François Lavallée > L'auteur > Circuit > Les bons mots du civil et du pénal

Les bons mots du civil et du pénal,
un ouvrage bienvenu, à la fois dictionnaire bilingue et guide de rédaction

 

François Lavallée
Article paru dans Circuit au printemps 2004

 
Cet ouvrage, paru il y a maintenant deux ans, de l’avocate Madeleine Mailhot, auteure des Expressions juridiques en un clin d’œil, est un must avec ses incursions du côté des cooccurrences, de la phraséologie et des articles de loi… dont nous ne pouvions pas ne pas parler.


 Le droit est certes un des domaines qui intimident le plus les traducteurs, et à juste titre : la langue juridique n’est pas sans subtilités, et on n’ose souvent songer aux conséquences de certaines erreurs. Ajoutons à cela qu’il n’est pas toujours aisé de dépoussiérer le vieux fonds d’anglicismes qui nous a été légué, au Canada, par deux siècles de traducteurs mal formés ou mal outillés.

C’est pourquoi le traducteur, qu’il soit spécialisé dans la langue juridique ou n’y fasse qu’une incursion occasionnelle (qui peut vraiment y échapper?), sera bien inspiré de ne négliger aucune des sources de références qui s’offrent à lui. Si les lexiques sont de plus en plus nombreux1, les ouvrages de difficultés sont plus rares2. C’est pourquoi le dernier-né de l’avocate Madeleine Mailhot, Les bons mots du civil et du pénal, est particulièrement bienvenu.

Aliments, alimony, maintenance, support

En effet, l’auteure ne se contente pas ici de nous balancer une liste de termes. Elle s’adresse au lecteur en lui soulignant les pièges, en lui montrant clairement comment les éviter et en lui apportant moult explications utiles. Ainsi, au traducteur perplexe qui voit que le mot français aliments doit traduire le mot anglais support, elle explique en détail qu’« en français juridique, le mot aliments n’a pas la même signification que dans la langue usuelle. Par aliments, il faut entendre non seulement la nourriture, mais également tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, comme les vêtements et le logement. [...] À l’origine, le droit anglais utilisait le terme alimony, qui est toutefois sorti de l’usage. Ensuite est venu le terme maintenance, lequel semble avoir été supplanté par le terme support. »

Ce souci didactique amène l’auteure à éviter la simple nomenclature par ordre alphabétique pour lui préférer plutôt une présentation thématique comportant sept rubriques3  et une trentaine de sous-rubriques sous lesquelles on retrouve chaque fois trois colonnes : « Français », « Anglais » et « Français (Forme suspecte) ». En tant que traducteur, le soussigné aurait trouvé plus pratique de voir inversé l’ordre des deux premières colonnes, mais il faut croire que ce choix de l’auteure signale son intention, justement, de voir son ouvrage non pas comme un dictionnaire bilingue mais plutôt comme un guide de rédaction.

En effet, fidèle en cela à la démarche qu’elle avait amorcée avec Expressions juridiques en un clin d’œil4, Madeleine Mailhot insiste beaucoup ici sur les phraséologies et les cooccurrences, ce qui rend son ouvrage d’autant plus précieux. Elle va même fréquemment jusqu’à citer des articles de loi intégralement en mettant en évidence les termes et les tournures utiles.

À une époque où l’électronique nous fournit tant de réponses, il est loin d’être désagréable de tenir entre ses mains cet ouvrage de qualité à couverture rigide et d’y laisser courir son regard pour y faire des trouvailles facilitées par l’organisation thématique. Cependant, le livre imprimé rappelle vite aussi ses défauts au traducteur pressé qui cherche une réponse rapide. Car, malheureusement, il ne comporte pas d’index général5Ainsi, le traducteur appréciera beaucoup, en feuilletant cet ouvrage de 300 pages, d’apprendre ou de se faire rappeler qu’on traduit arguments of counsel par plaidoiries, mais hélàs, il ne trouvera jamais ce terme anglais dans l’index analytique, et devra donc savoir par lui-même sous quelle sous-rubrique (en l’occurrence « Avocat, juge, greffier, interprète ») il obtiendra cette information.

Cette lacune aura pour effet, et c’est dommage, de laisser dans l’huître de trop nombreuses perles de l’ouvrage ; on ne peut qu’espérer qu’il y sera remédié dès la prochaine édition. Cela dit, il y a lieu de recommander tout particulièrement ce guide aux enseignants (en droit comme en traduction), non seulement parce l’organisation thématique se prête parfaitement à l’étude systématique, mais aussi parce que l’ouvrage comporte déjà une série d’exercices en annexe.
 

Madeleine Mailhot, Les bons mots du civil et du pénal. Guide français-anglais. Phraséologie, terminologie et exercices, préface de Michel Bastarache, juge à la Cour suprême du Canada, Montréal, Wilson & Lafleur, 2002, 296 p.



Notes

1 Signalons à ce propos le trop peu connu Lexique juridique des lois fédérales et ajoutons à cela les travaux du Centre de traduction et de terminologie juridique de l’Université de Moncton, du Programme national d’administration de la justice dans les deux langues officielles du gouvernement fédéral et du Centre de traduction et de documentation juridiques de l’Université d’Ottawa.
2 Mentionnons toutefois le classique Difficultés du langage du droit au Canada de Jean-Claude Gémar et Vo Ho Thuy (Éditions Yvon Blais, 1990), ainsi que la chronique Juricourriel de l’Institut Joseph-Dubuc.
3 1) Les sources du droit; 2) Avocat, juge, greffier, interprète; 3) Matière civile; 4) Matière pénale; 5) Aide juridique; 6) Cour, tribunal; 7) Pourvoi, se pourvoir, appel, appeler.
4 Éditions Yvon Blais, 2000.
5 Note ajoutée le 27 juin 2008 : On m'informe que la troisième édition de l'ouvrage, qui devrait paraître en décembre 2008, comprendra un index complet.
 



© François Lavallée pour tous les textes figurant dans le présent site
Voir la brève notice de droits d'auteur


Retour à la page d'accueil de François Lavallée
Retour à François Lavallée... L'auteur
Retour à l'index des articles parus dans Circuit