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Explication des notes sur 10

Enragé, L' 
(Falling Down) (1993)
9 sur 10
«  Moi, le méchant? »

J’ai vu ce film pour la première fois il y a plus de cinq ans. Il ne m’avait pas frappé particulièrement à l’époque, mais plus les années passaient, plus je me rendais compte que le souvenir de Bill Foster (Michael Douglas) me revenait constamment. Bill Foster qui s’insurge contre les prix excessifs d’un dépanneur; Bill Foster qui donne une leçon à des voyous armés prétendant qu’un morceau de terrain vague leur appartient; Bill Foster qui oblige un préposé de la voirie à avouer que les réparations ont pour seul but de ne pas clore l’exercice avec un excédent budgétaire. Bref, Bill Foster qui en a assez.

Certes, si Bill remporte tous ces affrontements, c’est qu’il est non seulement déterminé, mais armé. Il s’arme d’ailleurs au hasard de ses rencontres. Car c’est aussi une image de l’Amérique, une vision de l’Occident (du monde?), qu’on nous montre dans ce film, dont je viens de me payer un second visionnement. Les voyous ne sont pas les seuls à défendre leur territoire : il y a aussi les riches et leur terrain de golf privé. « Il devrait y avoir des tables à pique-nique et des familles, ici », leur crie Bill en montrant l’immensité du beau terrain vert dont un membre du club veut le chasser à coup d’insultes et de balles de golf.

Il y a des jours où tout va mal. C’est le cas de Bill, qui commence le film coincé dans un embouteillage, par une journée torride, en constatant que son air climatisé est en panne. Il y a aussi des vies où tout va mal. C’est aussi le cas de Bill, sous le coup d’une ordonnance qui l’empêche de voir son ex-femme et sa petite fille, parce que – bien qu’il n’ait jamais frappé ni l’une ni l’autre – il a une propension à la violence.

Bill voudrait seulement revenir chez lui, et que tout soit comme avant : qu’il embrasse sa petite avant de se coucher et se blottisse contre sa femme dans la nuit. Mais ce n’est plus possible.

Ce qui fait la merveille de ce film, outre ce drame humain (il faut voir Bill vers la fin du film, déclarer au policier, décontenancé : « C’est moi, le méchant?? Comment cela a-t-il pu arriver? »), c’est le parallèle avec le sergent Prendergast (Robert Duvall). En effet, c’est le jour où celui-ci prend sa retraite anticipée. Il va partir dans un coin perdu de l’Arizona pour faire plaisir à sa femme, la remercier en quelque sorte d’avoir enduré toute sa vie le fait d’avoir eu un mari policier. Il y a déjà plusieurs années, d’ailleurs, qu’il s’est fait placer derrière un bureau pour qu’elle ne se fasse pas de mauvais sang pendant les heures de travail. Si quelqu’un comprend ce qu’est un point de non-retour (ce que Bill déclare vivre ce jour-là), c’est bien lui. Et soudain, Prendergast décide de sortir du tiroir ses compétences de policier (fin psychologue et homme de courage) pour mettre un terme aux dangereuses frasques de Foster.

Moi aussi, comme Bill, je rêve d’un monde où le hamburger qu’on me sert au restaurant sera aussi appétissant que celui de la photo. Moi aussi, comme vous, je rêve d’un monde où je pourrai atteindre ce but sans menacer le gérant d’une arme automatique.



Elvis Gratton 
(1985)
2 sur 10
On est toutt' une gang de colons. Toutt'.

Une amie m’écrivait un jour : « Qu’est-ce tu veux, j’aime Falardeau. Je le sais, son discours a besoin d’être rafraîchi, son personnage est gros, il est “rough”, mais il a de quoi d’attachant et il est loin d’être con. »

C’est à peu près ce que je pensais moi aussi avant de voir Elvis Gratton. Mais ce que j’ai vu ici, c’est un ramassis de gags insignifiants et réchauffés pour dire à une population méprisée que les fédéralistes, les curés pis les politiciens sont toutt' une gang de mange-marde (les admirateurs du cinéaste me pardonneront ce style relevé).

