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Explication des notes sur 10
Abandon 
(Abandon) (2002)
7 sur 10
Arrêtez de nous prendre pour des valises
(Attention : cette critique révèle un élément important du film, mais justement, l'idée est là.)

Je vous le dis, là : quand Katie Burke, à partir du milieu du film, commence à revoir son Embry Larkin disparu depuis deux ans, ce n’est pas vrai, c’est juste une hallucination. Embry Larkin n’est pas revenu.

Je sais, en principe, on n’a pas le droit de dire ces choses-là dans une critique de film, mais j’en ai par-dessus la tête des réalisateurs qui nous prennent pour des valises. Quand Alfred Hitchcock nous concoctait un retournement de situation, on pouvait toujours se dire, à la fin : « Il m’a bien eu! », puis repenser à tous les éléments du film et se rendre compte que rien ne cloche.

Mais ici, le réalisateur triche, comme il est de plus en plus courant de le faire au cinéma. Au début, on n’est pas dupe : on se doute bien que c’est dans son imagination que Katie revoit Embry, parce qu’elle a seulement entendu son nom en dormant, et parce qu’elle a seulement vu des yeux de l’autre côté de l’étagère de la bibliothèque de l’école à une heure où celle-ci devrait être vide. Mais peu de temps après, elle ramasse bel et bien un petit carton qui a été glissé sous la porte de sa chambre, et par la suite, elle rencontre son Embry et parle avec lui, et un peu plus tard, il la prend à la gorge...

Elle, elle est folle, mais pas nous! Une conversation hallucinatoire, c’est peut-être possible, mais pour ce qui est du petit carton, s’il est assez vrai pour qu’elle puisse le ramasser et le remettre au policier qui en fait analyser l’encre au labo, ce n’est pas une hallucination. Je sais, je sais, on dit dans le film qu’il a été écrit deux ans auparavant, avant le départ d’Embry, mais nous, on la voit bien le ramasser sous le pas de la porte après avoir vu la poignée s’agiter comme si quelqu'un essayait d’entrer.

Alors je m’en fous, je vous le dis, je vous vends la mèche et le pot aux roses pour le même prix, c’est une hallucination du début à la fin, il n’est pas vraiment là, il est bel et bien mort, et si un réalisateur veut qu’on garde ses secrets, la prochaine fois, qu’il s’arrange pour jouer loyalement quand il veut nous mettre sur une fausse piste. Non, mais, c’est trop facile! Pourquoi pas le faire ressusciter, comme si de rien n’était, tant qu’à y être?

Cela dit, pour le plaisir de regarder la mignonne Katie Holmes (dans le rôle de Katie Burke) tout au long de l’histoire, le film vaut quand même la peine d’être vu... Belle façon pour le réalisateur de se faire pardonner... Bon, ça va aller pour cette fois.

Arnaque, L' 
(The Sting) (1973)
8 sur 10
L’arnaque était presque parfaite
(Attention : cette critique révèle un élément mineur de la conclusion.)

Ce qui me déçoit le plus, normalement, dans les films à rebondissements, c’est que le scénariste compte souvent sur le manque d’attention, le manque de mémoire ou l’indulgence du spectateur pour lui passer un ou deux éléments qui ne s’expliquent pas ou s’expliquent mal dans l’intrigue. Évidemment, quand on ne respecte pas les règles de la vraisemblance, il devient facile de surprendre.

Ma première réaction, après avoir écouté L’arnaque, c’était justement la satisfaction de constater que pour une fois, ce n’était pas le cas : tout se tient, dans L’arnaque. Certes, il faut croire que Johnny le Crocheteur (Johnny Hooker, joué par Robert Redford) et son complice Henry Gondorff (Paul Newman) ont beaucoup de moyens et un peu de chance pour monter ce coup splendide. Mais rien ne nous empêche de le croire. C’est d’ailleurs toute cette mise en scène remarquable qui fait la beauté du film.

Mais quand on y pense bien, au fond, le but, c’est d’arnaquer un demi-million de dollars à Doyle Lonnegan (Robert Shaw). Et comment s’y prend-on, après une longue et éblouissante préparation, au moment crucial? Son informateur lui dit de « placer tout » sur tel cheval. Il mise son demi-million sur ce cheval « gagnant », et au beau milieu de la course, son informateur lui dit : « Mais non, je n’avais pas dit “gagnant”, j’ai dit “placez tout” : il va arriver deuxième. » Comme coup monté qui ne devait pas en avoir l’air, il faut avouer que c’est faible. Car selon ce qu’on avait expliqué à Lonnegan, son informateur connaissait d’avance tous les résultats de la course. Pourquoi alors, ne donnant qu’un seul nom, aurait-il donné le nom du deuxième et non pas celui du premier? Pourquoi lui aurait-il donné le deuxième nom si ce n’est pour le tromper? Comment imaginer, en planifiant ce coup, qu’un type comme Lonnegan ne verrait pas rapidement par là qu’il y a anguille sous roche?

