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Explication des notes sur 10
Screamers - L'armée souterraine 
(Screamers) (1995)
6 sur 10
Roy Dupuis, un excellent Schwarzenegger québécois
(Attention : cette critique révèle un élément mineur de la conclusion.)

Nous sommes sur la planète Sirius 6B en 2078, dans un univers hivernal dévasté par la guerre entre l’Alliance et le NEB (New Economic Block). Un histoire de méchants exploitants miniers contre des scientifiques au cœur pur, histoire qui reste d’ailleurs en arrière-plan dans le film, ce dont on ne tiendra certainement pas rigueur aux scénaristes.

Par-delà cette intrigue, le fondement du récit n’est pas sans intérêt, et a sa part de mystérieux. Les screamers sont de petites bêtes biomécaniques inventées par l’Alliance pour se défendre contre le NEB, mais qui se sont mises à évoluer par elles-mêmes dans leur milieu souterrain, jusqu’à devenir indépendantes de leurs créateurs. On saisit rarement le pourquoi du comment, mais les revirements de situations sont assez nombreux pour nous empêcher de dormir (pendant le film).

Quant à l’intrigue elle-même, dès la première minute, j’ai craint qu’elle ne soit simpliste. Malheureusement, plus le film avançait, plus je constatais avec désolation qu’elle était non seulement simpliste, mais aussi truffée d'incohérences. Un exemple seulement : vers la fin, Hendricksson révèle à sa compagne qu’il existe une base secrète où se trouve caché un vaisseau spatial qui leur permettra de regagner la Terre. Une fois trouvé l’accès de la base, au milieu d’un désert, il lui explique que lui seul, avec sa main, peut activer le mécanisme de bioreconnaissance qui permet d’ouvrir la porte. Encore heureux, se dit-on, que ce soit lui le dernier survivant de l’Alliance sur la planète; mais le plus étonnant arrive lorsqu’elle lui demande par où aller tout de suite après qu’ils ont pénétré dans la base : « Je ne sais pas, déclare-t-il : c’est la première fois que je mets les pieds ici. »

Tout dépend de ce qu’on demande à un film. Moyennant un contexte sociopolitique plus réaliste, un déroulement crédible et une psychologie quelconque de personnages, on aurait pu obtenir une histoire captivante. En revanche, les trucages (ces fameux screamers) sont bons, Roy Dupuis fait un excellent Schwarzenegger québécois et le film nous montre des paysages saisissants.

Seigneur des anneaux, Le 
(The Lord of the Rings) (1978)
5 sur 10
Loooong
Comme la production plus récente de Peter Jackson, ce dessin animé ne manque pas de grandiose et d'originalité pour ce qui est de la présentation graphique. Mais encore une fois, quelle histoire longue, répétitive et soporifique!

Seigneur des anneaux, Le 
(The Lord of the Rings) (2001)
6 sur 10
Vivement Ulysse!
Il faut faire preuve de cran pour prétendre que cette histoire, acclamée par plusieurs générations d'inconditionnels, manque d'intérêt. C'est pourtant tout ce que je puis en dire après avoir vu Le seigneur des anneaux, et il ne me reste plus qu'à me rabattre sur le fait que ce film ne respecte peut-être pas l'esprit de l'original, que je n'ai pas lu.

En prologue, on apprend que le grand Sauron a fait forger un anneau qui en fait l'être le plus puissant de la Terre. Comment peut-on perdre aux mains d'un humain, dans une simple bataille à l'épée, un anneau censé nous rendre invincible? Je ne sais trop. Ce que je sais, c'est que sans cette invraisemblance de départ, il n'y aurait pas d'histoire.

