François Lavallée > Le critique > Films > Critiques en français (M-N-O)


Explication des notes sur 10
Ma vie en cinémascope 
(2005)
9 sur 10
Un nouveau fleuron du cinéma québécois

Je dois faire amende honorable à la suite de ma critique de L’odyssée d’Alice Tremblay. Non pas que celle-ci ait dû faire terriblement mal à la carrière de Denise Filiatrault... mais ayant vu et goûté Ma vie en cinémascope, je comprends qu’il était oiseux de passer par l’histoire personnelle ou les ambitions de la réalisatrice pour tenter d’expliquer les faiblesses de L’odyssée d’Alice.

En effet, Denise Filiatrault est sans contredit une grande réalisatrice : Ma vie en cinémascope le montre sans équivoque. La reconstitution historique est criante de vérité, aucun fil ni aucun appendice inutile ne dépasse du scénario, les dialogues sonnent vrais, le jeu des acteurs est à l’avenant, les enchaînements entre les scènes relèvent du grand art, le découpage du temps (flashbacks, retours en avant, éclairage mutuel des époques) ne dérape nulle part, bref, il s’agit ici d’un nouveau film québécois qui n’a rien à envier aux productions des nos voisins du sud.

On ne peut que se réjouir que le Québec se dote aujourd’hui avec intensité d’un patrimoine cinématographique propre, qu’il crée son propre imaginaire, qu’il revoie - ou refasse! -  son histoire à travers ce médium grand public qu’est le cinéma. En effet, n’oublions pas que si les États-Uniens ont le sentiment de leur grandeur, ce n’est pas seulement parce qu’ils dominent le monde militairement : c’est d’abord parce qu’ils ont su, dès les débuts du septième art, chanter, sinon inventer leurs propres événements fondateurs, voire leurs propres héros, de Daniel Boone à John F. Kennedy, en passant par Howard Hughes (L’aviateur) et d’innombrables autres.

Le reste du monde peut certes, en regardant par-dessus l’épaule des États-Uniens, pleurer avec eux les déchirements familiaux de la Guerre de sécession, se révolter à la vue des comportements racistes ayant entaché l’histoire de ce pays, vivre l’espoir des immigrants apercevant la statue de la Liberté, se réjouir de l’action des policiers incorruptibles des années 30, se captiver pour la vie de tel ou tel musicien, boxeur, ou joueur de baseball, mais ces histoires, malgré leur caractère parfois universel, n’en demeurent pas moins celles des États-Uniens. Il importe au plus haut point que chaque peuple ait aussi ses propres héros et ses propres histoires, réelles ou fictives – et généralement tout aussi universelles.

C’est dans ce sens qu’on peut se réjouir de la multiplication des films québécois de bonne facture nous relatant le destin d’un chevalier de Lorimier (15 février 1839), d’un Marcel Talon (Le dernier tunnel), d’un Jack Paradise et même d’une Aurore, outre les fictions qui racontent les histoires d’ici, depuis Les Plouffe jusqu’au Survenant en passant par Un homme et son péché. Les sujets ne manquent pas, et il est à espérer que nos cinéastes continueront d’alimenter - de bâtir - ainsi notre imaginaire collectif.

D’ailleurs, après avoir vu Ma vie en cinémascope et d’autres films québécois récents, je ne doute pas que le Québec, d’ici cinq ans, se sera taillé une place étonnante sur le marché international du cinéma.

Soulignons justement qu’Alys Robi a été la première chanteuse populaire québécoise à avoir percé aux États-Unis, et ce, près d’un demi-siècle avant « notre Céline nationale ». Son destin fut à la fois brillant et dramatique, et Denise Filiatrault a réussi à capter ces deux filons de manière remarquable... tout en sachant arrêter son récit au bon moment. En effet, une biographie qui a pour ambition de montrer la vie entière d’un personnage historique a souvent le défaut – et c’est presque inévitable - d’être construite en dents de scie, au gré des événements réels de la vie en question, et d’être ainsi assimilable à une chronique, genre qui sied souvent mal au cinéma; en effet, ce qui fait l’intérêt d’une histoire, surtout au grand écran, c’est la bonne vieille gradation, suivie d’une apogée puis d’un dénouement. Quand on veut trop tout dire, on risque de diluer le propos. Voilà un autre piège que Denise Filiatrault a su éviter en arrêtant son histoire en 1952, à la suite de la lobotomie de cette Alys Robi encore vivante au XXIe siècle.

Un bémol toutefois. On aurait quand même aimé avoir une idée de la suite de la carrière d’Alys Robi après cet événement charnière dans sa vie. D’après ce qu’on peut déduire du film, la lobotomie a été réussie. Mais encore? Quels genres de séquelles laisse une telle opération? Qu’est-il arrivé à cette chanteuse qui avait conquis Londres et Hollywood juste avant d’être internée à Saint-Michel-Archange? Est-ce par pudeur qu’on se contente de dire, dans l’épilogue textuel, qu’elle a « poursuivi sa carrière »?

Machine à explorer le temps, La 
The Time Machine (2002)
9 sur 10
Malgré une fin tempus ex machina...
Ayant vivement apprécié l'ancêtre de ce film, je me disais, en m'installant dans mon fauteuil au cinéma, que la barre était haute. Surtout que les réalisateurs états-uniens des films grand public de ce début du XXIe siècle, enivrés par les nouvelles possibilités techniques de leur art, ont tendance à considérer que le tape-à-l'oeil les exempte de tout.

Et puis, on se demande toujours dans quelle mesure le remake d'une oeuvre apportera quelque chose de neuf.

