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Réflexions sur la notion de progrès
dans les deux films
La machine à explorer le temps
(1960 et 2002)
François Lavallée
Mars 2002


Malgré leurs grandes différences, les deux films La machine à explorer le temps (1960 et 2002) ont un trait idéologique commun, à savoir l’importance accordée au progrès. En ce sens, George (dans le film de 1960) et le professeur Hartdegen (dans celui de 2002) expriment une mentalité déjà présente à l’époque victorienne mais qui s’est exacerbée jusqu’à aujourd’hui. C’est peut-être l’occasion de réfléchir sur l’importance que l’on accorde au progrès dans notre civilisation.

Le XXe siècle s’est employé avec acharnement à remettre en question les traditions, à tourner en ridicule les gens, les milieux et les sociétés qui font les choses « parce que c’est comme ça », à convier l’humain à une réflexion critique qui le poussera vers le mieux : la liberté, l’affranchissement de sa condition humaine, sur le plan spirituel (« Dieu est mort ») comme sur le plan matériel (faisons travailler la machine = société des loisirs).

Cette mentalité très présente dans tout le cinéma états-unien est clairement illustrée ici dans le film de 2002. Dès les premières scènes, le professeur Hartdegen reproche à son ami Philby de trop penser comme ses contemporains, de se fondre dans le moule, de ne pas réfléchir par lui-même. Le chapeau melon devient le symbole de ce conformisme, si bien qu’en conclusion du film, Philby envoie gaiement virevolter le sien. Il a « enfin » compris, nous exprime-t-on par cette image finale. Et la foule des spectateurs pousse un soupir de soulagement : l’humanité pourra progresser.

Mais si l’importance excessive accordée au progrès était, elle aussi, une pensée dominante face à laquelle l’homme moderne n’exerce aucun sens critique? Tout comme la dérogation aux lois de l’Église autrefois (ou de la tribu ailleurs), le fait de renoncer au progrès est vu dans notre monde comme un véritable sacrilège. Regardons comment l’on traite, par exemple, les Amish, en Pennsylvanie, qui tiennent à mener une vie selon l’état des techniques du milieu du XIXe siècle. Ces gens-là vivent heureux (en tout cas, pas moins heureux que nous) et ne font de mal à personne. Pourtant, on les tourne en dérision, estimant qu’ils n’ont « rien compris ».

Il est indéniable que le progrès technique a fait beaucoup pour améliorer la condition humaine. Là où notre personnage principal de La machine fait fausse route, c’est lorsqu’il veut mettre le progrès au-dessus de tout. Le progrès devient une fin en soi, la finalité de l’homme. Ce que George et le professeur Hartdegen trouvent de plus scandaleux en arrivant chez les Éloïs, c’est qu’il n’y a plus de livres. Donc, dans son esprit, plus de « savoir ».

Il est bien entendu que progrès est entendu ici au sens de progrès technique. Car il pourrait aussi y avoir, par exemple, le progrès social, voire l’évolution personnelle. Au fond, ni un ni l’autre n’est vraiment facilité par la technique. Ce qu’il y a de paradoxal dans La machine à explorer le temps, c’est que George est préoccupé par des questions existentielles au départ, mais qu’il tente d’y répondre par une invention technique. Voilà encore une fois une image parfaite de l’homme occidental moderne. Devant le spectre inéluctable du vieillisement et de la mort, par exemple, on injecte des millions et dans la recherche génétique... et dans les produits cosmétiques. La technique devient un refuge, une caverne où l’on se cache et que l’on creuse dans une entreprise sans fin pour ne pas voir le soleil de la vérité.