L'histoire? Elle prend quelques centaines de pages et trois heures à raconter, mais au fond, elle se résume à ceci. Un petit groupe de neuf personnes affrontent successivement des êtres qu'on nous présente constamment comme les plus redoutables et les mieux formés au combat qu'on puisse imaginer, dirigés par un des plus grands magiciens de la Terre du milieu (sinon le plus grand), lequel est soumis au plus grand esprit maléfique de tous les temps. Parmi ces neuf personnes se trouvent deux simples humains, un nain et quatre hobbits (créatures pacifiques de petite taille encore appelées « semi-hommes », ce qui en dit long sur leurs capacités guerrières). Et pourtant, immanquablement, ils vaincront les hordes de chevaliers noirs et de bêtes monstrueuses qui se rueront sur eux. Pas parce qu'ils sont plus forts, comme le bon vieux Hercule; pas parce qu'ils sont plus malins, comme le bon vieux Ulysse; pas non plus parce qu'ils sont plus vites ou possèdent des pouvoirs particuliers, ni parce que leurs ennemis ont un point faible connu, comme le bon vieux Achille. Non : ils se battent contre eux, à un contre vingt, et ils gagnent... jusqu'au prochain affrontement après avoir traversé une ou deux montagnes, forêts ou cavernes.

Il faut bien admettre cependant que sous tous les aspects techniques, ce film est une réussite remarquable. Les décors, naturels ou non, sont innombrables et époustouflants, les personnages bien typés, la trame sonore saisissante, les trucages impressionnants. Tout le bataclan y est, et nul doute que les amateurs de chevaliers, de magie et de bêtes mythiques y trouveront leur compte. Mais devant une histoire aussi peu inspirante, je me suis mis à rêver qu'on mette toute cette adresse technique au service d'un opéra de Wagner, ou d'une épopée d'Homère...!


Shaft 
(2000)
7 sur 10
L'action nuit juste un peu à l'intrigue

Samuel L. Jackson a une prestance infaillible. Un Schwarzenegger noir, avec en plus quelque chose dans le crâne (furieusement mis en valeur) et un petit air diabolique qui en impose. Ici comme dans bien d’autres films, il hérite d’un rôle qui lui va comme un gant : un agent de police noir qui n’hésite pas à employer dans sa lutte personnelle contre le racisme les tactiques les plus efficaces, qui ne sont pas toujours les plus régulières...

Walter Wade a tué un Noir à coup de poteau de laiton à la sortie d’un bar. Parce qu’il n’aime pas les Blacks. Riche gosse de riche, il s’en sort avec une caution. L’agent Shaft jure que ce ne sera pas la fin de l’histoire.

Il y a des scénarios où le manichéisme fonctionne à merveille. C’est le cas ici. On fait tout pour nous faire détester un Wade prétentieux, provocateur et cynique, alors que Shaft rayonne d’une solidité et d’une invincibilité qui forcent l’admiration. Certains de ses coups de poing bien placés font un bien indicible (même si le spectateur bon citoyen s’empressera de dire à ses enfants de ne pas l’imiter).

On a donc des personnages qui accrochent, une intrigue qui se présente bien et même une surprise au dénouement. Il faut cependant ne pas être allergique aux dialogues insipides et vulgaires, aux bagarres, aux fusils et aux courses de voiture, dont le réalisateur n’hésite pas à abuser.
 


Spider-Man 
(2002)
7 sur 10
Vaut la peine pour les effets spéciaux

Je suppose qu’avec les progrès accomplis en matière d’effets spéciaux au cours des dix dernières années, la réalisation d’un Spider-Man était incontournable. Et de fait, les scènes où l’on voit l’homme-araignée valser dans les airs sont spectaculaires. Par contre, je les ai trouvées finalement peu nombreuses. Je me demande même si elles ne sont pas déjà à peu près toutes dans la bande-annonce.

Quant à l’intrigue, les auteurs savaient qu’ils n’avaient pas vraiment besoin d’être bien originaux. Alors ils livrent une marchandise digeste, sans plus. Disons qu’au moins, on sait pourquoi le méchant est méchant. Vous voulez le savoir? Norman Osborn, un grand savant, s’est fait évincer de sa propre compagnie de génie militaire par son conseil d’administration. Il en veut au monde entier et décide de se venger avec sa propre invention.

Que ce méchant, une fois métamorphosé, ressemble à un Transformer de second ordre, est-ce voulu parce qu’on nage ici dans le kitsch des comic books? Je ne sais pas. Pourtant, pour le costume de Spider-Man, on s’est forcé et on a bien réussi. Au chapitre de la ressemblance avec la bande dessinée, une seule autre chose à souligner – mais on le fera avec vigueur : c’est avec grand plaisir en effet qu’on reconnaît tout de suite le cigare et la face colérique de J. Jonah Jameson, rédacteur en chef du Daily Bugle.



