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Explication des notes sur 10
Pacte des loups, Le 
(2001)
4 sur 10
Une bête? Et alors?

Cette histoire de bête mystérieuse qui s'en prend aux femmes et aux enfants dans le Gévaudan ne m'a pas vraiment accroché. C'est une légende comme une autre qu'on essaie de nous raconter comme si c'était une légende pas comme les autres.  Il y a du mystère (un peu), des bons et des méchants et des intrigues politiques, mais la psychologie des personnages n'a rien pour vous jeter à terre. Ajoutez à cela une histoire d'amour plaquée artificiellement par-dessus l'intrigue, et vous n'arrangez rien. Pour autant que je puisse en juger, la reconstitution historique est réussie, si ce n'est que j'ai du mal à croire que les techniques de combat à mains nues des Amérindiens et des chevaliers français du XVIIIe siècle ressemblent tant que ça à celles de Jackie Chan.

Parapluies de Cherbourg, Les
(1964)
7 sur 10
Bon film, belles couleurs, mais lacunes désolantes

Porté par les acclamations universelles qui ont toujours entouré ce film, j’étais prêt à lui attribuer la note parfaite avant même de l’avoir vu. La séquence du générique d’ouverture, où l’on voit de haut la pluie tomber et des parapluies de toutes les couleurs passer dans tous les sens au son d’une musique tout à fait accomplie de Michel Legrand, ne faisait que confirmer le sentiment que je m’apprêtais à regarder un chef-d’œuvre.

La beauté des couleurs ne se dément pas (non seulement les parapluies, mais les vêtements, et même les murs et les bicyclettes) tout au long du film, et donne à celui-ci une touche gentille, voire gaie, au milieu d’une histoire dramatique.

Le fait que le film soit chanté du début à la fin n’est pas en soi un handicap, mais pour être honnête, il est agaçant d’entendre chanter un texte qui semble manifestement être écrit pour être récité. Les Français ont su, au XIXe siècle, écrire des textes superbes pour leurs opéras, surtout pour les histoires dramatiques comme celles-ci. Sans nécessairement tout faire rimer, on n’écrit pas pour la musique comme on écrit pour le théâtre. On dirait vraiment que la musique a été apposée par-dessus le texte après coup.

Quant à l’intrigue, il est probablement difficile de juger en 2000 d’un drame d’amour tourné en 1964. Les histoires d’amour sont celles qui vieillissent le plus mal au cinéma. Personnellement, le jeu des acteurs ne m’a pas touché (même dans la merveilleuse chanson « Non je ne pourrai jamais vivre sans toi », qui me fait pourtant pleurer en simple audio). Mais au-delà de cette distance peut-être attribuable à une différence d’époque, il faut admettre que le nœud de l’histoire est mal amené et mal expliqué. Pourquoi au juste Geneviève accepte-t-elle d’épouser Roland? Le scénariste avait mille raisons à sa disposition : soit Geneviève ne reçoit plus de lettres de Guy, soit elle sent croître en elle un amour irrépressible pour Roland, aidé par l’absence de Guy, soit la mère ou le milieu font des pressions parce qu’elle est enceinte, soit elle le fait pour une question d’argent. Pourtant, chacun de ces motifs est méticuleusement éliminé dans le scénario : Guy écrit qu’il a hâte de voir son enfant, la mère fait savoir qu’elle ne veut pas presser Geneviève, celle-ci précise qu’ils n’ont ni amis ni voisins devant qui avoir honte de son état, la mère vend son magasin de toute façon et nulle part on ne sent une affection de la part de Geneviève pour Roland.

L’histoire aurait tellement pu être plus touchante, et la scène du retour plus déchirante, si on s’était servi de l’un de ces ressorts.

Malgré tout, ce film à la limite de la fantaisie et du drame mérite d’être vu pour l’effet d’ensemble qu’il laisse : un destin bizarre, un amour de jeunesse dans un monde coloré et l’âge adulte qui nous rattrape.

Remarques d'un internaute à propos de cette critique.  

Pianiste, Le 
(2002)
9 sur 10
Dur

Sûrement le film le plus dur que j'ai vu jusqu'ici à propos de la persécution des Juifs par les Nazis. Et pourtant, le film est tout en subtilités : l'horreur, la souffrance, la solitude et le désespoir sont partout, mais il n'y a pas de scènes de torture, et très peu de sang pour tout dire. Seulement le visage hagard de ce Wladyslaw Szpilman, pianiste classique, dont la tête et les mains sont faits pour rendre mieux que quiconque toutes les subtilités de Chopin mais serviront plutôt à chercher mille moyens de ne pas tomber sous les bombes et à se tenir au bout d'une corniche pour éviter les Allemands.

Une façon très réaliste de présenter à quoi a ressemblé la guerre pour les Juifs polonais du ghetto de Varsovie. Pas d'actes héroîques, seulement quelques héros qui joueront le rôle qu'ils ont à jouer dans l'Histoire parce qu'ils étaient là et pas ailleurs au moment où...