Ce n’est pas que l’auteur de ces lignes ait quelque chose contre les gros épais à l’écran, mais il a été démontré (notamment dans Cruising Bar) qu’on pouvait mettre en scène un gros épais sans laisser croire qu’on en était un soi-même. Sans compter que les dialogues sont artificiels et mal récités (on « voit » le script à travers la déclamation) et le film n’a pas de rythme : c’est une sorte d’enchaînement bizarre de gags avec des silences bizarres. Symphorien était plus convaincant. Et les gags sont vieux comme Abbott et Costello. Par l’originale scène de la tarte à la crème, Falardeau s’inscrit dignement dans une lignée à laquelle appartiennent Denise Filiatrault et un tas d’autres marginaux et révolutionnaires avant eux.

D’aucuns diront que cette bêtise et ces lourdeurs sont voulues. On peut en douter quand on voit que Falardeau n’a guère fait mieux quand il s'est attaqué à un thème aussi sérieux, et qui lui tient tellement à cœur, que celui qu’il aborde dans Octobre. Michel Brault a mille fois mieux réussi le traitement de ce sujet dans Les ordres. On a le savoir-faire ou on ne l’a pas.

Bon. Tempérons. Pour être honnête, il faut souligner deux passages réussis :

1) Le discours en pseudo-espagnol du dictateur de Santa Banana qui chante les louanges des États-Unis, et la réaction de Bob en le regardant.

2) Le préposé aux douanes canadiennes, francophone qui « parle bilingue » systématiquement au début et qui se met à parler un anglais de vache espagnol avec  Bob (“No, no, it is not for eat!”).

On ne dira pas que je suis mauvais bougre. Mais ne me demandez pas si je suis allé voir le deuxième.



Fantasia 2000 
(1999)
8 sur 10
Une belle réussite, qui n’égale toutefois pas l’original

J’attendais avec impatience la sortie de Fantasia 2000. Dès l’introduction, j’ai trouvé vertigineuse la distance de 60 ans qui nous sépare du premier Fantasia. D’autant plus que la version originale, pour moi, n’a pas vieilli et demeure encore plus riche que la plus récente.

Le concept est le même : mettre des images sur des musiques classiques. Les résultats étant inégaux à mes yeux, j’ai pensé coter chacun des morceaux séparément.

1. Cinquième symphonie de Beethoven. 5/10. Comme on l’avait fait avec la Toccate et fugue en ré mineur de Bach dans l’original, on s’appuie sur cette pièce pour faire défiler devant nous des images abstraites. C’est une bonne idée en soi, mais comme dans l’original, à part quelques beaux moments, on a hâte de passer à la pièce suivante. Sans compter qu’avec les techniques modernes, je m’attendais à quelque chose de plus remarquable.

2. Les pins de Rome de Respighi. 7/10. Cette idée de faire évoluer des baleines dans les airs aussi allégrement que dans l’eau recèle un grand potentiel et nous donne des images très belles et très poétiques dans les teintes de bleu et de gris. J’ai beaucoup aimé la fin, mais l’ensemble m’a paru un peu long, et les animateurs de Disney ont montré ailleurs qu’ils étaient capable de fils conducteurs plus substantiels.

3. Rhapsody in Blue de Gershwin. 10/10. Quelle idée extraordinaire que d’avoir fait cette pièce dans le style du dessinateur Al Hirschfeld! Un style qui nous plonge directement dans le New York des années 30, celui de Gershwin (que l’on aperçoit d’ailleurs l'espace de quelques secondes à travers la fenêtre d’un immeuble). L’exploitation du dialogue entre la clarinette et le reste de l’orchestre au début est tout simplement géniale (alternativement, une ligne trace le skyline de New York pendant les notes de clarinette, et le dessin des édifices se complète lorsque répond l’orchestre). De plus, on assiste pendant cette pièce assez longue à plusieurs histoires distinctes qui finissent par se rejoindre et expriment ensemble la vie moderne, celle de la grande ville. De nombreux passages montrent beaucoup d’imagination et un synchronisme parfait avec la musique.