Star Trek - Le film 
(Star Trek - The Movie Picture) (1979)
5 sur 10
Une émission de télévision diluée

Même dans mon enfance, lorsque cette émission nous était servie toutes les semaines à la télévision, je n’ai jamais été un fan de Star Trek / Patrouille du cosmos. Devenu adulte, je me suis rendu compte à quel point cet univers, perpétué par une série de films à partir de 1979 (on tourne le dixième pour 2001), a ses inconditionnels. Il existe des milliers de gens qui apprennent et pratiquent le klingon, la langue de Spock, créée spécialement pour la série.

Je me suis donc dit qu’il y avait sans doute là quelque chose à découvrir, quelque chose de plus que les effets spéciaux et les monstres de l’espace. Après avoir écouté le premier film de la série, je conclus que c’est le cas. Le malheur, c’est qu’il m’ait fallu attendre près d’une heure et demie après le début du film pour le constater.

En effet, l’intrigue de Star Trek est en soi fascinante et intelligente : elle dépasse de loin le manichéisme simpliste de Star Wars / La guerre des étoiles (toutefois supérieure à Star Trek sur bien des points). Les auteurs nous invitent à réfléchir d’une façon peu banale au rapport entre la logique pure et le caractère irrationnel de la beauté et de la nature humaine, ainsi qu’à la quête interminable de sens entreprise par l’homme depuis qu’il est homme, et au rapport entre créature et créateur (au sens philosophique comme au sens technologique). Tous ces thèmes, et les concepts employés pour les illustrer, sont particulièrement puissants.

En revanche, il est étonnant de constater que les auteurs d’un tel thème aient si peu réussi à mettre de l’humanité dans leurs personnages. La passion y est soit absente, soit factice. Les relations entre les membres de l’équipage sont maigres, et celles dont on fait état répondent à des stéréotypes élémentaires (comme la rivalité entre le nouveau commandant et l’ancien). Le jeu des acteurs est standard, les dialogues n’ont aucun relief et les images et les cadrages sont ceux... d’une émission de télévision.

Une ou deux scènes m’ont même donné l’impression d’une parodie.

Les fans de Star Trek se font un point d’honneur de dire que cette série de science-fiction ne mise pas sur les explosions et les affrontements gratuits. C’est vrai. Mais le tape-à-l’œil n’y est pas moins présent. Ne serait-ce que dans cette logorrhée stérile de termes techniques qui fusent à tout propos. On pourrait dire la même chose, entre autres, de ces espèces de « champs magnétiques » bizarres qu’on nous montre pendant de longues minutes, en alternance avec des acteurs qui la contemplent la bouche ouverte, comme ils le faisaient chaque semaine dans le temps.

« Longues minutes » est d’ailleurs une expression qui décrit bien le film. Je pense notamment à cette séquence, vers le début, où l’amiral Kirk admire de l’extérieur le vaisseau dont il reprendra le commandement. Dix ou quinze secondes auraient suffi amplement. Pourquoi nous faire défiler le vaisseau si longtemps? Certainement pour les nostalgiques de la série, pas pour les novices comme moi. Si au moins la musique de Jerry Goldsmith était à la hauteur de celle de John Williams dans Star Wars / La guerre des étoiles.

Bref, je me serais passé de cette très longue introduction de plus d’une heure pour me contenter de la dernière heure, où l’on entre enfin dans le vif du sujet.

Tiens! Une heure, c’est justement la longueur d’une émission de télévision.


Tanguy
(2001)
8 sur 10
Un thème original traité avec originalité

Quand on se promène dans un club vidéo et qu’on a déjà vu des centaines de films, on finit par avoir l’impression qu’ils finissent tous plus ou moins par se répéter. Il y a peut-être une dizaine de thèmes que l’on recycle constamment aux goûts du jour.

Mais ici, je crois bien qu’on est dans le tout neuf. À 28 ans, Tanguy Guetz (Éric Berger) reste toujours chez ses parents. Ceux-ci n’en peuvent plus. La question est : comment s’en débarrasser?