Or, pour être différent, le film est différent. On reconnaît certes les grandes lignes : un homme qui invente une machine à explorer le temps à la fin du XIXe siècle se retrouve dans une civilisation tout à fait différente de la nôtre autour de 800 000 après Jésus-Christ (dans le premier film, c'était autour de 600 000, mais bon...). Là-bas, il fait la connaissance d'un peuple jeune, pacifique et doux, les Éloïs, réduit à l'état de bétail (à des fins de consommation) par un autre peuple, monstrueux celui-là, et vivant dans des cavernes, les Morlocks.

Mais le parallèle s'arrête à peu près là. L'histoire est considérablement remaniée. Tout d'abord, elle se passe non plus à Londres, mais à New York. Je n'ose m'interroger sur les motifs de ce déménagement. Ensuite, les échanges entre George et ses amis du club, au début du film de 1960, sur la notion de voyage dans le temps, sont complètement escamotés. On a dû tenir pour acquis que le public de 2002 était parfaitement au fait de ces notions.

Au début, on a donc plutôt droit à une petite idylle amoureuse puis à un voyage dans le passé récent, qui nous expliqueront la quête existentielle menée par le professeur Hartdegen (ce n'est plus George) dans le futur.

On n'a plus la scène fascinante du film de 1960 où George fait avancer sa machine lentement, observant avec émerveillement les aiguilles de l'horloge presser le pas, la bougie fondre en quelques secondes et le soleil traverser le ciel en un rien de temps. En revanche, le long périple de plusieurs siècles ne se passe plus dans la lave pétrifiée : on nous montre, par reconstitution informatique, les transformations du paysage sur plusieurs siècles en accéléré : ères glaciaires, formation de montagnes, érosion, creusement de vallées, etc. C'est ici que j'ai commencé à considérer que le film de 2002 n'avait pas à rougir devant celui de 1960.

Mais c'est une fois arrivé dans le lointain avenir que j'ai été convaincu. Les problèmes posés par ce genre de situation ne sont pas faciles à résoudre : Comment imaginer une civilisation totalement différente de la nôtre? Comment régler, par exemple, le problème de la langue? Dans le film de 1960, il semble tout naturel que les Éloîs parlent anglais, ce qui appelle tout de même un sourcillement. Ici, c'est avec plaisir que j'ai entendu les Éloïs parler une langue inconnue, ce qui donne plus d'authenticité aux émotions probables du professeur Hartdegen à son réveil. (J'admets que le fait que son hôtesse connaisse l'anglais à titre de langue morte n'est pas si convaincant non plus; on aurait pu laisser au professeur quelques mois pour apprendre la langue du milieu, mais je suppose qu'on n'avait pas le temps.)

Quant à la civilisation même des Éloïs, c'est une vraie splendeur. Alors que les Éloïs de 1960 vivaient simplement dans la nature et se rassemblaient dans une sorte de grand temple impersonnel, ceux de 2002 logent dans des habitations de bambou juchées sur les parois de très hautes falaises. Le dépaysement est total.

Les Morlocks aussi sont évidemment plus impressionnants que les espèces de mini-Hulk de 1960, étant notamment aidés par l'informatique dans leurs mouvements d'une grande vivacité.

Les réalisateurs de films fantastiques ont l'air d'avoir renoncé à jamais à l'idée de se préoccuper de vraisemblance. D'épuisement, on finit par se plier. Ainsi, je ne m'interrogerai pas ici sur la façon dont le professeur Hartdegen, sa nouvelle petite amie et les Éloïs qu'il sauve ont réussi à franchir en quelques secondes la distance qui sépare les grottes maléfiques du sommet de la montagne d'où ils observeront tous les Morlocks, qui les talonnaient encore au moment où ils s'enfuyaient par le puits, périr sans exception par une immense explosion quarko-spatio-temporelle qui détruit à jamais leur royaume des ténèbres. Car malgré cette fin tempus ex machina, le film vaut encore le détour.

Réflexions sur la notion de progrès dans les deux films La machine à explorer le temps

Machine à explorer le temps, La 
The Time Machine (1960)
8 sur 10
Un voyage dans le temps qui n'a pas vieilli
L'arrivée d'une nouvelle version de ce film en 2002 ne reléguera jamais dans l'ombre l'original de 1960. Le préposé du club vidéo me disait justement que celui-ci connaissait un regain de popularité à la faveur de la sortie du remake.

Si l'atmosphère de l'Angleterre victorienne est si bien recréée dans ce film, c'est sans doute que celui-ci a lui-même été tourné à une époque de grand optimisme et de foi en la science pour l'humanité. Les scènes initiales, où George (représentant l'auteur du roman, H.G. Wells) discute de la quatrième dimension dans un salon feutré avec ses amis ont d'ailleurs été éliminées du film de 2002 (qui se passe, et c'est tout dire, à New York).

Ce qui frappe, quand on regarde ce film quarante ans plus tard, c'est à quel point il n'a pas vieilli. Et Dieu sait à quel point les films d'anticipation de cette époque ne tiennent généralement plus la route aujourd'hui qu'à titre de documents historiques qui séduisent surtout par leur côté kitsch. Il y a peut-être les Morlocks, certainement moins convaincants que ceux de 2002, mais tout le reste me semble avoir... traversé le temps sans anicroche. La machine elle-même - dont on ne prend jamais vraiment la peine d'expliquer la mécanique, ni en 1960, ni en 2002 - me paraît plus belle dans sa sobriété victorienne de 1960 que dans son baroquisme futuriste de 2002.

Ce sont les scènes finales qui laissent un peu sur notre faim dans ce premier film. L'évasion des grottes des Morlocks frise le cliché et ne réserve aucune surprise. Et c'est justement à partir du long voyage vers l'avenir que le film de 2002 sommence à se distinguer pour le meilleur. Alors pourquoi ne pas s'offrir le meilleur des deux mondes?