4. Concerto pour piano numéro 2 de Chostakovitch. 8/10. J’ai été impressionné par cette capacité d’arrimer une histoire préexistante (Le petit soldat de plomb d’Andersen) à une pièce de musique qui, en principe, lui est totalement étrangère. Le mariage est parfait, et encore une fois, on a droit à des images très réussies et à un concept achevé.

5. Le carnaval des animaux de Saint-Saëns. 10/10. Quelle idée excellente, et si bien exploitée, que ce flamant rose délinquant qui tient à jouer du yo-yo pendant que les six autres de la troupe tentent de le discipliner pour un numéro de danse! Morceau très court, mais qui procure du plaisir mur à mur!

6. L’apprenti sorcier de Dukas. 10/10. Un des chefs-d’oeuvre incontestables des studios Disney. Ce n’est pas pour rien qu’on le reprend tel quel ici. Une musique excellente et très descriptive parfaitement exploitée, une histoire inspirante, des procédés visuels novateurs et géniaux (je pense notamment aux ombres, et entre autres à la scène où l’on nous fait voir ainsi indirectement, presque avec pudeur, l’« assassinat » du balai par Mickey!).

7. Pump and Circumstance d’Elgar. 3/10. Le choix de cette pièce était-il judicieux? Peut-être. L’idée d’y accoler l’histoire de Noé? Probablement. Celle de confier la vedette à Donald Duck? Sûrement. Malgré tout, l’ensemble ne lève pas. Il faut dire qu’il aurait fallu des trésors d’ingéniosité pour renouveler ce thème vieux comme le monde (c’est le moins qu’on puisse dire). Pourtant, normalement, Walt Disney n’en manque pas.

8. L’oiseau de feu de Stravinski. 7/10. Comme dans le Fantasia original, on choisit pour la fin une pièce dramatique. Les images sont très belles, mais je continue d’accorder ma préférence à la Nuit sur le mont Chauve du premier Fantasia.

9. Présentations. 3/10. De plaquer là Steve Martin, Bette Midler et d’autres vedettes états-uniennes pour qu’elles nous présentent des pièces auxquelles elles semblent plutôt indifférentes n’ajoute rien au film, et surtout pas le prestige qu’on semble vouloir en tirer.

Anecdote personnelle au sujet de ce film
Note complémentaire au sujet d'Al Hirschfeld
Site web officiel de Fantasia 2000



Fantasmes de Kathy, Les
(The Favor) (1994)
8 sur 10
Le démon du midi chez les femmes de trente ans

Apparemment, ce qu’on appelle « la crise de la quarantaine » peut arriver dans la trentaine... et aux femmes comme aux hommes!

Car c’est bien ce qui arrive à Kathy. Kathy (la très jolie Harley Jane Kozak) a un bon mari, elle a deux gentilles petites filles, mais elle reçoit un jour une invitation à des retrouvailles, et se remet à penser à son premier petit ami, Tom, qu’elle a fréquenté à l’âge de seize ans. Penser est un mot faible. Elle fantasme sur lui, elle rêve à lui nuit et jour. C’est que, voyez-vous, ils n’ont jamais « consommé » leur amour : ils étaient trop sages à l’époque. Finalement, n’y tenant plus, elle demande à sa meilleure amie Emily (Elizabeth McGovern) d’aller rencontrer Tom pour lui dire à quoi il ressemble aujourd’hui.

Emily, célibataire ayant des mœurs plus libertines que Kathy, revient de son voyage à Denver enchantée : Tom est beau, fort, gentil et fait l’amour comme un Dieu. Cela n’est pas pour guérir Kathy. D’ailleurs, Emily ne serait-elle pas en train de le lui « voler »?

En plusieurs endroits du film, on voit sous nos yeux les fantasmes de Kathy, qui renferment toujours un élément de surprise et m’ont bien fait rire. Les personnages sont crédibles, depuis Emily et Kathy jusqu’à Peter, le mari de cette dernière, bon bonhomme qui se met peu à peu à douter de sa femme sous l’influence de son collègue Joe, qui connaît sur le bout de ses doigts les signes auxquels on reconnaît une femme infidèle.