L’intrigue de cette comédie est en soi prometteuse. Mais les auteurs nous font en plus le cadeau de trois personnages aux caractères bien typés. Tanguy est doux et affectueux. C’est tout simplement pour cela, et non pas vraiment parce qu’il est profiteur, qu’il abuse (sans s’en rendre compte) de l’hospitalité de ses parents. Quant au père (André Dussollier), doux comme son fils au début (il faut bien que Tanguy tienne de quelqu’un), il vivra sous nos yeux une véritable métamorphose à force de voir contrecarrés ses plans d’intimité avec son épouse.

Mais je crois que malgré le titre, le personnage principal demeure la mère, superbement jouée par Sabine Azéma, qui n’en peut plus mais qui est tout à fait incapable de dire clairement et directement à son fils qu’il serait temps qu’il vole de ses propres ailes. Mère indigne, s’accuse-t-elle elle-même. Quelqu’un dans la salle se reconnaît?

L’intrigue est un peu surréaliste par endroits, mais on ne décroche jamais et sans révéler la fin, on peut dire que les auteurs ont fait le tour de la question... et même un peu plus.


Temps modernes, Les 
(1936)
10 sur 10
Modernes en effet

Quand je cote ou commente des films d’une autre époque, une petite voix intérieure et plusieurs voix extérieures me disent que je ne devrais pas exercer le même jugement que si je cotais un film contemporain : il est normal, apparemment, que les dialogues soient moins affinés, le rythme moins soutenu, les images moins attrayantes. J’ai toujours refusé d’accorder ainsi un « handicap » à un film en raison de son âge. C’est ainsi que ce n’est pas ici que vous lirez des oh! et des ah! à propos de Casablanca (1942) ou d’Un tramway nommé désir (1951), ou de Mon oncle (1958), pourtant reconnus comme des chefs-d’œuvre de l’histoire du cinéma.

Je suis conforté dans ce choix quand je regarde des films comme Witness for the Prosecution (Témoin à charge) (1957), Topaze (1951) ou Marius (1931). Les temps modernes de Chaplin (1936) viennent de s’ajouter à cette liste. En effet, ce film ne comporte aucun temps mort, et le génie de Chaplin y brille du début à la fin.

Le plus remarquable, c’est à quel point ce film tourné en 1936 demeure actuel trois quarts de siècle plus tard. Le thème de la déshumanisation de l’ouvrier, si bien illustrée (sans être larmoyante ni emphatique) par l’univers visuel du film et par de nombreux gags, pourrait nous paraître dépassée aujourd’hui du fait que les chaînes de montage et les grosses machines à vapeur ne font plus partie de notre monde. Or, ce n’est pas par ces aspects mécaniques que cette déshumanisation est le plus éloquemment exprimée : c’est par l’attitude du patron d’usine, qui se trouve dans un bureau, on ne sait où, complètement déconnecté de « la réalité du plancher », mais qui surveille ce dernier par des caméras placées jusque dans les toilettes (n’oublions pas que nous sommes 15 ans avant l’invention de la télévision… et 15 ans aussi avant la création du Big Brother de George Orwell) et surtout, qui ordonne à son contremaître d’accélérer la cadence, à son gré, sans aucun autre souci ni aucune autre information que le seul fait qu’il veut accroître ses rentrées de fonds.

La scène où des représentants viennent rencontrer ce patron pour le convaincre d’acheter une « automangeoire » qui permettra à ses ouvriers de ne pas arrêter de travailler pour la pause-midi est désarmante de modernité : « Vous pourrez éliminer la pause-midi improductive et ainsi accroître la productivité et dépasser vos concurrents », lui donne-t-on comme principal argument. On se croirait dans un bureau de président d’entreprise des années 2000. En un sens, c’est rassurant. Si le capitalisme sauvage des années 20 et 30 n’a pas entraîné la fin du monde, comme nous en sommes la preuve vivante, y aurait-il encore un espoir que le néolibéralisme des années 1990 et 2000 connaisse un dénouement pas trop catastrophique?

Pour revenir aux aspects plus purement cinématographiques, il faut regarder avec attention toutes les scènes où figure Charlot, de seconde en seconde, pour voir à quel point Chaplin maîtrisait l’art de la gestuelle. D’ailleurs, même si Chaplin n’a pas hésité à utiliser le son par moments, l’ensemble de l’œuvre demeure un film muet (et ce, dix ans après l’apparition du cinéma parlant), et il est évident que Chaplin excellait dans cet art et qu’un plus grand nombre de paroles n’aurait rien apporté de plus… au contraire!

