François Lavallée > Le critique > Films > Critiques en français
Explication des notes sur 10
| Un
été à Rome
(2002) |
6 sur 10 |
À écouter sans le son (surtout en anglais)À écouter ce joli petit film sans le son, on ne perdra à peu près rien. En effet, ce qu'il a de plus beau à offrir se résume aux splendides images de la Ville éternelle et aux jolies frimousses des deux vedettes.
Les voix en français ne sont pas les mêmes que celles des séries télévisées Les jumelles s'en mêlent et Totalement jumelles, mais on s'habitue vite. Je n'avais jamais entendu la vraie voix des soeurs Olsen (en anglais) avant d'écouter la section Behind the Scenes du DVD de ce film. Je suis tombé en bas de mon divan. Étonnant comme elles gagnent à être doublées.
Ajoutons à cela qu'il est quand même rafraîchissant de voir tant d'innocence (qui s'exprime jusque dans les baisers très chastes) dans un film d'aujourd'hui. Quand le beau et séduisant patron invite ses deux jeunes stagiaires de 17 ans, ingénues, pleines de bonne volonté et seules en Italie après avoir été injustement renvoyées par son subordonné, à passer quelques jours dans sa villa au bord de la mer, nul ne songe qu'il puisse avoir des « intentions ». Et de fait, il n'en a pas, si ce n'est celle de se rapprocher d'une autre de ses employées qui les accompagne, celle-là d'un âge plus proche de lui, et pour qui il tait son attirance depuis des années afin de ne pas mélanger amour et travail. Je vous le dis : rafraîchissant comme tout.
| Un
homme et son péché
(1949) |
7 sur 10 |
Hector Charland, le proto-Jean-Pierre MassonN.B. : Cette critique a été rédigée en mars 2001, donc avant le tournage et la sortie de la version de 2002.Que peut donc nous réserver un film québécois de 1949 dont le titre trahit un thème qui semble marqué au fer rouge par l’idéologie obscurantiste de l’époque? Eh bien, des choses étonnantes.Je fais partie de la toute dernière génération ayant connu Les belles histoires des pays d’en haut, téléroman diffusé à Radio-Canada de 1956 à 1970 et mettant en scène les personnages d’Un homme et son péché. Cependant, je ne connaissais pas le roman de Claude-Henri Grignon, et donc j’ignorais l’histoire de base, qui est finalement digne de bien des romans de l’époque. La belle Donalda s’est promise au sémillant Alexis, mais pendant que ce dernier est parti dans les chantiers en hiver, elle est forcée d’épouser l’inflexible Séraphin pour éviter la faillite à son père, qui doit sa chemise à l’usurier.
Quand on regarde le film, les comparaisons avec la très populaire série télévisée sont inévitables. Jean-Pierre Masson, dans le rôle de Séraphin Poudrier, reste irremplaçable. Il semble cependant évident qu’il s’était directement inspiré de la prestation d’Hector Charland, qui affectionne les mêmes poses, la même démarche, la même voix hargneuse dans le film. Mais Masson aura perfectionné le style pour obtenir un résultat beaucoup plus crédible et impressionnant. À côté de sa grosse voix rocailleuse, celle de Charland – que les « Canayens » de l’époque connaissaient déjà très bien puisqu’il interprétait le même rôle au feuilleton radiophonique depuis 1939 – semble un peu forcée.
Par contre Nicole Germain (dans le film) fait à mon avis une Donalda foncièrement plus jolie et attachante qu’Andrée Champagne (dans la série télévisée). Est-il besoin de préciser qu’à cette époque, elle ne s’était pas encore fait remonter le visage une seule fois?
Une intrigue touchante et édifiante qui se tient, un déroulement bien construit comme dans une bonne pièce de théâtre et un jeu des acteurs qui, disons-le, paraît plus naturel que ce que l’on voit dans les films états-uniens de la même époque. On regrette le noir et blanc et la qualité médiocre de l’image, car les décors naturels sont bien exploités et les intérieurs respirent l'authenticité. Avis aux échaudés de La petite Aurore l’enfant martyre : on savait indéniablement faire du cinéma dans le Québec de Duplessis. Dommage qu’on n’en ait pas profité davantage.