Ils sont six millions à avoir été exterminés, et après avoir vu ce film, on se dit qu'ils sont probablement six millions d'autres à en avoir réchappé à cause d'une enfilade invraisembables de coups de chance et de hasard que l'espoir a pu laisser exister, six millions d'autres à avoir une histoire aussi touchante, aussi renversante à raconter.

Polanski est vraiment rendu au summum de son art. Si je ne donne pas 10 sur 10, c'est pour une raison purement égoïste : le film m'a trop fait souffrir.

Quatre Cent Coups, Les 
(1959)
8 sur 10
Merci François Truffaut!

C'est un secret de Polichinelle pour toute la francophonie : les « Français de France » manient la langue d'une manière qui fait pâlir tous leurs « conglosses » (justement, le mot juste m'échappe ici). Déjà, Rousseau, du fond de sa Suisse natale, exprimait ce complexe.

On dit souvent que cette richesse s'explique par la nature de l'instruction reçue à l'école. J'en ai eu une démonstration éloquente en regardant Les quatre cents coups de François Truffaut.

Vers le début du film, le jeune Antoine, qui a une douzaine d'années, se fait prendre par son professeur à griffonner quelques vers sur les murs, là où il avait été mis « au piquet ». Il écope d'une copie.

Chez nous, au Québec dans les années 60, cela aurait été : « Tu me copieras cent fois : "Je n'écrirai plus sur les murs de la classe."»

Dans la France des années 50, on a ici : « Vous me conjuguerez à tous les temps de l'indicatif, du conditionnel et du subjonctif la phrase suivante : "Je dégrade les murs de la classe et je malmène la prosodie française." » (Et je ne mentionne même pas la diction du maître.)

Certes, la deuxième partie de la phrase ne concourt pas tout à fait au renforcement positif cher à nos enseignants d'aujourd'hui, mais ciel! quel vocabulaire!

Évidemment, la valeur du film ne tient pas toute dans cette petite anecdote. Encore que j'ai bien aimé me plonger dans une salle de classe de la France des années 50. Quel plaisir de voir une autre époque, un autre monde, tel quel, croqué sur place et sur le vif et non reconstitué par une culture étrangère.

Quel plaisir de voir un beau film, paisible sans être lent, avec une belle musique légère et gaie qui sert presque de commentaire réconfortant à une histoire démoralisante, de belles images claires malgré le noir et blanc et l'âge de la pellicule, de beaux mouvements de caméra et une histoire sensible sans être mièvre, subtile sans être endormante, engagée sans être criarde.

Quel plaisir de s'évader du tape-à-l'oeil d'Hollywood. Merci François Truffaut!

Rapides et dangereux 
(The Fast and the Furious) (2001)
7 sur 10
Vrrroum!

Au début, c'est patent. On se dit : ce n'est qu'un film de bagnoles rutilantes, de nanas taillées au couteau et de mecs musclés. Et c'est effectivement cela. Mais tout de même : une intrigue qui sait se tenir. Une histoire d'infiltration policière, avec tout ce que ça peut comporter de retournements, de suspense et d'implications éthiques et sentimentales. Pas tant que ça, pas beaucoup; on ne nous pousse pas au bord de notre chaise, on ne nous plonge pas dans les profondeurs de la psychologie humaine, bref on ne réinvente pas le genre, mais on en met assez pour maintenir l'intérêt - voire plus qu'en demande un public qui ne chercherait qu'un film de bagnoles rutilantes, de nanas taillées au couteau et de mecs musclés.

Et puis, les bagnoles sont vachement rutilantes, les nanas drôlement taillées au couteau et les mecs vraiment musclés.

Rock et belles oreilles - Les moins pires moments  2 sur 10
Plus de 60 min. de niaiseries

Ce n'est pas moi qui le dit : c'est écrit blanc sur noir sur la cassette. J'aurais dû le croire.

À écouter si vous pensez avoir du plaisir à regarder pendant plus d'une heure des zozos faire des grimaces d'un enfant de cinq ans et conjuguer une palette incroyablement variée de sujets de blagues, du « rectum d'université » à la sodomie sur le prie-dieu, en passant par le toucher rectal, le pipi, la morve, les odeurs d'aisselles, les suppositoires, les couches et les hémorroïdes. On s'élève parfois jusqu'au godemichet et aux petites culottes mangeables.

Honnêtement, on se doit de souligner quelques points forts : des maquillages étonnants, plusieurs bonnes imitations (Robert Bourassa, Pierre Bourgault, France Castel, André Boucher) et un petit nombre de sketches amusants (par exemple ceux de la famille d'antan). Disons en un mot qu'on nous aurait rendu service en réduisant la cassette à « moins de 10 min. de sketchs réussis ».

Guy A. Lepage, génial auteur d'Un gars une fille, comme tu reviens de loin!



 
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