D’autant plus que les mises en scènes, les cadrages, le rythme, le timing et les gags des Temps modernes sont parfaitement dosés et manifestent une maîtrise de l’art du spectacle qui ne peuvent que nous laisser… muets d’admiration.


Titanic
(1997)
8 sur 10
Faire un film sur le Titanic qui finit bien. Quand même. Faut le faire.

Toxic Affair
(1993)
8 sur 10
Toxique Adjani

Pénélope (nom des plus adéquats pour le personnage joué par Isabelle Adjani) vient de perdre son petit ami (Hippolyte Girardot). On comprend celui-ci : sa blonde est sans cesse accrochée à lui, outre qu’elle est hypocondriaque et d’humeur imprévisible.

Tout au long du film, on la verra sombrer dans le désespoir en raison de cette solitude nouvelle, et plonger au cœur de cette condition qui est la sienne : celle d’une personne humaine incapable de vivre de façon autonome sur le plan émotif. Pendant ces quelques jours, elle rencontrera d’autres personnes qui vivent à leur façon leur solitude, comme son amie Sophie (Clémentine Célarié), qui sait qu’elle rencontrera l’homme de sa vie à telle date à tel endroit (sa carte du ciel le lui a dit), ou cet inconnu qui lui propose de partager avec lui ses tentatives de suicide.

Malgré un sujet et un personnage qui pourraient à tout moment basculer aussi bien dans la grisaille que dans le loufoque, la réalisatrice (Philomène Esposito) et les acteurs réussissent magistralement à maintenir à la fois l’équilibre, l’intérêt et la réflexion sur ce personnage dont nous avons probablement tous une petite part au-dedans de nous. Pénélope agit comme une enfant gâtée, mais c’est simplement parce qu’elle n’a pas enfoui au fond d’elle, contrairement à cette société dont elle ressent cruellement l’indifférence, ce besoin viscéral qu’on s’occupe d’elle.

On poussera même la courtoisie jusqu’à mettre Pénélope en présence d’un nouvel ami psychologue qui lui donnera une clé utile pour comprendre son comportement, alors que son thérapeute (superbement joué par Fabrice Luchini) se contentait de rouler de gros yeux et de bâiller pendant qu’elle lui contait ses angoisses.

Je me souviens d’Isabelle Adjani et de sa démarche provocante dans L’été meurtrier, d’Isabelle Adjani et de sa beauté classique dans Camille Claudel. Il faut voir ici Isabelle Adjani qui n’est à peu près jamais mise en valeur dans le film, ni par son habillement, ni par son tempérament, tout de même percer l’écran par une beauté irrésistible et parfaite qui n’a besoin d’aucun fard. Ce dépouillement a de plus l’avantage de nous montrer ses talents d’actrice, que j’aurais si facilement tendance à oublier...



Traviata, La 
(1982)
9 sur 10
Un best-seller mis en musique par un génie mis en scène par un génie

La mise en scène d'un opéra est probablement le défi le plus difficile que peut relever un réalisateur de cinéma. Surtout à la fin du XXe siècle, à une époque où les histoires doivent surprendre, faire rire et tenir en haleine (généralement tout à la fois).

Or, un opéra, c'est lent. L'action (qu'il faut entendre ici au sens de Gustave Flaubert et non au sens de Stephen King) est diluée par de longs airs que l'oreille, certes, saura savourer, mais qui laissent les yeux désoeuvrés. Or, ne serait-ce qu'étymologiquement, le spectateur ne considère-t-il pas que son activité première consiste à regarder?

Zeffirelli y pourvoit à merveille dans cette production, probablement la plus grande réussite du genre au cinéma. La musique est évidemment intégralement celle de Verdi (sur un livret de Piave et d'après le roman La dame aux camélias d'Alexandre Dumas), et le réalisateur réussit par divers moyens brillants à étoffer, voire à commenter l'action par son art. N'en prenons pour preuve que le premier acte, qui se passe tout entier en alternance entre des scènes d'or et de lumière exprimant l'exubérance et la luxure de Violetta et d'autres bleutées et tamisées exprimant ses hésitations, sa tristesse... et sa vie intérieure encore naissante.