Un site très complet sur le film, le téléroman et la série radiophonique (où je viens d’ailleurs de voir une photo d’Andrée Champagne en Donalda qui me fait douter de mes souvenirs...).
| Un
homme et son péché (2002) |
7 sur 10 |
Excellent marketing... bon filmUn des plus grands défis de cette entreprise revenait, on le sait, à Pierre Lebeau, qui devait incarner ce fameux Séraphin si magistralement interprété dans les années 60 par Jean-Pierre Masson. Alors que ce dernier était resté dans la ligne de ce qu’avait fait avant lui Hector Charland, Pierre Lebeau se devait de trouver une nouvelle peau pour le personnage, car Masson avait déjà porté à la perfection le dos courbé et la voix rocailleuse du maire de Sainte-Agathe.
Il a réussi son pari en misant non plus sur la voix, mais sur les yeux, ces petits yeux gris, des yeux de loup dont la ligne de mire semble rien moins que mortelle. Quant à la voix, elle devient ici petite, perfide, presque sifflante, presque inaudible, la voix de l’usurier et du magouilleur qui vit dans le secret, dans le chantage, bref dans le péché.
La marketing associé à ce film en 2002 était hallucinant, surtout pour ceux qui fréquentent les épiceries Métro... D’ailleurs, si vous louez le DVD, vous aurez le plaisir de devoir contempler à nouveau le logo de Métro avant le début du film, retour d’ascenseur qui n’est pas sans manquer de classe.
Toute cette publicité nous promettait évidemment un véritable chef-d’œuvre. Bien qu’on ne puisse nier le travail considérable qui a entouré ce film, on ne peut non plus en ignorer les simplifications1, les exagérations2 et les faiblesses d’écriture, de même que les légères faiblesses de jeu qui s’ensuivent, lesquelles transparaissent toutefois surtout dans la premier tiers du film. Par la suite, une fois le récit bien engagé, Claude-Henri Grignon prend le relais et nous raconte son histoire éternelle, qui est, il faut le dire, extrêmement touchante.
Dans l’ensemble, le film de Binamé s’avère particulièrement émouvant et vaut la peine d’être vu. Cela dit, les cinéphiles qui prendront la peine de glisser dans leur magnétoscope la première version de cette œuvre, celle de Paul Gury tournée en 1949, pourraient bien se rendre compte avec stupeur que sur le plan de l’écriture, du jeu des acteurs et même de la cinématographie, cette version d’une autre époque n’a rien à envier à celle de 2002.
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1 Un exemple? La scène de la « nuit de noces » est parfaite pour nous faire détester Séraphin et nous le faire voir comme une bête, mais il est difficile de croire qu’un voyeur (trait de personnalité de l’usurier qu’on prend la peine de souligner au moins par deux fois dans le film) aurait pris de cette façon sa jeune et jolie épouse au premier soir de leur union.2 Un exemple? L’incendie est parfaitement réussi sur le plan des images cinématographiques, mais ne me faites pas croire qu’un homme entré dans un brasier aussi avancé, au milieu d’une fumée aussi épaisse, ait le temps de monter au grenier de cette cabane de bois sec pour chercher quelques pièces d’or et d’en ressortir avec juste un peu de noir au-dessus des sourcils.
| Un
zoo la nuit
(1987) |
4 sur 10 |
Germain Houde, ça?Que Roger Lebel ne soit pas très convaincant dans un rôle, ce n'est pas forcément un événement, mais quand on voit du carton-pâte sortir de la bouche de Germain Houde à mesure qu'il débite ses répliques, il y a quelque chose qui cloche. Les dialogues! Des dialogues tellement artificiels que les acteurs ne savent pas sur quel ton finir leurs phrases, comment les entamer, comment se répondre les uns aux autres en ayant l'air d'interagir pour vrai, quels yeux, quelle bouche, quels gestes associer à ces associations monstrueuses de mots qui ne rentrent pas la bouche ou qui ne veulent pas plus en sortir qu'un foetus avant son terme. Comme dans Le vent du Wyoming.