Réflexions sur la notion de progrès dans les deux films La machine à explorer le temps

Malèna 
(2000)
8 sur 10
Malèna, fin de la vingtaine, c'est le pétard du village. Tous les hommes se retournent sur son passage, toutes les femmes médisent contre elle. Son mari est à la guerre. Car nous sommes en Sicile vers 1940.

Renato, lui, vit une puberté nouvelle et débridée. Maléna en sera l'objet, mais de loin, comme un être dont on n'ose s'approcher parce qu'il appartient trop à un autre monde.

Par le réalisateur de Nuovo cinema Paradiso (Cinéma Paradiso) et d'Una pura formalità (Une pure formalité, avec G. Depardieu et R. Polanski), un film qui s'ouvre sur des vulgarités inquiétantes pour se clore sur une sensibilité irrésistible. Un film où le brut côtoie la retenue. Une réflexion sur les réalités sociales des petits villages... qui ne sont pas toujours si loin des réalités du monde en général.

Mary Poppins 
(1964)
10 sur 10
Des sornettes auxquelles on aime croire

Le message de Mary Poppins est extrêmement classique. Mais peu d’auteurs ont réussi à le faire passer aussi efficacement et superbement. Pour cela, il faut non seulement avoir une grande compétence technique, mais aussi y croire soi-même. Le géant Walt Disney serait-il capable de mettre autant de candeur et de richesse dans un film aujourd’hui?

Mais avant même le message, tout dans Mary Poppins est une joie pour les yeux. La partie la plus impressionnante est sans doute celle qui s’ouvre lorsque la nanny britannique, avec les deux enfants dont elle a la charge et son ami Bert, sautent dans un dessin à la craie pour participer à une fête foraine. Comment oublier les costumes de cette scène, ainsi que le numéro de danse avec les serveurs-manchots?

Tous les autres tableaux sont aussi mémorables : celui de la banque, dont le président cherche avidement à arracher les deux pences des mains du petit Michael, qui veut les conserver pour nourrir le pigeons, ou encore ce ballet des ramoneurs sur les toits de Londres.

Et les oreilles du spectateur ne sont pas en reste. Toutes les musiques, dont la plupart sont devenues des classiques, sont agréables à réentendre, depuis Supercalifragilisticexpialidocious jusqu’à Chim Chim Cheree, en passant évidemment par A Spoonful of Sugar. Ce dernier titre cependant m’oblige à faire une remarque sur la traduction. La plupart des gens de ma génération connaissent les chansons en français telles qu’elles ont été enregistrées à la fin des années 60 dans une adaptation phonographique de Lucien Adès. Une mauvaise surprise les attend à l’écoute du film, où les chansons ont été traduites par Christian Jollet. Le splendide

La vie est moins amère avec un p’tit morceau de sucre
Un p’tit morceau de sucre
Un p’tit morceau de sucre
devient ici tout bêtement :
C’est le morceau de sucr’ qui aid’ la méd’cine à couler
La méd’cine à couler
La méd’cine à couler
Un petit rappel des paroles anglaises (“That a spoonful of sugar helps the medicine go down”) nous fait rapidement comprendre que Jollet n’a pas su s’éloigner de l’original, ce qu’il ne faut jamais craindre de faire en traduisant des chansons. Dans ce cas-ci, outre le fait que la phrase « coule » moins bien, rappelons que le mot médecine en français n’a pas le sens de « médicaments » comme medicine en anglais.

Toujours au sujet de la traduction, que l’accent tonique ait été malmené en divers endroits, on le tolérera car cette subtilité échappe au commun des mortels et rares sont les chansons traduites dans les films qui vont jusqu’à respecter ce point. Toutefois, une écoute le moindrement attentive permet de repérer bien des occasions ratées de faire rimer les paroles, ce qui quand même n'aurait pas été trop demander!

Au demeurant, comment ne pas préférer le supercalifragilisticexpidélilicieux du disque au bête emprunt supercalifragilisticexpialidocious de la version française du film?

Pamela Lyndon Travers, la romancière australienne qui a inventé le personnage dans les années 30, s’est dite déçue du long métrage, mais évidemment pour d’autres raisons. En effet, la Mary Poppins du grand écran n’était pas assez stricte à son goût. Étonnant. Car une des choses qui frappent à l’écoute du film, c’est justement à quel point Mary Poppins, tout en étant la nounou rêvée des enfants, demeure très austère lorsque ceux-ci semblent s’amuser le plus. C’est peut-être à ce paradoxe que tient le mystère de ce personnage. (Une scène est particulièrement troublante à cet égard : celle où Mary Poppins, à l’heure de mettre les enfants au lit, nie fermement tous les événements de la journée, dont elle est pourtant à l’origine, et dont les petits s’émerveillent encore.) Soulignons au passage le jeu parfait (practically perfect) de la radieuse Julie Andrews.

Le personnage de Bert est aussi extrêmement inspirant. On pourrait dire qu’il y a trop d’idéal à dépeindre ainsi un garçon de la rue qui a toujours le sourire aux lèvres et qui se transforme en marchand de marrons quand il fait froid, en marchand de cerfs-volant quand il fait beau et en ramoneur quand il fait nuit. Et pourtant, tout colle, son mode de vie nous parle, et lorsque vers la fin, il explique à Jane et Michael que leur père vit dans une cage dorée, c’est devenu l’évidence même. Ce dialogue, et l’autre un peu plus loin entre Bert et le George Banks lui-même, est d’autant plus convaincant et remarquable qu’il est totalement dénué de mépris, et c’est une autre force de ce film : ne jamais montrer de ficelles, ne jamais prendre un ton moralisateur, alors qu’il est évident ici que le divertissement, bien qu’au cœur de l’exercice, n’est pas le seul but de l’histoire. Comme je l’ai dit, pour réussir un tel tour de force, il fallait croire profondément au message.