Des fois, je me dis que je cherche trop souvent midi à quatorze heures. Si quelqu'un connaît mieux que moi (ce qui n’est pas difficile) le monde des courses et celui des gangsters, qu’il me corrige.

Quoiqu’il en soit, ce détail ne suffit évidemment pas à gâcher le film.

L’autre question qu’il me reste à résoudre, c’est de savoir s’il vaut mieux, pour un Québécois, regarder le film en version anglaise ou française. Disons que pour la version française, si j’ai pu suivre les dialogues relativement bien, c’est parce que je suis allé à l’école de San-Antonio, et encore, il m’a fallu une attention de tous les instants. « Filer en loucedé » et «  avoir la maison poulaga sur le dos » ne sont pas des expressions que j’aurais comprises spontanément. Tout cela nous laisse croire que les textes doivent être savoureux en anglais, mais probablement à peu près incompréhensibles aussi pour qui ne connaît pas l’argot américain.

À quand un doublage québécois? J’aurais bien entendu Kid Twist annoncer ainsi la gravité d’une entreprise contre Lonnegan : « Si ça moffe, ça sera pas les beux not’ problème. »

Je vois d’ici le titre : Le sapin.

À la croisée des chemins 
(Crossroads) (2002)
7 sur 10
Plus qu'un joli minois

À voir le nom de Britney Spears mis en évidence dans la distribution, on est en droit de craindre à une petite histoire à l'eau de rose conçue uniquement pour profiter de la popularité d'un joli minois en ne choquant personne. Un film à la jumelles Olsen, quoi. Or il n'en est rien. Ce road movie a tout ce qu'il faut pour vous émouvoir et soutenir votre attention, son scénario se tient du début à la fin, sa psychologie est loin de sombrer dans le simplisme et le jeu des trois actrices principales est tout à fait à la hauteur.

Art de la guerre, L' 
(The Art of War) (2000)
5 sur 10
De l'action, pas de suspense
(Attention : cette critique révèle un élément mineur de la conclusion.)

Beaucoup d'action, mais une intrigue à la fois banale et invraisemblable. Les Nations Unies seraient sur le point de présider à la conclusion d'une entente commerciale entre la Chine et « l'Occident » (devinez qui se cache sous cet habile pseudonyme?). Curieusement, les scénaristes semblent confondre l'ONU avec quelque chose comme l'OMC. Quant à savoir s'il est vraisemblable que l'ONU se livre à des opérations dignes de la CIA ou de la NSA pour atteindre ou ne pas atteindre ce genre d'objectif, qui pourra le contredire? Il se passe tellement de choses en ce bas monde de missions impossibles.

Marie Matiko est très jolie; les scénaristes, qui ont bien meilleur coeur que les gros méchants de leur film, m'ont fait le plaisir de ne pas la faire mourir, et je leur en suis reconnaissant. Quant à Wesley Snipes, il joue honnêtement un rôle standard; sa fin à lui, je vous laisse en juger; disons qu'elle cadre bien avec l'ensemble du film.

Malgré les nombreuses poursuites et les virils combats, jamais je ne fus rivé à mon siège. En aucun endroit je n'aurais regretté une panne de courant.

Il faut croire que les intrigues trop subtiles ou vaporeuses n'ont pas de prise sur moi.


Astérix et le coup du Menhir
(1989) 
10 sur 10
Un environnement sonore hallucinant

Astérix et le coup du menhir tranche sur tous les autres dessins animés d’Astérix par son atmosphère sonore. Et je parle aussi bien ici de la musique enveloppante que des bruitages psychédéliques, du talent des acteurs qui prêtent leur voix aux personnages, voire de la sonorisation de ces voix.

L’histoire fusionne celle du Devin, dans lequel un charlatan profite de la naïveté (et de l’amour-propre) des habitants du petit village gaulois (puis du centurion d’un camp retranché voisin), et celle du Combat des chefs, où Panoramix perd la raison après avoir reçu en pleine figure « un tout petit coup de menhir » (dixit Obélix).

Cette production est un régal pour les sens du début à la fin; soulignons en particulier le passage où Astérix essaie sur un innocent légionnaire romain les différentes mixtures que fabrique Panoramix en espérant que celui-ci se souviendra de la recette de la potion magique. Le légionnaire se verra pousser une queue de dinosaure, pour ensuite se démener comme un marteau-pilon à la cadence d’une locomotive, se transformer en montgolfière de plusieurs dizaines de mètres de haut, tomber du ciel en centaines d’exemplaires réduits éclatant comme des bulles de savon puis se retrouver minuscule, au ras du sol, pour se faire attaquer par un ver de terre. Entre autres. Et pour chacun de ces avatars, des effets sonores idoines et impressionnants.