À voir tous les éloges remportés par ce film, je ne puis que constater que le message - par ailleurs très sombre - de Jean-Claude Lauzon a sans doute touché bien des gens au-delà de ses défauts et de sa lenteur. Malheureusement, ce n'est pas mon cas.
| Vacances
au soleil
(Holiday in the Sun) (2001) |
6 sur 10 |
Pour les yeux seulementJe sais, le scénario de ce film tiendrait sur la pointe d'une aiguille. Mais que voulez-vous, j'ai un faible pour les jumelles Olsen et leur monde de rêve... si prévisible soit-il!
| Vent
du Wyoming, Le
(1994) |
6 sur 10 |
L'amateurisme du cinéma québécoisJe suis sûr qu'André Forcier avait un tas de choses intelligentes et sensibles à nous dire à propos de l'amour. Certaines scènes sont assez puissantes, comme celle où Albert Mouton (Marc Messier) fait l'amour avec une Lea Mentha (Sarah-Jeanne Salvy) zombie qu'il a hypnotisée. Les images originales d'ailleurs ne manquent pas, comme celle de la même Lea qui va rejoindre le boxeur qu'elle aime (et qui l'a laissée pour sa mère) sous la douche du gymnase... avec un parapluie, ou cette autre où l'on voit Manon (Céline Bonnier), à l'issue d'un régime amaigrissant, manger de petites graines de je ne sais pas quoi avec une pince à sourcils, sans parler des scènes de sexe se déroulant sur un ring ou dans la grande roue de la Ronde.
Le problème, c'est que tout sonne faux. On ne se doute pas que savoir placer un sacre dans une réplique, c'est un art. (Certains y réussissent.) Mais quand on a vu des sacres placés n'importe où et dits n'importe comment, on s'en rend compte. Or, donnez des répliques qui sonnent faux aux meilleurs acteurs du monde, et vous donnerez l'impression que vous ne savez pas les diriger de surcroît. Et puis de toute façon, même la plupart des orgasmes sonnent faux. (Il faudrait s'informer : Meg Ryan pourrait peut-être donner des cours à France Castel?)
On a souvent l'impression en regardant ce film de se retrouver devant un pastiche raté d'une pièce de Michel Tremblay. Comme si on avait voulu emprunter l'esprit de ce grand auteur - il y a même un travesti - mais en ne réussissant à accoucher que d'un pâle reflet.
Heureusement qu'on a ces images originales, ces personnages un peu tordus, la beauté naturelle de Sarah-Jeanne Salvy, ces situations inusitées, ces drames qui se succèdent et une histoire qui évolue rapidement. Grâce à cela, contrairement à Un zoo la nuit, qui comporte la même faiblesse sur le plan des textes, on ne s'ennuie pas vraiment en écoutant ce film. On déplore seulement l'amateurisme de certains films québécois.
| Vie,
plus ou moins, La
(Life or Something Like It) (2002) |
7 sur 10 |
Finalement efficace sans être une grande réussiteLanie est reporter télé à Seattle. Elle rêve de gravir les échelons jusqu'au réseau national. Un jour, un prophète de rue lui annonce qu'elle mourra dans moins d'une semaine. Certains signes lui laissent croire que cet illuminé sait généralement de quoi il parle. Et c'est alors qu'elle commencera à voir d'un oeil différent sa carrière, ses amis, sa relation amoureuse plus ou moins convaincue.
Parmi les films qui abordent ce genre de sujet, celui-ci n'est ni le plus original ni le mieux écrit, mais il est tout de même efficace en ce qu'il risque de vous laisse songeur pendant un certain temps.
Si on veut poursuivre la réflexion sur le thème de la remise en question d'une vie basée sur l'argent, le succès et la gloire, on préférera de loin l'excellent Fantômes en fête (Scrooged) avec Bill Murray ou encore, si on aime l'action sans trop tenir à la vraisemblance, Jouer avec la mort (The Game) avec Michael Douglas. Dans un genre différent, on n'hésitera pas non plus à se tourner vers Jésus de Montréal de Denys Arcand. Quant au thème « vivre le moment présent », on pourra choisir l'étonnant Fight Club (plus violent et, en un certain sens, plus intellectuel) avec Brad Pitt.
| Violon
rouge, Le
(1998) |
7 sur 10 |
Richesse de la musiqueIl n'est pas mauvais de constater ou de se rappeler de temps en temps que le Québec a produit des réalisateurs de calibre mondial, comme François Girard ici (à qui l'on doit aussi les Trente-deux films brefs sur Glenn Gould [1993]), Yves Simoneau (Nuremberg [2000]) ou, dans un autre registre, Christian Duguay (Jeanne d'Arc [1999], Screamers [1995]).
