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    Le tout est de ne pas le dire

    Mon recueil de nouvelles, intitulé Le tout est de ne pas le dire, est paru en librairie le 14 mars 2001. Publié aux éditions Triptyque, il comporte 13 récits. Certains parlent de la vie quotidienne, tandis que d'autres ont un ton plus fantastique ou symbolique.
     


     
  • Texte de la quatrième de couverture
  • Liste et résumé des nouvelles
  • Critiques
  • Stanley Péan, La Presse, 25 février 2001
  • Laurent Laplante, première chaîne de Radio-Canada, 12 mai 2001
  • Nuit blanche, été 2001
  • XYZ, été 2002


  • Texte de la quatrième de couverture
        - Tout ce que je te dis, c'est qu'une petite aventure d'un soir, tant qu'il n'y a pas d'exagération, ça peut juste oxygéner un couple.
        Sébastien eut un petit sourire malicieux.
        - Comme ça, ce soir, je couche avec ta femme, et puis demain matin, pas pires amis?
        Marco regarda sa montre et se leva en riant.
        - À condition que tu me le dises pas, mon Sébasse! À condition que tu me le dises pas!
            Un homme qui meurt du cancer au seuil de la retraite a-t-il plus vécu qu'une jeune fille de dix-sept ans qui se suicide pour une histoire d'amour? Y a-t-il forcément un dominant et un dominé dans le mariage? Peut-on contracter une obligation envers un personnage que l'on n'a vu qu'en rêve? Peut-on se libérer du tourbillon incessant des jours qui s'enchaînent - et nous enchaînent - sans se sentir coupable? Certains récits de ce recueil nous parlent directement de la vie quotidienne, d'autres ont une saveur plus fantastique, voire carrément symbolique. Mais tous nous parlent de la vie telle qu'elle existe... du moins dans la tête et au plus profond du cœur de quelqu'un...
     

    François Lavallée vit à Québec. Après s'être adonné à l'écriture durant l'adolescence, il décide de se consacrer à sa famille et à sa profession. Mais titillé par les mots des autres qui passent sous ses yeux et naissent sous ses doigts de traducteur jour après jour, il se remet alors avec émotion à l'écriture, pour inventer des histoires étonnantes...



    Liste et résumé des nouvelles

    Le tout est de ne pas le dire. Un jeune informaticien marié se fait proposer par un nouveau collègue de travail plus expérimenté que lui de finir un « party de bureau »chez une jolie collègue de travail qui le reluque.
     

      « Comme ça, ce soir, je couche avec ta femme, et puis demain matin, pas pires amis?
      - À condition que tu me le dises pas, mon Sébasse! À condition que tu me le dises pas! »
    Une chance. Une jeune femme en voyage de noces constate avec désarroi que son nouveau mari n'a pas la même notion qu'elle des relations de couple.
     
      « Regarde : dans le mariage, il y a toujours un dominant et un dominé. »
    Tout nu. Un homme découvre de manière inattendue ce que c'est que de connaître une femme.
     