Contrairement à Beauté américaine, qui approfondit davantage le thème de la crise de la quarantaine (du côté masculin), Les fantasmes de Kathy ne dépeignent pas un état de crise, ni vraiment une volonté de refaire sa vie; mais à titre de comédie, ce film décrit parfaitement la nature d’un fantasme, la façon dont il peut bouleverser votre vie et tout ce qu’il peut vous pousser à faire!



Fight Club 
(1999)
9 sur 10
Un univers intérieur

J'ai éprouvé en écoutant Fight Club le même genre de fascination presque hypnotique qu'en regardant un film de Stanley Kubrick. Il y a en effet dans Fight Club, outre une violence brute à la Orange mécanique, une sorte de tunnel, d'atmosphère psychotique qui rappelle Les yeux grand fermés. Du début à la fin, on se sent plongé dans un univers qui existe plus dans l'esprit de quelqu'un que dans le monde solide qui nous entoure comme spectateur. Un univers qui a sa propre cohérence mais qui semble décalé - oh, juste légèrement - par rapport au nôtre. Quand je dis « au nôtre », je veux dire à notre monde extérieur. Car on se trouve constamment confronté dans ce récit à toute une série de constats, de sentiments et de questions qui nous disent quelque chose. Mais où donc les a-t-on rencontrés si ce n'est dans le monde tel qu'il existe réellement?

Sans doute dans notre univers intérieur.

Ce sentiment que l'on vit (ou pourrait être en train de vivre) une vie qui n'a pas de sens. Qu'il nous serait possible d'en vivre une autre. Que cette autre vie, plus trépidante, plus remplie, pleine de sens, est juste là, à notre portée. Qu'il nous suffirait d'avoir le courage de nos intuitions.

Et le film nous pose la question : jusqu'où irait-on, alors? Et surtout, le courage de nos intuitions nous mènerait-il vraiment plus loin que la petite vie tranquille dans laquelle on rêve d'une vie éclatée?

Notre intuition nous dit que les biens matériels qui nous appartiennent ne sont rien. Faut-il faire exploser et flamber notre appartement meublé avec soin pour goûter la vraie vie? Notre intuition nous dit que plus nous nous servons de notre corps, plus nous nous sentons exister. Faut-il pour autant baiser comme des bêtes et se battre jusqu'au sang, gratuitement, juste pour atteindre cette plénitude? Notre intuition nous dit que si on devait mourir dans une minute, on pourrait avoir peur du bilan que l'on ferait de notre vie. Faut-il pour autant traverser la rue les yeux (grand) fermés, pour nous forcer à faire ce bilan tous les jours? Notre intuition nous dit que nous atteindrons la véritable liberté le jour où nous ne caresserons plus aucun espoir, le jour où nous lâcherons prise, le jour où nous nous abandonnerons complètement à la vie. Faut-il pour autant lâcher le volant de notre voiture en marche en plein milieu d'un boulevard?

Et si cette intuition devient une conviction, et si sa propre plénitude ne suffit pas, faut-il brûler l'appartement du voisin pour le libérer du quotidien qui l'enchaîne, lui braquer un pistolet sur le front un soir pour que son petit déjeuner goûte meilleur que jamais le lendemain matin, faire sauter les sièges sociaux des sociétés de carte de crédit pour réveiller le monde?

Mon intuition à moi me dit que celui qui cherche aussi violemment à libérer les autres se débat encore lui-même dans son emprisonnement.

C'est le projet de Tyler Durden (Brad Pitt). Et le narrateur (Edward Norton) le suit, subjugué. Car il y a aussi un peu de « l'enfer de Waco » (Ambush in Waco) dans ce film : la mécanique de la secte y est sinon disséquée, du moins exposée. Comment peut-on se laisser embrigader par un leader, un gourou, et lui obéir aveuglément? C'est bien en secte, en effet, que se transformera à toutes fins utiles le club secret de Tyler Durden, une secte où les règles numéro un et deux consistent à ne pas poser de questions, ce dont tout le monde semble satisfait. Comment, pourquoi entre-t-on dans une secte où il est interdit de poser des questions? Parce qu'on cherche des réponses.