Pamela Lyndon Travers disait qu’elle n’écrivait pas pour les enfants. Et de fait, on ferait erreur, ici, d’attendre d’en avoir un avec soi pour s’offrir le plaisir de ce film qui n’a pas vieilli (surtout dans sa version DVD, qui nous présente une image et des couleurs éclatantes) et qui a encore bien des choses à dire à notre coeur.

Méchant menteur 
(Big Fat Liar) (2002)
7 sur 10
Bonne comédie

Excellente comédie sans prétention. Les gags, jamais indécents, sont souvent amusants; l'intrigue est assez innocente pour qu'on se détende, le rythme est soutenu, on rit à plusieurs endroits, il n'y a aucune mauvaise surprise.

Meurs un autre jour
(Die Another Day) (2002)
9 sur 10
Le meilleur James Bond depuis longtemps

Plusieurs gags originaux et amusants, des cascades époustouflantes, un héros qui a de la classe. Un des grands défis d'un réalisateur de film d'action consiste à trouver des situations nouvelles, car les amateurs en ont vu d'autres. Il y a un bon nombre de trouvailles réussies ici, comme la poursuite en hovercraft dans un champ de mines et le palais de glace en Islande. Quant au surf, on en a déjà vu ailleurs, mais ici les images sont à couper le souffle.

Microcosmos - le peuple de l'herbe 
(1996)
7 sur 10
Des images auxquelles mille mots n’auraient pas nui

Le film remplit pleinement ses promesses de festin pour les yeux. Il faut saluer sans réserve le travail remarquable de ces chasseurs d’images. Cependant, un commentaire poétique et éclairé, conformément à ce à quoi nous sommes habitués en matière de documentaires sur la nature, n’aurait pas été dédaigné. Au lieu de cela, les auteurs ont décidé de nous priver de toute narration, sans doute pour nous laisser méditer tout notre soûl, estimant que les images parlent d’elles-mêmes. N’y aurait-il pas eu moyen de trouver un juste milieu?

Les effets sonores (authentiques ou reconstitués?) sont impressionnants, mais on pourrait imaginer une meilleure exploitation de la musique, même si celle-ci, généralement discrète et évocatrice, s’avère adéquate. Mentionnons enfin une structure un peu décousue. Sans doute voulue comme le reste, mais on se prend encore ici à imaginer comment un ensemble mieux ficelé aurait pu donner plus de force à si riche matière brute.

Ainsi, malgré l’universalité et l’intérêt du sujet, j’hésiterais à écouter ce documentaire avec des enfants ou des ados. Ce qui aurait pu constituer un extraordinaire outil d’information et de sensibilisation semble plutôt s’adresser à un public gagné d’avance (lequel ne sera pas déçu).
 

Miss Personnalité 
(Miss Congeniality) (2000)
7 sur 10
Miss double personnalité

Ce que j’aime chez Sandra Bullock, c’est qu’elle est belle sans être poupée; active et solide sans perdre son charme. Dans Miss Personnalité, on sépare les deux éléments de cette complémentarité : elle est soit belle et poupée, soit active et moche. Et alors, il se passe une chose bizarre : on a beau chercher, on n’arrive jamais à la voir sous son meilleur jour.

Gracie Hart (Sandra Bullock) est ce qu’on appelle un « garçon manqué ». Déjà dans la cour d’école, elle prenait la défense des petits garçons timides, et déjà dans la cour d’école, elle se faisait traiter de laideron. Devenue grande et agente du FBI, elle ne manque pas de cran... et essuie régulièrement des sarcasmes de ses camarades qui remarquent à peine qu’elle n’est pas du même sexe qu’eux.

On a ici une Sandra Bullock toujours mal peignée, gomme en bouche, qui boit la bière à la bouteille et renifle lorsqu'elle rit. Elle s’applique bien à jouer ce personnage, mais je n’ai pas senti qu’elle s’amusait. Et je ne suis même pas sûr qu’elle soit convaincante.

Voilà qu’on découvre qu’un attentat terroriste pourrait avoir lieu à la finale du concours de Miss United States. Pourquoi ne pas choisir un agent féminin qui pourrait s’infiltrer parmi les candidates? Ces messieurs du FBI, qui n’ont certainement jamais vu Sandra Bullock dans un autre film, mettent bien du temps à envisager que Gracie Hart, moyennant un « avant-après » comme seul le cinéma états-unien en est capable, pourrait très bien faire l’affaire.

Et voici Gracie qui doit apprendre à marcher comme une dame, à se maquiller, à fermer la bouche quand elle mange, à articuler quand elle parle, bref à se transformer en Barbie, pour participer à un genre de concours qu’elle a toujours méprisé. Certes, elle accote Miss Texas et Miss New York n’importe quand, mais je n’ai pas senti qu’elle s’amusait là non plus. Pourtant, bon sang, c’est une comédie.

Malgré ces réserves sur la principale attraction de ce film, Miss Personnalité est un bon divertissement. On y décoche quelques flèches (pas originales, mais qui font toujours du bien) en direction des concours de beauté, et on a aussi quelques scènes d’action réussies et, à la fin, un bon suspense. Rien qui ne sorte des cadres standard, mais tout de même un tout efficace.

Moi, moi-même et Irène 
(Me, Myself and Irene) (2000)
7 sur 10
Qu'est-ce que le caca a de si drôle?

