quoi nous inquiéter plus sérieusement.

Mais surtout, que le procureur général, même après que la DPJ eut fermé le dossier et déclaré officiellement qu'on s'énerve pour rien, décide tout de même de traîner la mère en justice, cela doit nous inciter à nous poser de très sérieuses questions.

C'est ce que toute la province a fait lorsque la nouvelle est parue dans les médias.

« Est-ce qu'on n'est pas allé trop loin dans la protection des droits des enfants? », entendait-on un peu partout.

Mais attention : le problème n'est pas là.  Des adultes, parents y compris, qui se servent des enfants pour assouvir leurs bas instincts ou ceux des autres, cela existe toujours, et la loi ne comportera jamais assez de précautions pour prévenir ce genre d'agissements.  De grâce, ne remettez pas la loi en cause.

Allez donc plutôt voir du côté des fonctionnaires.

Ces gens-là ont été toute une équipe, dans les bureaux du procureur général, à dépenser des milliers de dollars en salaires et en frais divers, pour harceler des parents dans une cause qui ne tenait pas debout.

Elle ne tenait tellement pas debout que le jury a atteint l'unanimité en seize minutes.  Rare performance.  Elle ne tenait tellement pas debout qu'un juré a décidé de remettre ses quarante dollars d'allocation à la famille pour lui témoigner sa modeste mais sincère sympathie.  Rare événement.

Un ou plusieurs fonctionnaires du procureur général ont fait preuve d'une incompétence criante.  Ils n'ont pas seulement « perdu leur cause ».  Ils ne se sont pas seulement « trompés ».  Ils ont fait emprisonner un père de famille contre qui ils ont avoué n'avoir « aucune preuve »; ils ont traîné la mère en justice et obligé le couple à dépenser 20 000 $ en frais juridiques, et ce, sur la simple base d'une photo dont il existe une copie quasi conforme dans chaque foyer canadien.  La DPJ, après enquête, leur avait dit qu'il n'y avait rien là.  Votre bon sens et le mien nous le disent aussi.  Le verdict l'a confirmé.  Mais ces gens-là, parmi lesquels des avocats grassement payés, resteront en poste.  Pour eux, la vie continue comme avant, et au même prix.  Le régime d'emploi de la fonction publique le veut ainsi.

Il est tellement impensable de «  dégommer » ces avocats du ministère de la Justice qu'aux dernières nouvelles, le couple de Boucherville songeait à une plainte auprès du Barreau.  On sait trop que les chances de réussite sont minces, mais on sait aussi qu'auprès de l'ombudsman, du procureur général lui-même, voire du premier ministre, elles seraient tout à fait inexistantes.

À cause de la sécurité d'emploi dans la fonction publique, les citoyens ne peuvent même pas espérer que les personnes incompétentes qui ont entre les mains des pouvoirs dangereux soient obligées de démissionner dès que leur ineptie se révèle au grand jour.  Autrement, ces fonctionnaires ne seraient probablement déjà plus là et tout cela ne se serait jamais passé.

Qui sera la prochaine victime de ces mêmes personnes?


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