On cherche dans le monde extérieur des réponses aux questions de notre univers intérieur.

Ce que David Fincher nous sert ici, ce ne sont pas les réponses. Ce sont les questions et les constats flous qui émergent de la bizarre rencontre, de l'arrimage bancal du monde extérieur et de l'univers intérieur. Ce genre de film ne plaît pas à tout le monde. Mais il y a des gens pour qui le questionnement est si présent dans leur vie que leur vie même ressemble à ce que David Fincher et Stanley Kubrick projettent sur l'écran.

Dans ma critique de Jouer avec la mort(The Game), qui décrit aussi un univers dont la cohérence est surtout interne, je reprochais un peu à Fincher de se jouer de nous pour rendre le scénario plus spectaculaire. Vers les deux tiers de Fight Club, on donne une clé pour comprendre l'histoire du narrateur, et alors le spectateur peut encore une fois se sentir floué. Mais quand on repense à l'ensemble du film, on admet que ce truc de music-hall demeure secondaire.

Car de toute façon, le Fight Club, il n'existe pas dans le monde objectif qui nous entoure. Il existe dans notre monde intérieur, où bien des choses bizarres peuvent être si réelles.
 



Film de peur 
(Scary Movie) (2000)
5 sur 10
Le ridicule fait rire

Si je n’avais à juger que de l’originalité et du niveau intellectuel de Film de peur, il m’aurait été absolument impossible de le hisser au-delà de 3/10. Cependant, pour des raisons que je m’explique mal mais que je ne peux que constater humblement, j’ai ri en plusieurs endroits du film, ce qui vaut bien une note moyenne.

Note d'une lectrice assidue à propos de cette critique


Final Fantasy (2001)  7 sur 10
Rambo contre les fantômes

Jamais le cinéma ne nous aura donné un monde futuriste aussi original et aussi saisissant depuis Star Wars (1977) et, peut-être, Blade Runner (1982). Final Fantasy, cependant, relève plus de ce dernier univers que du premier.  La planète Terre, devenue désertique, est sous l'emprise de fantômes arrivés sur un astéroïde il y a une quarantaine d'années. Parmi les humains qui restent, et qui vivent sous de grands dômes protecteurs, il y a ceux qui veulent les détruire (représentés par le dément général Hein, qui appartient à une longue lignée hollywoodienne passant notamment par le général Turgidson du Dr Folamour (1964) et le général Mandibule de Fourmiz (1998)), et il y a ceux qui veulent les comprendre.

Peu importe en fait cette intrigue (quoique le fin mot de l'histoire sur la nature de ces extra-terrestres ne soit pas sans intérêt humain et philosophique). Ce qui intéresse et fascine le plus, dans Final Fantasy, c'est l'image. Le film a été entièrement réalisé par ordinateur. Mais on est loin de Tron (1982)  et de Histoire de jouets  (1995, 1999). Par longs moments, on oublie carrément que les personnages qui évoluent devant nous ne sont pas de vrais acteurs. Cette seule prouesse, alliée au plaisir de se plonger dans un univers si grandiose et étranger, mérite le détour.

Un bémol, cependant, outre le fait que les esprits cartésiens peu habitués au monde de la science-fiction se perdront sans doute fréquemment comme moi dans l'intrigue : tant qu'à avoir fait preuve de tant d'imagination pour créer un nouvel univers et dessiner des monstres polymorphes aussi impressionnants, n'y aurait-il pas eu moyen de se montrer un peu plus original aussi quant à la façon de les détruire au lieu de se contenter de tirer sur ces êtres éthérés avec des fusils laser à la Rambo?



Forteresse
(Fortress) (1993) 
6 sur 10
Mais que font-ils avec les dangereux?