Après nous avoir fait croire qu’il n’aspirait à rien de plus que devenir le Jerry Lewis des années 90, Jim Carrey nous a pris par surprise en nous livrant coup sur coup Le gars du câble (1996), Menteur menteur (1997) et Le show Truman (1998), où il a montré qu’il savait trouver des scénarios inspirants et s’appuyant sur autre chose que ses grimaces.

Après cette séquence gagnante, j’attendais beaucoup de Moi, moi-même et Irène, écrit par les frères Farrelly, auteurs du réussi Marie a un je-ne-sais-quoi.

D’autant plus que l’intrigue de ce film semble taillée sur mesure pour Jim Carrey : un policier qui est la risée de sa petite ville parce qu’il n’arrive pas à s’affirmer devient victime d’un dédoublement de personnalité : alors que « Charlie » s’excuse presque lorsqu’il se fait marcher sur les pieds, « Hank » est un dur de dur qui provoque tout le monde.

On comprend assez vite que notre homme ne retrouvera l’équilibre que s’il arrive à exprimer sa colère en tant que Charlie, sa première personnalité. Cette idée est riche. Et les auteurs ouvrent même assez de portes pour nous le faire voir, mais malheureusement, ils restent sur le seuil et nous servent plutôt des détours insignifiants. Les situations où l’on voit Charlie qui se fait exploiter sont bien pensées, mais à peu près toutes celles qui nous montrent Hank ont l’air bâclées.

Curieux que Jim Carry n’ait pas remarqué, au cours des dernières années, que le caca n’était pas nécessaire pour faire rire les gens.

Je donne malgré tout un 7/10, car malgré les faiblesses et mes déceptions, il faut avouer que j’ai passé un bon moment : bon nombre de gags sont malgré tout efficaces.

Mon oncle 
(1958)
6 sur 10
Pas autant qu’on le dit

On a dit que Jacques Tati était le Charlie Chaplin français des années 50. Il suffit de voir ses chefs-d’œuvre, que ce soit Les vacances de M. Hulot ou Mon oncle, puis de regarder ensuite un film comme Les temps modernes de Chaplin pour se rendre compte que cette comparaison est nettement exagérée.

Mon oncle est un film charmant sous plusieurs angles, la candeur du personnage et la musique du film n’étant pas les moindres. Plusieurs gags sont réussis, et la critique de (ou, disons, le commentaire sur) la « modernité » des années 50 qu’on y trouve prend un relief insoupçonné quand on regarde le film un demi-siècle plus tard. En effet, les aménagements du terrain et de la maison de M. Arpel ne sauraient nous paraître plus monstrueux, ni l’obsession des automatismes plus futiles qu’avec nos yeux du XXIe siècle. Il en va de même pour la superficialité des riches, thème universel que l’on a illustré à toutes les époques.

Il n’en demeure pas moins que contrairement aux œuvres de Chaplin, les films de Tati sont longs, ses gags espacés et ses intrigues minces. On a l’impression qu’il faut regarder ces films un peu comme on écoute une musique de fond. Beaucoup d’amateurs de Tati prétendent qu’au contraire, si on prête attention aux détails, on ne s’ennuie jamais. Il me faudra un second visionnement.

N.B. : La musique mérite cependant d'être achetée ou téléchargée!

Montréal vu par... 
(1991)
4 sur 10
Le cinéma, c’est vraiment difficile

Ce film est composé de six courts métrages signés par six réalisateurs différents. Une commande pour souligner le 350e anniversaire de la fondation de Montréal.

Une commande. Ça crève les yeux. « Qu’est-ce que je pourrais bien dire sur Montréal? » « Sous quel angle vais-je aborder ce thème? » En écoutant une à une ces six historiettes, on imagine aisément les six réalisateurs s’être creusé le méninges chacun dans leur coin pour arriver à quelque chose de potable et de personnel. Malheureusement, l’inspiration vient rarement en même temps que les commandes.

Il faut beaucoup de volonté pour passer à travers les trois premiers sketches, sans rythme, pleins de temps mort et de répétitions, aux textes épars et décousus. Dans Desperanto (3/10), de Patricia Rozema, une Torontoise fait une folle d’elle en venant à Montréal pour s’envoyer en l’air, ayant une vision un peu déformée de cette ville, notamment après avoir vu Le déclin de l’empire américain. Dans La toile du temps (3/10), de Paul Leduc, on voit Jacques Viger, premier maire de Montréal, autour de 1850, se faire peindre en portrait, puis on voit l’histoire de la toile qui en résulte, au prix de quelques bonds dans le temps, jusqu’à aujourd'hui. Comme dans la précédente, cette histoire finit en queue de poisson et ne s’est pas déroulée autrement. Dans La dernière partie (4/10), de Michel Brault, on a enfin un premier élément digne d’intérêt : le jeu littéralement parfait d’Hélène Loiselle. Malheureusement, le scénario est d’une banalité à faire pleurer : une femme choisit une soirée de hockey, au Forum, pour annoncer à son mari qu’elle le quitte après quarante ans de mariage. Le mari, cliché parfait mais peu crédible, l’écoute plus ou moins, trop intéressé par la partie. Dans En passant (3/10), d’Atom Egoyan, on sent que le réalisateur a réfléchi longtemps et a voulu faire quelque chose. Une douanière fait des portraits, de mémoire, de gens dont elle a fouillé les bagages dans la journée. Parallèlement, un de ces touristes fait une visite guidée, écouteurs sur les oreilles, de la ville de Montréal. Mais encore une fois, tout cela sent le chiqué, et il faudrait probablement un beau programme savant écrit noir sur blanc pour comprendre exactement où l’auteur voulait en venir.

