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Français : y a-t-il lieu d’être défaitiste?

 

François Lavallée
Article paru dans Circuit au printemps 2007


La langue française est en déclin sur le plan international, ce n’est un secret pour personne. Pour autant, est-elle devenue, ou en passe de devenir, une langue mineure? Un certain défaitisme pourrait nous inciter à le croire, mais avant de sauter aux conclusions, un état des lieux ne serait certes pas inutile.

Yves Montenay, docteur en géographie humaine, qui a enseigné et travaillé en anglais et en français sur les cinq continents, est certainement bien placé pour le faire, et c’est ce à quoi il s’emploie ici. Après un rappel sur le sujet toujours fascinant de l’histoire de la langue française, l’auteur procède à un inventaire détaillé des pays où le français occupe une place non négligeable, et on constatera – non sans étonnement? – que le bilan est loin d’être décevant. (Et d’ailleurs, la description qu’il fait de la situation canadienne en tant qu’étranger nous permet de juger de la justesse de ses connaissances.) La francophonie existe, et bien qu’elle ne puisse prétendre à l’hégémonie, elle dispose encore d’une base multiple et solide (en Afrique et en Amérique du Nord, mais aussi en Europe de l’Est, au Moyen-Orient, et ailleurs) qui ne demande qu’à se développer, pour peu que les premiers intéressés y croient encore. Or, on le sait, le pays qui semble le moins y croire est probablement la France elle-même, dont certaines entreprises ont été jusqu’à prendre la décision burlesque d’adopter l’anglais comme langue de communication interne. Devant pareille absurdité, Yves Montenay ne déchire pas sa chemise comme trop d’auteurs sur cette question, mais il ne manque pas de faire valoir le caractère tout bêtement irrationnel de la situation : il est manifeste que, même si certains cadres supérieurs maîtrisent l’anglais en France, l’ensemble d’une entreprise française ne saurait communiquer aussi efficacement dans une langue étrangère que dans sa langue maternelle.

Même sur le plan international, l’auteur montre que la France sabote elle-même des occasions de valoriser le français devant des interlocuteurs étrangers qui croient souvent encore plus qu’elle à la validité de cette langue pour les échanges internationaux. Il étaye ce point de vue d’anecdotes personnelles.

Après ce tour d’horizon de la francophonie mondiale (laquelle n’est pas issue uniquement, loin s’en faut, d’un passé colonialiste, mais s’explique pour une large part par le simple prestige, historique et contemporain, de la langue) et de la situation en France, l’auteur s’attarde aux moyens qu’on pourrait prendre pour favoriser le rayonnement de notre culture, et n’hésite d’ailleurs pas à donner en exemple la mentalité états-unienne, axée sur l’initiative et le pragmatisme, par opposition aux approches françaises, qui privilégient plutôt la bureaucratie et les structures vaporeuses. Dans la foulée, il se distance des trop nombreux défenseurs de notre langue qui transforment vainement leur démarche en croisade contre la mondialisation ou les États-Unis. Pour favoriser le développement de la langue française, point n’est besoin de trucider tout le monde sur son passage. On pourrait commencer, tout simplement, par répondre à la demande là où elle existe. Pourquoi ne pas fournir aux lycées français internationaux des ressources qui leur permettraient de cesser de... refuser des candidats?

En résumé, un livre de référence pratique pour faire le point sur l’état de la francophonie dans le monde et éclairer une réflexion approfondie et pragmatique.

Yves Montenay, La langue française face à la mondialisation, Les Belles Lettres, Paris, 2005, 321 pages.

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