Ainsi, dans la version de 2002, le professeur Hartdegen est rempli d’horreur en voyant les hommes, au milieu du XXIe siècle, faire éclater la lune en miettes en tentant d’y construire un parc de loisirs. Quand il voit cette lune en morceaux dans le ciel (très belle scène d’ailleurs), 800 000 ans plus tard, il repense à la question de son ami Philby, qui lui demandait : « Ira-t-on trop loin un jour? »

Cette question appartient à celles que l’on ne se pose que dans le but de repousser une réponse qui l’a précédée. L’inventeur sera d’ailleurs forcé de se rendre à l’évidence en visitant son avenir rapproché. Dans le premier film, il n’y a encore personne sur la lune, mais c’est une explosion atomique survenue en 1966 qui le pousse vers cette conclusion : l’homme est en train de se détruire lui-même avec le fruit de son propre savoir.

Quand il se retrouve chez les Éloïs, 800 000 ans plus tard, George est horrifié de voir qu’on a tout « oublié ». Il est surtout horrifié de se trouver parmi des gens qui semblent se contenter de vivre, sans se poser de questions. Dans son esprit, ce peuple a perdu quelque chose. On sent même qu’il hésite à les qualifier d’êtres humains.

Le spectateur d’aujourd’hui partage sans doute cette réaction. Ces gens vivent dans des habitations en bambou et s’habillent avec des peaux. C’est donc qu’ils ont régressé. Mais posons la question. On se trouve ici devant une société qui semble parfaitement bien organisée, qui peut se loger, se vêtir, se nourrir et s’amuser, et qui nous donne la preuve – vision d’horreur – qu’on peut le faire sans béton, sans nylon, sans boîtes de conserve et sans Nintendo. Qu’est-ce qu’il a perdu, ce peuple, au juste? La bombe atomique? Les moyens de faire exploser la lune?

Le problème de ce peuple, ce n’est pas qu’il ne se sent pas en mouvement sur la ligne du temps. C’est qu’il est dominé par les Morlocks. C’est un problème de rapport de forces. À la rigueur, de courage ou de confiance. Mais ça, c’est l’histoire de toute l’humanité, et Dieu sait que ce n’est pas le progrès technique qui l’en affranchira.

Ma critique de La machine à explorer le temps (1960)
Ma critique de La machine à explorer le temps (2002)


Fantasia et moi, ces incompris

Grand amateur de musique classique et des productions de Disney (eh oui!), j’ai toujours eu une très haute opinion du Fantasia de 1940. Les seules rumeurs voulant que les studios de Disney planifiassent un nouveau Fantasia m’ont d’ailleurs fait saliver tout au long des années 90.

Lorsque j’ai eu connaissance que le film était en salle, j’étais au Nouveau-Brunswick, où je passais mes vacances à l’été 1999. Freiné par le manque d’enthousiasme (incompréhensible, faut-il le préciser?) du reste de ma famille, j’ai décidé de patienter un peu et d’aller voir le film tout seul de retour à Québec.

Or, si le film est passé en salle à Québec, c’est inaperçu en ce qui me concerne.

Octobre 1999. Je ramasse dans mon club vidéo un dépliant annonçant entre autres la sortie de Fantasia 2000 pour le 7 novembre. Dès cette date, je téléphone en fin d’après-midi à tous les clubs vidéos de ma région pour savoir s’ils l’ont reçu. Non seulement la réponse est négative, mais personne ne semble au courant qu’un chef-d’oeuvre nous était promis pour cette date.

C’est qu’il y avait une erreur d’impression dans le dépliant : le film est arrivé le 14 novembre. Cependant, en raison de divers concours de circonstances, je n’ai pas pu le louer avant le 3 janvier. (Je ne sais pas pourquoi, entre-temps, toute la famille était intéressée à le voir.)

Le grand jour étant venu, lorsque je tends enfin d’une main tremblante, au comptoir du club vidéo, mon petit jeton de Fantasia 2000, je constate avec surprise qu’on ne me demande que 2 $.

« Ce n’est pas une nouveauté? demandé-je, étonné, à la préposée.
- Si, mais c’est un film pour enfants, et puis, il y a juste de la musique là-dedans. » Sur un ton qui signifie : « Nous ne sommes quand même pas assez arnaqueurs pour vous faire payer le prix d’une nouveauté pour un film pareil. »

Moi qui, depuis dix ans, aurais été prêt à payer cinq fois ce prix!