      « Ta bouche me parlait de la mer d'Aral et je voyais sur tes lèvres les dépôts de sel qui restaient de tes dernières baignades d'adolescente. »
    Les conserves de mon père. Un homme ayant des tendances auto-mutilatoires se rend au chevet de son père mourant pour se rendre compte qu'ils ne sont pas très différents.
    « Je pensais à ce type qui s'était fait castrer parce qu'il était pédophile et ne voulait plus succomber à la tentation. »
    Re-play (replet). Un homme obèse décide, pour perdre son poids, d'entreprendre une marche à pied qui le mènera plus loin qu'il pense.
    « À un certain moment, les portes étaient devenues pour moi de véritables calvaires : je n'étais jamais sûr de pouvoir passer. Vous pouvez rire, mais je peux vous dire que c'est une sensation terrifiante. [...] Jusqu'à ce jour fatidique où je restai coincé. Il me fallut attendre trois heures avant que quelqu'un vienne me déloger.  »
    Point d'orgue. Un jeune musicien reçoit la visite d'un ami exilé venu spécialement à Québec parce que son père est atteint du cancer.
    « À ton âge, on a encore toute la vie devant soi.
    - C'est ça. Et à l'âge de ton père, on l'a toute derrière soi, alors il est temps de mourir. »
    Un vieux quartier. Un homme qui aide des amis à déménager est témoin d'une tentative de meurtre dans des circonstances bizarres.
    « La victime avait réussi à se sortir la tête [de l'eau] et, l'espace de deux ou trois secondes, on avait entrevu ses yeux rouges et ses lèvres bleues s'ouvrir à outrance pour tirer à l'organisme tout ce qu'elle pouvait d'air, mais le jeune, pour qui tout cela semblait à peine plus qu'un jeu viril, la lui replongea derechef, allongeant les bras pour éloigner son visage des mains de la victime et des éclaboussures. »
    Cours. Des enfants découvrent chez leur grand-père un monde très différent de celui de leur mère.
    « Tu sais, reprit le père une fois seul avec sa fille, ne rien faire, c'est pas un péché mortel. »
    Le labyrinthe du souvenir perdu. Un homme est hanté par un rêve récurrent.
    « Peut-on avoir une obligation envers le produit de sa propre imagination? »
    La dernière mission du curé Bonneau. Un vieux curé de la basse-ville de Québec voit soudainement une jeune étudiante fréquenter ses messes de semaine.
    « Le curé Bonneau avait pensé toute la journée à ce qu'il allait dire dans sa prédication en s'adressant à la fois à son auditoire habituel et à la nouvelle venue. Si tant est qu'elle y serait. Or elle y était, et ses notes d'homélie lui semblaient bien stériles. »
    Tout est dans la nature. Un homme rejette la vie urbaine pour vivre dans la nature.
    « Il y avait un nid de guêpes tout près. Le bourdonnement des autobus urbains s'estompait tranquillement dans ma tête. »
    Jacquot. Un homme contemple la mer depuis son bateau et lutte contre la tentation d'y plonger.
    « Dans les livres de son enfance, l'eau de la mer était bleue. Dans les chansons de son adolescence, elle était d'un vert étourdissant. Mais sur son bateau, au milieu de l'océan, Jacquot avait constaté que l'eau était noire. »
    Le projet d'Adam. « La liberté, Jordan, tu ne sais pas ce que tu me demandes. »


    Critique de Stanley Péan publiée dans La Presse du 25 février 2001

    [...] j'ai abordé la lecture de Le tout est de ne pas le dire, premier recueil de François Lavallée, avec toute la curiosité captivée dont on sait capable un lecteur qui compte parmi ses auteurs fétiches une majorité de nouvellistes [...]. Fort bien choisi, le titre annonce d'emblée les couleurs et le parti pris de l'auteur pour l'ellipse, le fragmentaire et le non-dit, carburants essentiels du genre narratif bref.

    Sur ce plan, la nouvelle éponyme est assez représentative du reste du bouquin. Située à Québec dans une boîte de recherche et de développement informatique, cette histoire aborde sur un ton badin les thèmes de la confiance et de la solidarité entre individus, qu'ils soient collègues de travail, conjoints ou partenaires de one-night stands en cette époque où les gens fidèles ne font pas les nouvelles, dirais-je pour évoquer Nadine Bismuth. Tenté par une possible aventure avec Élise, l'épouse de son collègue Marco, Sébastien envisage de révéler à celle-ci tout ce qu'il sait des aventures de son courailleux de mari. En une quinzaine de pages à peine, voici l'univers, le ton et la manière placés. D'un texte à l'autre, Lavallée s'intéresse à des tranches de vies à la limite du banal et qui pourtant porte en elle les grandeurs et misères de nos existences. Dans « Une chance », un homme passablement phallocrate et sa nouvelle épouse, en voyage de noces, discutent de l'inévitable rapport de forces dans une relation de couple. Dans « Point d'orgue », des retrouvailles entre un jeune compositeur et le frère de sa gardienne dont le père meurt d'un cancer deviendront l'occasion de philosopher sur ce qui donne à la vie son poids, sa valeur. Dans « Cours », une mère célibataire débordée par ses obligations quotidiennes amène ses deux fillettes chez leur grand-père et s'interroge sur le temps qui lui glisse entre les doigts.

    C'est dans cette veine réaliste que le nouvelliste me semble le plus à l'aise, le plus sûr de ses moyens. Ailleurs, quand il s'aventure dans les zones crépusculaires de l'insolite, du symbolique ou même de la science-fiction (« Re-play (replet) », « Un vieux quartier »ou « Le projet d'Adam »), il s'expose à la comparaison avec les grands maîtres de ces genres, dont il ne ressort pas gagnant. Il en est, hélas, des recueils de nouvelles comme des albums de musique pop; trop souvent, entre deux chansons destinées à dominer les palmarès, se trouvent beaucoup de pièces moins achevées et promises à l'oubli. Certes, les nouvelles moins fortes de François Lavallée ne parviennent pas à gâcher le plaisir que procurent au lecteur ses meilleurs coups. Et si l'on termine la lecture du recueil, sans savoir s'il faut hâtivement classer Lavallée parmi ces essoufflés d'avance que fustige Pierre Samson (ce livre n'est après tout que son premier), on demeure néanmoins reconnaissant envers lui de nous avoir fait passer quelques agréables moments de lecture. Ce n'est pas rien, ce présage du meilleur qui reste à venir.
     