L’avant-dernière histoire, Rispondetemi (5/10) de Léa Pool, a au moins un assez bon fil conducteur et une certaine sensibilité, quoique l’on sente encore une fois la sueur de la création forcée. Une femme vient de faire un accident de voiture. Dans l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital, elle voit Montréal couchée sur le dos : les arbres, le ciel, les corridors de gratte-ciel. Pendant ce temps, on a droit à un petit résumé de sa vie, par bribes.

Après tous ces sketches qui respirent l’amateurisme, le segment de Denys Arcand, Vue d’ailleurs (8/10), tranche nettement. Enfin, des dialogues qui se tiennent, qui ont l’air naturels, qui apportent quelque chose, qui campent les personnages, qui ont du rythme. La scène où le délégué général du Québec (Rémy Girard) reçoit un à un ses invités à l’occasion d’une réception et se met à « déparler » à force de répéter toujours la même chose et en raison de sa nervosité, est hilarante et très bien construite. Puis Arcand nous emmène dans une histoire très sensuelle d’autant plus efficace qu’on ne s’y attendait pas, pas plus d’ailleurs le personnage féminin qui la raconte, lorsque cette histoire lui est arrivée.

Il faut voir tous ces réalisateurs, pleins d’idées, se casser la figure dès qu’on leur met une caméra entre les mains. C’est là qu’on voit que le cinéma, c’est un art très difficile, et qui demande beaucoup de travail.

Moulin Rouge! 
(2001)
10 sur 10
Point d'exclamation!

« Le cabaret du Moulin Rouge, c'était bien, mais ç'aurait été mieux si les Français avaient fait leurs classes en Amérique. » Tel est le message arrogant que je croyais entendre en assistant aux premières minutes de Moulin Rouge!. Alors qu'on s'attend à une reconstitution de ce Paris effervescent de 1900 et du quartier Montmartre où se ramassaient les forces vives de l'art et de la folie de toute une époque, on se heurte à des personnages à court d'inspiration qui accueillent comme une bénédiction un petit étranger qui leur chante triomphalement The Sound of Music (La mélodie du bonheur), classique hollywoodien qui ne verra le jour que bien des années plus tard.

Puis on comprend avec soulagement que le Paris de Moulin Rouge! n'est qu'un Paris de carton-pâte, un Paris de Broadway, un simple décor fertile, un riche prétexte à couleurs et à impressions, rien de plus que l'Inde des opéras français du XIXe siècle ou même que le Hollywood de Singin' in the Rain.

Car c'est tout simplement d'une comédie musicale qu'il s'agit ici. Une comédie musicale comme on n'en a pas vue depuis longtemps, ou même carrément comme on n'en a jamais vue. Je dirais même une frénésie musicale qui renouvelle le genre, tellement bien léchée que l'on pourrait faire un arrêt sur image à n'importe quelle seconde, prise au hasard, pour créer une affiche digne de celles de Toulouse-Lautrec.

L'histoire suit de très près celle de La dame aux camélias d'Alexandre Dumas (reprise dans La traviata de Verdi et Piave). Elle n'est donc ni nouvelle ni particulièrement originale, mais elle a tout ce qu'il faut pour émouvoir; on regrettera par ailleurs que le nom de l'auteur français ne figure nulle part au générique. Mais baste! l'essentiel d'une comédie musicale n'est-il pas de divertir?

Et on dira ce qu'on voudra, malgré tout le respect que l'on doit aux Français et à l'authentique Moulin Rouge, les États-Uniens sont incontestablement les maîtres de l'entertainment!

Site officiel du film en français
Site officiel du film en anglais

Mystérieuse Mademoiselle C, La 
(2002)
6 sur 10
Stéréotype, quand tu nous tiens...

Il est extrêmement difficile d’écrire des dialogues pour enfants qui sonnent réalistes. Rares sont les réalisateurs québécois (télévision et cinéma) qui y ont réussi. À tel point qu’on dirait qu’il existe maintenant une « langue de bois des enfants » à l’écran. Je suis désolé, mais les enfants de Mademoiselle C. qui s’écrient « c’est full cool! », n’ont pas l’air naturels. On dirait qu’on voit en grosses lettres, au-dessus de l’écran, un message du dialoguiste qui crie : « Avez-vous vu comme je maîtrise bien la langue des jeunes? »

Le film est coloré, vivant et bien tourné. Malheureusement, les personnages sont tellement stéréotypés que le plaisir est régulièrement gâché par la curieuse sensation de ne plus regarder une oeuvre cinématographique mais d’être en train de lire un projet de script. C’est d’autant plus étonnant que ces stéréotypes sont d’un autre âge... malgré tous les défauts qu’on peut trouver aux écoles primaires d’aujourd’hui, s’il y a une chose qu’on n’y trouve plus, c’est bien des institutrices pincées qui récitent comme un perroquet les règles du participe passé en regardant les élèves par-dessus leurs lunettes.

Gildor Roy, avec son talent naturel, réussit bien dans le rôle du directeur d’école insensible et ambitieux, mais encore une fois, on dirait qu’on ne lui laisse pas assez de latitude pour qu’il puisse approfondir le personnage, même dans le sens de la loufoquerie.

Quant à la fameuse Mademoiselle C., c’est un merveilleux personnage admirablement joué par Marie-Chantal Perron. Cependant, elle personnifie encore une fois une idéologie simpliste selon laquelle tout serait soudainement merveilleux si on laissait la discipline dans le placard. C’est si facile, n’est-ce pas, d’intéresser à la lecture la tête forte de la classe? Il suffit de le mobiliser pour la réfection de la bibliothèque, et le reste se fait tout seul! C’est si facile aussi de faire cesser les batailles dans la cour de récréation! Il suffit de se faire aimer des enfants puis de menacer de partir dès qu’on voit un nez saigner!