Ma critique de Fantasia 2000



Qui est Al Hirschfeld?

Un des meilleurs morceaux de Fantasia 2000 est sans contredit celui de la Rhapsody in Blue, dessiné dans le style d'Albert Hirschfeld.

Albert Hirschfeld est un illustrateur né à Saint Louis, dans le Missouri, en 1903. Il est devenu célèbre par ses caricatures d'artistes états-uniens, dessinées dans un style caractéristique qui évoque bien pour moi le New York de Gershwin.

Apparemment, M. Hirschfeld aurait donné sa bénédiction aux studios Walt Disney pour qu'on s'inspire de son style.

L'art d'Albert Hirschfeld



Fred Astaire
Clark Gable
Marilyn Monroe


Note d'une lectrice assidue à propos de ma critique de Film de peur

« Moi, je te donne 10/10 pour avoir réussi à te rendre jusqu'à la fin du film! »
Diane L., Saint-Jérôme


Remarques d'un internaute à propos de ma critique des Parapluies de Cherbourg

Cher Monsieur,

Hier j'ai vu pour une deuxième fois Les parapluies de Cherbourg. Cette deuxième vision m'a suffisamment touché pour tenter de trouver sur le net des analyses et des avis sur cette oeuvre, et je suis tombé sur vos comentaires.

Je me permettrai simplement de commenter et d'apporter mon éclairage à une partie de vos commentaires, celle justement qui parle de la partie obscure du scénario : les raisons du mariage.

C'est justement sur cette partie qu'il m'intéressait de comparer mon analyse à une autre.

Je pense qu'on ne s'intéresse vraiment aux choses qu'à partir du moment où elles vous concernent. En effet, dans le comportement du personnage de Deneuve, il m'a semblé retrouver le côté irrationnel de la « femme »  que j'ai croisée dans ma vie.

Selon moi c'est bien le sujet du film, l'insconstance de la femme. Moi qui pense être plutôt connaisseur de cinéma, j'ai toujours entendu parler de Demy comme d'un cinéaste de la femme. Pourtant, dans Les parapluies, il m'a semblé découvrir le visage d'un homme plutôt mysogine, car en effet on ne comprend pas pourquoi Geneviève n'attend pas finalement et tranquillement son Guy qu'apparemment elle aime d'amour.

Ce sont en fait plein de mauvaises raisons qui la poussent, ou plutôt qui la décident au mariage, celles-là même que vous énumérez.

Je trouve que le talent de Jacques Demy est justement de ne pas se montrer didactique et démonstratif quand aux options de Geneviève. Il ne la juge pas, mais la montre, un peu perdue, changeante, peu sûre d'elle-même, découvrant peu à peu l'absence de la profondreur de ses sentiments à l'égard de Guy, au profit d'un positionnement social petit-bourgeois (bon parti, mariage, argent...).

Je voulais juste me permettre de vous dire que : c'est justement ce qui semble raté à vos yeux qui me semble maîtrisé et réussi à moi.

Cette démarche est la substance d'une oeuvre humaniste, n'imposant rien, ne cherchant pas à convaincre que Geneviève aurait tort ou raison, sans oublier que dans le film elle a 17 ans! Cet élément joue autant en sa faveur qu'en sa défaveur.

La subtilité de Demy se situe justement dans plein de petits indices qui aideront aux spectateur à prendre parti : père absent, mère petite-bourgeoise, jeunesse de Geneviève.

En ce qui me concerne, j'aime à penser que le choix de Geneviève, celui de la raison et de l'idéologie, ne la conduira pas au bonheur, qu'elle aime encore Guy et qu'elle se demandera longtemps pourquoi elle ne l'a pas attendu, tout en se disant qu'elle a bien fait!

Ah, les femmes...

Bien à vous,

René Hatem, Paris

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