Cette vie intérieure, personne ne s'y intéresse, pas même elle, sauf Alfredo, qui l'aime d'un amour profond et sincère, ce qu'elle se refuse à croire d'emblée. Puis, une fois qu'elle se sera laissée convaincre, elle passera quelques mois de bonheur paisible avec lui en campagne, loin du Paris de ses folies du temps passé, pour finalement recevoir une visite qui détruira une vie de rédemption qu'elle avait osé croire possible. Le père d'Alfredo, à l'insu de celui-ci, la prie de quitter son amant pour préserver l'honneur de la famille. La courtisane, n'ayant jamais eu une haute opinion d'elle-même, se sacrifie, et prend pour ce faire le seul moyen qui réussira à éloigner Alfredo : lui faire croire qu'elle a renoué avec sa vie de débauche et avec son rival, le baron Douphol. Alfredo reviendra à Paris pour l'humilier de la même façon que Christian s'y prendra avec Satine dans Moulin Rouge.

Est-il possible de regarder sans se laisser émouvoir au plus haut point, par la musique et par le jeu de Teresa Stratas, la scène ou Violetta jure son amour à Alfredo (Plácido Domingo) juste avant de devoir lui faire croire qu'elle en aime un autre, ou cette scène du dernier acte où Violetta, terrassée par la maladie et son chagrin, apprend contre toute attente que son amoureux, qui vient d'être informé de son sacrifice, revient pour s'unir à elle? Personnellement, je n'y ai jamais réussi. Et je n'ai pas envie d'essayer.

Pour une variation sur la même histoire à un rythme effréné, on regardera sans hésiter Moulin Rouge!. Mais que ce dernier film ne nous prive pas du romantisme et de la lumière de La Traviata de Zeffirelli et Verdi.


Treize Jours 
(Thirteen Days) (2000)
10 sur 10
Une guerre des nerfs contre une guerre nucléaire

En octobre 1962, les États-Unis découvrent que l'Union soviétique installe des missiles à Cuba, récemment passé aux mains du révolutionnaire Fidel Castro. Que faire? Face aux militaires qui réclament une invasion, le président John F. Kennedy (Bruce Greenwood), avec son frère Robert (Steven Culp) et son conseiller Kenny O'Donnell (Kevin Costner), cherche à tout prix une solution qui évitera  la guerre, au risque de passer pour un faible. Pendant treize jours, le monde frôle - à plusieurs reprises - l'affrontement nucléaire.

Tout au long de ce film de deux heures et demi (on peut supposer que si le président avait été George W. Bush, cela aurait été moins long), le spectateur sait que John F. gagnera le pari, et pourtant, la tension est maintenue du début à la fin. Les événements se succèdent : consternation, discussions, décisions difficiles, revirements de situation, menues avancées dans l'escalade, avec autant d'efficacité que si le scénario avait été monté de toutes pièces.

Mince reproche qu'on pourrait peut-être faire aux auteurs : cet abus du champignon nucléaire et, à l'autre extrême, des scènes « champêtres », qu'on nous montre à quelques reprises, apparemment pour souligner le caractère dramatique de la situation. Pourtant, on n'en a nul besoin : les dialogues et les personnalités de chacun suffisent amplement à nous mettre dans le bain.

L'atmosphère est d'autant plus tendue qu'on choisit de ne jamais nous montrer ce qui se passe pendant tout ce temps du côté soviétique. Quelles étaient les intentions réelles de l'URSS? Ces missiles étaient-ils un simple instrument de négociation? Pourquoi les navires soviétiques ont-ils rebroussé chemin, et seulement à la dernière minute, lorsque les États-Unis ont imposé un blocus? Nous n'avons pas les réponses à ces questions, et en un sens, c'est secondaire, car il s'agit ici plus d'une aventure humaine que d'une analyse politique.

A-t-on cédé à la tentation facile de déifier celui qui est déjà un demi-dieu aux États-Unis? John F. Kennedy était-il vraiment ce héros raisonnable et pacifiste opposé à une armada de partisans de la ligne dure? Difficile à dire. Chose certaine, on ne peut pas accuser les auteurs de verser dans le simplisme, et le plus fascinant dans cette oeuvre est sans doute de voir, après tant de films de guerre, comment une guerre peut ne pas avoir lieu.


 
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