Que les États-Unis, en 2017, interdisent à leurs citoyens d'avoir plus d'un enfant pour cause de surpopulation, on peut l'avaler si c'est posé comme fondement de l'histoire. Qu'il soit défendu d'avoir un second bébé même si le premier décède à la naissance, voilà qui commence déjà à sentir le dérapage. Mais qu'un couple pincé dans cette situation pour cause de ligature des trompes non efficace soit condamné à trente et un an d'incarcération dans une prison high-tech à sécurité maximale de trente et un étages enfouie sous la terre en plein milieu d'un désert pour y subir des travaux forcés et une torture psychologique, et on se demande quel sort est réservé aux criminels dangereux dans ce monde du futur.

Et je ne vous ai pas encore dit ce qu'on fait de ces deuxièmes bébés en cette époque délicate où l'avortement, comble de malheur, est aussi interdit.

Bref, John Brennick (Christophe Lambert) compte bien s'évader de cette forteresse, en emmenant avec lui, évidemment, sa femme (Loryn Locklin) incarcérée dans une autre aile (il trouvera bien), et leur enfant à naître. Nous n'en sommes pas à un raccourci près dans les moyens qu'il prendra pour y réussir, mais si vous n'êtes pas comme moi pointilleux sur ce genre de détails, vous passerez un bon moment car les scénaristes réussissent à maintenir l'intérêt et l'organisation de cette prison futuriste vaut bien une petite visite.



Frankenstein d'après Mary Shelley 
(Mary Shelley's Frankenstein) (1994)
7 sur 10
Jusqu'où peut aller l'invraisemblance?

Qu'il soit possible de redonner vie à un corps en le chargeant d’électricité, on fait le choix d’y croire quand on s’installe pour regarder un film qui s’appelle Frankenstein.

Est-ce à dire que l’auteur peut nous passer pour autant n’importe quelle invraisemblance? Malheureusement non. Il vient un point où le cerveau humain cherche un peu de cohérence. Alors, pourquoi le monstre de Frankenstein, dans ce film, a-t-il des points de suture tout le tour de l’œil gauche, et une autre ligne de suture qui lui traverse la bouche obliquement? Le docteur lui a remplacé le cerveau, pas les joues!

Il faut dire que le résultat est impressionnant. Le monstre de Frankenstein joué par Robert de Niro vaut la peine d’être vu. À plusieurs égards, le traitement du personnage (solitude, ostracisation) rappelle L’homme-éléphant (1980). Sauf que malgré tous les efforts mis ici pour susciter notre sympathie, l’homme-éléphant l’emporte haut la main dans mon cœur... Il y a quelque chose de bancal dans l’entreprise qui consiste à nous faire croire que ce personnage vit tant d’émotions tout en nous relisant plusieurs fois les notes du docteur Frankenstein qui précisent que sa créature est « morte ».

Renonçant à énumérer ici toutes les invraisemblances, d’autant plus que beaucoup sont liées à la conclusion, je me permets toutefois de me demander tout haut comment on peut apprendre à lire tout seul dans une porcherie, à quoi rime cette rencontre dans une grotte de glace, et comment une simple lampe à l’huile peut provoquer une suite d’explosions qui ferait pâlir de jalousie le réalisateur de Die Hard. C’est dommage, car si on met de côté ces détails agaçants, on peut dire que le film livre supérieurement la marchandise. Le jeu des acteurs est excellent, et le réalisateur a réussi à renouveler le thème sans trahir les éléments auxquels on tient en s’apprêtant à regarder ce classique (atmosphère de la fin du XVIIIe siècle, effervescence du monde scientifique, laboratoire du DrFrankenstein). Enfin, le film arrive aussi à nous faire réfléchir – pas trop, mais assez – sur la science et sur la lutte de l’homme contre la mort. Même l'explosion de la fin, si invraisemblable soit-elle, donne lieu à des images mémorables.

Le titre laisse entendre que cette histoire est conforme à celle de Mary Shelley. J’ose supposer que comme tant de romans portés à l’écran, le film tourne les coins ronds. Ainsi, je continuerai de croire que le Frankenstein de Mary Shelley vaut probablement la peine d’être lu.


 
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