La chanson-thème, interprétée sous une forme qui rappelle le vidéoclip, vaut aussi le détour, non seulement pour l’entrain de la musique, mais aussi pour l’extravagance des images.

L’intrigue est amusante, voire instructive, notamment par sa façon de montrer comment un devin réussit à profiter de la crédulité des gens, mais aussi par le caractère bien campé de tous les personnages (le centurion acariâtre et ambitieux, son optione abruti, le devin profiteur et couard, et évidemment, tous les personnages gaulois habituels : l’autoritaire Bonemine, Obélix bon enfant...).

Aucun autre dessin animé d’Astérix n’a été aussi inspiré que celui-ci. En effet, le modèle n’a malheureusement jamais été repris. Dommage. Mais ce caractère unique ne lui donne que plus de valeur.


Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre 
(2002) 
10 sur 10
Génial Jamel Debbouze

Il faut a-b-s-o-l-u-m-e-n-t voir Jamel Debbouze dans le rôle de Numérobis!

Le premier Astérix, celui de 1999 (Astérix et Obélix contre César), était déjà bien fait, et assez impressionnant pour ce qui est de la reproduction de cet univers de BD qui nous est si familier. Mais ici, on accomplit beaucoup plus : d'abord, l'Égypte constitue déjà en soi un univers qui fascine (que la musique accompagne parfaitement ici) : ne dit-on pas qu'Astérix et Cléopâtre a été un des albums et un des dessins animés les plus réussis de la série (n'oublions pas toutefois le sous-estimé Astérix et le coup du menhir de 1989)? Ensuite, les gags se succèdent à un bon rythme, il n'y a ni cabotinage ni temps mort, et l'esprit de Goscinny est tout à fait respecté tout en étant actualisé : les dialogues sont très bien ciselés et parfaitement rendus par tous les acteurs, et on a droit à plusieurs trouvailles originales et à un bon nombre d'anachronismes et d'allusions comme on les aime (quoique les Québécois comme moi en ratent certainement quelques-unes...).

Mais surtout, surtout, il faut a-b-s-o-l-u-m-e-n-t voir Jamel Debbouze dans le rôle de Numérobis!


Au coeur de la terre 
The Core (2003) 
6 sur 10
Laissez votre sens critique au vestiaire

Un savant états-unien se rend compte que la partie externe du noyau de la Terre, constituée d'une sorte de magma en rotation, a cessé de tourner, ce qui a pour effet de détruire graduellement le champ électromagnétique qui protège notre planète, entre autres, des micro-ondes venues de l'espace. Pour la remettre en mouvement, on construira en trois mois (qu'est-ce que l'argent ne peut pas faire, n'est-ce pas?), une machine qui leur permettra d'atteindre le coeur de la Terre en trois jours et d'y faire exploser quelques mégatonnes d'ogives nucléaires.

Je passe sur de nombreux détails. Le film est tout à fait invraisemblable de droite à gauche et de bas en haut, et pourtant prévisible puisque les auteurs n'ont pas peur du cliché, mais pour être honnête, mais il demeure malgré tout captivant, surtout dans la deuxième moitié.


Bataille Citizen Kane, La 
(RKO 281) (1999) 
8 sur 10
Le film sur le film

L’épopée de la genèse du film Citizen Kane, encore aujourd’hui considéré comme un chef-d’oeuvre inégalé, méritait d’être racontée. C’est l’objet de RKO 281 – La bataille Citizen Kane, qui nous dépeint un jeune Orson Welles de 25 ans, inexpérimenté comme cinéaste mais très confiant en lui-même, qui s’attaque à un sujet on ne peut plus ambitieux : dresser le portrait du magnat de la presse William Randolph Hearst sous le pseudonyme de Charles Foster Kane (qui ne trompera évidemment personne).

Hearst fera tout pour bloquer la sortie de l’oeuvre, et si l’on en croit le film, il aura réussi à faire suffisamment peur aux dirigeants des grands studios (MGM, Columbia, Fox, etc.) pour que ceux-ci offrent à RKO, producteur du futur Citizen Kane, une somme substantielle en échange de laquelle le négatif et tous les exemplaires du film fini seraient détruits. Il faut dire que nous sommes au début des années 40 et qu’un géant comme Hearst a plus d’un tour dans son sac, surtout à cette époque, pour servir des arguments convaincants à des juifs, ce qu’étaient tous ces dirigeants des grands studios hollywoodiens.

La bataille Citizen Kane sera donc une bataille pour la liberté d’expression au moment où l’Amérique s’apprête à défendre le « monde libre » de l’autre côté de l’océan. C’est aussi une bonne illustration de la puissance que peuvent avoir l’argent et les médias. Mais au-delà de ces questions de fond, le film nous présente aussi de façon très instructive les débuts de la carrière d’Orson Welles, la personnalité de ce dernier et des anecdotes de tournage.


 
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