Dès l’arrivée de Mademoiselle C. à l’école, on voit tout de suite la parenté avec Mary Poppins. Le problème, c’est que Mary Poppins nous emmène vraiment dans le monde du cœur et du merveilleux. Dans Mademoiselle C., on sent que l’auteure voudrait tellement faire la même chose, mais qu’elle n’a pas encore vraiment trouvé ses ailes.

Il reste que Dominique Demers, auteure de ce récit et de nombreux romans jeunesse, a fait ses preuves auprès des 7-12 ans. Nul doute que son histoire est efficace auprès de ce public, d’autant plus que le réalisateur Richard Ciupka a fait un très bon travail technique. Les parents se réjouiront donc de cette solution de rechange locale rafraîchissante aux omniprésents films diseneyiens et à effets spéciaux dans ce créneau.

Nèg', Le 
(2002)
7 sur 10
Dur, mais original et efficace

Il faut avoir le cœur solide pour passer à travers Le Nèg’. Et encore, le réalisateur, Robert Morin, a la pudeur d’en suggérer plus qu’il n’en montre.

Un soir d’été, en pleine campagne, un policier fait une crise de désespoir parce qu’il vient de tuer un Noir pendant une intervention. Le tout s’est passé sur le terrain d’une dame qui vient justement de se faire tuer aussi, d’où la présence des policiers. Au beau milieu du terrain, une statue de petit nègre en train de pêcher, mais en mille miettes. On comprend l’origine du problème, mais que s’est-il passé exactement?

C’est le sergent-détective Garry Racine – joué sans faille aucune par Vincent Bilodeau – qui tentera de tirer cette affaire au clair, en interrogeant successivement quatre témoins. Évidemment, les versions ne concordent pas tout à fait, et c’est à la dernière, racontée par une danseuse du coin qui, elle, n’a rien à cacher, que l’on finit par comprendre ce qui s’est vraiment passé.

Les quatre témoins ont chacun une personnalité très bien campée et sont très bien joués, notamment « Canard » (Emmanuel Bilodeau), un paumé brouillon, et « Tâton », un autre paumé qui n’a pas la langue dans sa poche. Grâce à ces personnages, l’humour a une petite place dans ce film, malgré un sujet et une histoire dramatiques.

J’ai déjà dit ailleurs que curieusement, il est rare que l’on entende des « sacres » qui sonnent naturels dans des films québécois. La rédaction des dialogues est un art en soi. Ici, on a un modèle du genre. Tâton, en particulier, sonne tout ce qu’il y a de plus naturel. Il faut cependant ne pas avoir les oreilles sensibles pour suivre cette pitoyable bande de soûlons et de jureurs jusqu’à la fin du sabbat qu’ils s’offrent autour de ce petit Noir pris en flagrant délit de vandalisme.

Il faut aussi mentionner le très bon jeu de Béatrice Picard, ainsi que l’importance de son rôle, par lequel le réalisateur évite de se complaire dans le grossier et nous montre toute la subtilité et la complexité de ce qui peut être en jeu dans le concept de « racisme », parfois traité avec trop de simplisme.

Il reste un ou deux dialogues sur le racisme qui sont cousus de fil blanc et quelques éléments malheureusement inexpliqués (que vient faire Polo, le retardé mental, dans toute cette histoire exactement? et aussi, pourquoi l’inspecteur Racine se plante-t-il une punaise dans la main?), mais il faut saluer l’ensemble du film pour son efficacité et son originalité, notamment dans les petits intermèdes où l’on voit les personnages sous forme de statuettes de plâtre (telles que celle qui a été cassée par le Noir) sur un fond de musique de Fernand Gignac.

Et une fin brutale, cynique et inattendue.
  

Réaction d'un lecteur 

J'ai lu votre critique du film Le Nèg et [je] tenais juste à vous dire que c'est justement Polo la clé de l'énigme. Grâce à ses visions enfantines, on comprend à la toute fin qui a réellement tué Cédulie, ce qui n'a rien avoir avec les dépositions des autres témoins du crime...

Jean-Bernard, Rimouski
Octobre 
(1994)
6 sur 10
Un film comme les ravisseurs : pas à la hauteur de ses ambitions

Falardeau relate ici les événements d’octobre 1970 vus de l’intérieur (de la prise d'otage). Le film n’apporte pas grand-chose au débat sociologique ni historique d’ailleurs, d’autant plus qu’on ne sait pas exactement ce qui s’est passé entre Pierre Laporte et ses ravisseurs, ni même si le ministre est décédé par un acte délibéré des terroristes ou dans des circonstances indépendantes de leur volonté.

À ce récit linéaire et sans relief, médiocrement écrit et joué tout juste décemment, on préférera mille fois Les ordres de Michel Brault, qui s’en tient aux événements connus - mais ô combien plus inspirants – et qui le fait en utilisant une formule à la fois originale et efficace.

Pour connaître les faits et chiffres, on lira aussi F.L.Q. – Histoire d’un mouvement clandestin de Louis Fournier.

Odyssés d'Alice Tremblay, L' 
(2002)
6 sur 10
De l'originalité de la tarte la crème

Venue au monde (professionnellement) dans le burlesque des années 50 et 60, Denise Filiatrault n'a jamais montré la moindre envie d'en sortir. Y compris dans ce film. Pourquoi n'ai-je pas été étonné d'y voir un pâtissier tapette, un prince charmant qui trébuche tous les deux pas et se fait piquer le derrière par un bouc, et un noble recevoir une tarte à la crème en pleine figure (dans un mouvement de ralenti, pour qu'on ait le temps de rire longtemps cette trouvaille magnifique)? Y a-t-il encore des gens qui trouvent original, ou ne serait-ce qu'amusant, de voir Blanche Neige annoncer d'un air coquin qu'elle a « un nain pour chaque soir de la semaine »?