    Critique de Laurent Laplante (Radio-Canada, 12 mai 2001)

    « Ce sont de très belles nouvelles. [...] On sent le talent chez ce bonhomme-là, mais il est encore aussi prudent que le traducteur qui cherche le mot précis, qui ne veut pas déformer la pensée. »



    Critique parue dans Nuit blanche (été 2001)

    [...] Pour peu qu'on se donne la peine d'y réfléchir, on se rend compte que la vie n'est, somme toute, qu'une succession d'infimes coups de théâtre. Qu'un enchevêtrement de hasards trop beaux pour être vrais et de quiproquos, de rendez-vous ratés et de vies parallèles, toutes ces vies qu'on aurait voulu vivre, qu'on aurait peut-être pu vivre. Et puis aussi, la vie, c'est le destin qui nous joue des tours, nous rappelle notre vanité quand nous ne sommes que vacuité.

    Chacun des treize récits de ce premier recueil de nouvelles de l'auteur est comme l'illustration parabolique de petites tranches de vies. François Lavallée se fait ici l'interprète de nos questions les plus banales et les plus taraudantes - souvent, ce sont les mêmes -, le chantre de nos petitesses, le miroir à peine déformant de nos angoisses et de nos doutes. Avec un sens de la formule qui confère à son propos une justesse confondante, l'auteur sait où il veut nous mener, et c'est sans rechigner que nous le suivons, fascinés, là où le réalisme se fait poétique et là où le fantastique se fait métaphorique. Car il est à la fois agaçant et réconfortant de se reconnaître dans chacun de ces petits portraits ciselés avec la précision et le talent d'un artisan.
     



    Extraits de l'analyse parue dans XYZ - La revue de la nouvelle (été 2002) sous la plume de Nicolas Tremblay, qui considère que mon intérieur n'existe pas et, pis encore par conséquent, qu'il n'y a rien non plus à l'intérieur de lui

    « [...] Dans le recueil de François Lavallée, Le tout est de ne pas le dire, on remarque qu'une dédicace emploie le principe qui m'agace comme une écharde, cela dit : "Merci à Claire, qui m'a ouvert le chemin de mon intérieur, où j'ai pu puiser l'inspiration et le courage nécessaires pour écrire les pages qui suivent." Des linguistes diraient en cette occasion que Lavallée active une métaphore fondamentale, celle du corps comme contenant, qui obéit au schéma intérieur/extérieur. Le corps-bocal, à l'instar du coeur-écrivant, contient ce qui s'écrira; une fois qu'on en obtient l'accès il ne reste plus qu'à y puiser, et cela, pour ainsi dire, se fait tout seul (avec un peu de courage). Lavallée a donc sa muse, Claire, qui le guide (nos linguistes préciseraient encore que, cette fois-ci, c'est la métaphore du voyage, de la destinée, qui suggère à l'auteur ses choix : il dit le "chemin de l'intérieur") vers l'inspiration, un aboutissement contenu quelque part en lui (mais où, merde?).

    « [...] Le corps-bocal de Lavallée (soit dit en passant, c'est un fichtre de beau nom, Lavallée, très ducharmien), pour y revenir, m'apparaît fort significatif pour comprendre ce qui se passe souterrainement dans ce recueil. L'inspiration, habituellement, va de l'extérieur vers l'intérieur. C'est l'Esprit saint de l'écrivain. La psychanalyse nomme, si je ne me trompe pas, ce principe qui fait prendre ce qui vient de nous pour ce qui va de l'extérieur, hors de nous (une sorte d'hallunication), la "forclusion". Mais pour Lavallée, cela naît en lui, dans son bocal, littéralement. Claire ne fait que le lui montrer. Supposons toutefois qu'il est aussi vertueux que ses personnages et qu'il aurait donc inversé les rôles, par autocensure. L'intérieur serait alors celui de Claire (là, ça prendrait un tour véritablement cochon, pendable). Comprenez-vous maintenant l'astuce que voile le fin fond de la rhétorique de la sainteté des narrations de Lavallée? Un de mes amis, assez vulgaire, m'a expliqué que cela consiste à se faire un noeud dans la... »
     


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