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Tétracapillectomie interdisciplinaire

 

François Lavallée
Article paru dans Circuit en automne 1998


Bon. Quel est ce syntagme à la noix? On ne sait plus quel mot va avec quel mot! Ah! Ces agglutinations à l’anglaise! C’est à n’y rien comprendre.

Peut-être peut-on risquer une petite traduction mot à mot? Qu’est-ce que ça donnerait?… Eh non : ça ne rime à rien! (Quoi de neuf sous le soleil?)

Rien à faire. Les dictionnaires sont muets, Internet ne me dit rien, mon petit cerveau et ses longues années d’expérience en traduction déclarent forfait.

Il faut me rendre à l’évidence : je vais devoir appeler le client.

«  Bonjour, c’est le traducteur (agréé). La traduction du texte avance bien, sauf que voyez-vous, il y a cette expression, franchement, je ne vois pas du tout ce que ça veux dire. Auriez-vous une idée? [Après tout, vous êtes le client.] »

Le client lit et relit. Il hasarde une explication qui ne tient pas debout. Je le lui fais remarquer poliment. Finalement, il me lance :

«  Il n’y a pas une expression pour dire ça en français? [Après tout, vous êtes le traducteur.]
– C’est qu’il faudrait d’abord que je sache ce que ça veut dire. Je n’ai rien trouvé dans mes outils de travail habituels, rien non plus dans votre site web (par ailleurs très bien fait).
– Alors mettez n’importe quoi, ça n’a pas d’importance. »

Comment ça, n’importe quoi? Comment ça, pas d’importance?? Ah! Je vous jure! Ces clients qui ne comprennent rien à nos problèmes, qui n’ont pas le souci du travail bien fait, qui n’accordent aucune importance au moindre détail d’un texte écrit. Il va falloir que je me débrouille seul maintenant. Je ne peux quand même pas faire son travail à sa place. Bon, qu’est-ce que je vais mettre? Ça n’a pas de bon sens : tout le texte sera bousillé si je mets « n’importe quoi » sur cette ligne-là. Ah! Ça vaut la peine de faire appel à un traducteur compétent pour avoir un bon résultat, tiens!

Je mets le problème sur la glace (pour empêcher qu’il enfle). Une demi-heure passe. Le téléphone sonne. Sûrement le client qui n’a pas cessé de réfléchir à ce passage pendant tout ce temps.

« Salut [tiens, c’est mon comptable]. Ton rapport TPS-TVQ va être prêt bientôt, mais dans ton compte, il y a un retrait de 15 $ le 7 juillet [ça fait trois mois]. Qu’est-ce que c’était? [Après tout, c’est toi qui l’a dépensé.]
– Peut-être que… euh… Je ne sais pas. Il n’y a pas de facture ? [Après tout, c’est toi le comptable.]
– J’ai fouillé partout, et non, il n’y a pas de facture. C’est parce qu’il me faut un papier, et puis je dois savoir où classer la dépense.
– Classe-la n’importe où, ça n’a pas d’importance. [Clic.] »

Ah! Ces comptables! Toujours là pour couper les cheveux en quatre!


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