J'espérais au moins un peu de bonne humeur, et le plaisir de voir une belle brochette d'acteurs bien de chez nous s'amuser ensemble. Je crois bien que la plupart s'amusent en effet, faisant ce qu'ils peuvent avec les dialogues qu'on leur donne. Encore que les faiblesses de jeu ne soient pas toutes imputables à la banalité des textes.

Soyons honnête : le film est coloré, et il y a bien quelques passages amusants, comme celui où le loup prend des notes en écoutant à la télé un Daniel Pinard canin donner quelque trucs pour la cuisson des grands-mères. Mais l'ensemble ne vole pas vraiment plus haut, et fait probablement moins rire, qu'une pièce de théâtre d'été médiocre.

Nota : Cette critique a été rédigée en 2002. J'ai constaté en 2005, après avoir vu Ma vie en cinémascope, que je faisais fausse route dans le jugement que je porte ici sur Denise Filiatrault. Mon opinion sur L'Odyssée d'Alice n'en demeure pas moins inchangée cependant.

Ordres, Les 
(1974)
Un film insuffisamment diffusé

Au lieu de tenter de spéculer sur les états d’âme et les actes des terroristes comme le fait Pierre Falardeau dans Octobre, Michel Brault s’en tient ici aux événements publics et connus : des centaines de Québécois ont été arrêtés sans mandat et emprisonnés sans sursis et sans accusation pendant des semaines parce qu’ils figuraient sur des listes de militants syndicaux et de partisans du Parti québécois, le tout dans une atmosphère surréaliste de paranoïa, d’hystérie politique et d’abus de pouvoir.

Il recourt pour ce faire à une formule originale et terriblement efficace, qui combine les témoignages genre documentaire (quoique fictifs) et les scènes d’arrestation et de vie en prison.

Le Québec a vécu dans un état policier pendant des semaines en 1970, à une époque pourtant où la gauche triomphait dans les mentalités. Ce film nous rappelle que le respect des libertés civiles n’est jamais acquis.

Pour ceux que le sujet intéresse, on pourra lire F.L.Q. - Histoire d'un mouvement clandestin de Louis Fournier.

Osmosis Jones (2001)  9 sur 10
Là où le gag en bas de la ceinture fait du bien

Décidément, le thème semble infaillible. Depuis Fantastic Voyage / Le voyage intérieur (1966) (d'après Asimov) jusqu'à Innerespace / Interespace (1987) l'idée d'être témoin en direct de la « vie intérieure » d'un humain, au sens biologique du terme, a toujours été source de fascination. Source de plaisir, aussi, si on pense à l'hilarant sketch final de Everything You Always Wanted to Know About Sex / Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) (1972) de Woody Allen. C'est plutôt dans cette dernière veine (sans jeu de mots évidemment) que se range Osmosis Jones.

Cette fois-ci, c'est l'intérieur de Frank (Bill Murray) qui est en vedette. Une véritable ville, avec tout en haut, au cerveau, son maire sans scrupules (conseillé par une conscience qu'il relègue à un rôle d'apparat), dans le « Downtown Frank », ses enzymes qui se tapent le travail de bras, et un peu partout ailleurs ses escouades de globules blancs, ses autoroutes artérielles et ses petits parasites flâneurs. On a droit à des incursions dans plusieurs recoins de ce grand univers, y compris l'ongle incarné, le bouton d'acné dans le front et le court mais non moins impressionnant passage dans le subconscient.

C'est dans ce petit monde que pénétrera Thrax, un virus encore inconnu et extrêmement puissant, en profitant de l'hygiène déficiente de Frank.  À peine arrivé, Thrax incendie et neutralise tout sur son passage et se rallie la racaille du coin (sous les aisselles) pour se frayer un chemin jusqu'à l'hypothalamus afin d'y arracher son trophée et, par le fait même, déclencher en moins de 48 heures une fièvre fatale qui fera sa gloire dans les annales (toujours sans jeu de mots) de la médecine.

C'est compter sans l'intrépide Osmosis Jones, leucocyte déchu et téméraire du FPD (Frank Police Department) qui a le don de se mêler de ce qui ne le regarde pas, ce qui est - tout bon consultant vous le confirmera - très pratique dans toute situation foncièrement nouvelle et imprévue. Frank sera épaulé par son fidèle compagnon Drix, comprimé contre la toux et les maux de gorge qui vient à la rescousse pour guérir ce qui se présente au départ comme un simple rhume (on voit tout de suite la roublardise du méchant Thrax), et qui sera d'abord accueilli par les uns comme un sauveur, par les autres comme un intrus. En fait, il est un peu des deux. Il s'avère même que Drix pourrait être un simple placebo, mais il paraît que les placebos peuvent faire des miracles s'ils ne savent pas qu'ils en sont.

D'accord : à l'aune de Woody Allen, Orson Welles et Martin Scorsese, et même de certains autres dessins animés comme Antz / Fourmiz (1998) et Toy Story / Histoire de Jouets (1995 et 1999), ce nouveau film des frères Farrelly (à qui l'on doit Marie a un je ne sais quoi et Moi, moi-même et Irène) ne vole peut-être pas toujours très haut, mais moi, je m'y suis amusé comme un petit fou du début (où Drix arrive dans l'aérogare de l'estomac) jusqu'à la fin (où il est question d'aller se chercher un avocat dans la région des hémorroïdes).


© François Lavallée pour tous les textes figurant dans le présent site
Voir la brève notice de droits d'auteur


Retour à la page d'accueil de François Lavallée
Retour à François Lavallée... Le critique
Retour à l'index des films critiqués

Réactions? Commentaires? Suggestions? Écrivez-moi!