Ici, c'est très nettement dans la catégorie « film de répertoire » que l'on entre. Un film intelligent, fait avec amour, le même amour, n'hésite-t-on pas à croire, que Nicolo Bussoti a mis dans ce fameux violon rouge au XVIIe siècle. Les couleurs, les atmosphères, les personnages y sont riches et léchés, mystérieux ou lumineux, depuis l'antre de la diseuse de bonne aventure d'une Italie encore presque moyenâgeuse jusqu'aux costumes, aux chansons et aux discours propres-propres-propres de la Chine communiste, qui propose au peuple une utopie qui sonne faux.
Sonne faux. C'est bien le mot. Car c'est évidemment de musique qu'il est question ici du début à la fin. L'amour de la musique même, l'amour des instruments de musique, son universalité et les excès dont elle peut être témoin ou qu'elle peut provoquer. Le plurilinguisme du film crée en soi une musique : italien, allemand, chinois, anglais et français s'y succèdent et s'y mélangent dans une symphonie, un hommage à la diversité et à la richesse de la parole humaine.
Et surtout, parlant musique, courez acheter la trame sonore de John Corigliano.
| Wonder
Boys
(2000) |
6 sur 10 |
Ne faites pas de films avec n'importe quel romanNe faites pas de films avec n'importe quel roman. Je sais, c'est tentant : on lit un roman, on le trouve intéressant, on veut voir les personnages en chair et en os, on veut les voir interagir, les mettre en scène... mais ça ne marche pas toujours. Soit c'est trop long, soit il manque des bouts, soit c'est trop éclaté. Ici, ça part dans tous les sens. La dépouille du chien tué, l'éditeur bisexuel qui ramasse un travesti dans l'avion, l'étudiant James Lear (Tobey Maguire) qui a du talent et qui se cherche, la jeune Hannah (Katie Holmes) qui admire l'écrivain Grady Tripp (Michael Douglas) et surtout, celui-ci qui voit sa femme le quitter, entend sa maîtresse lui apprendre qu'elle est enceinte, reçoit son éditeur qui attend un roman qui ne vient pas, s'occupe du jeune James Lear qui n'a pas de toit ou prétend ne pas en avoir...
Il y a une scène du film où Hannah, étudiante du professeur Tripp, commente le roman que celui-ci n'arrive pas à terminer. « Vous savez, lui dit-elle en substance, dans vos cours, vous nous apprenez qu'écrire, c'est l'art de faire des choix. » Elle poursuit en lui expliquant avec tact qu'un romancier qui est rendu à la page deux mille deux cent et des poussières (le tout à simple interligne), n'a peut-être pas su opérer assez de choix. La remarque est pertinente de deux manières, en plus de son sens littéral : d'une part, la vie de Grady Tripp s'enfonce justement parce qu'il louvoie sans cesse; d'autre part, il semble bien que les scénaristes du film n'aient pas osé, ou n'aient pas pu, faire des choix en nombre suffisant pour donner au film l'unité qu'il réclame.
Ce film a été bien reçu par la critique, comme d'ailleurs Le monde selon Garp, également tiré d'un roman. Mais dans les deux cas, on est obligé de remplacer la gradation qui fait un bon film par une histoire à plateau aux éléments trop nombreux. Un film demande une plus grande unité de propos, ou alors un angle d'attaque spécifiquement cinématographique. Cette histoire d'un professeur d'art littéraire qui vit un tournant dans la cinquantaine est sérieuse et bien sentie. Le récit fournit aussi de bonnes réflexions sur l'activité d'écriture, et le film est à voir si vous voulez voir Michael Douglas dans un rôle différent.
Mais il faut, comme moi, être intéressé par le sujet et par Michael Douglas.
| X-Men
(2000) |
7 sur 10 |
Les super-héros de l'an 2000Les premières scènes sont très prometteuses. Pologne, 1944. Les pieds dans la boue, la tête dans la pluie, un jeune Juif est séparé de sa famille par les Nazis au cours d’une déportation de masse. Au bout de sa douleur, il réussit par télékinésie à tordre la lourde grille qui vient de se refermer sur sa mère. Variation heureuse sur un thème connu.
Puis, tout de suite, États-Unis, « dans un avenir rapproché » (!). Après une ou deux autres scènes où l’on voit des mutants qui s’ignorent exercer leurs pouvoirs – jamais avec méchanceté –, on assiste à un débat du Congrès américain où un sénateur veut faire adopter une loi d’enregistrement obligatoire de cette nouvelle race d’humains. Le parallèle avec les Nazis des années 30 et 40, ou même avec la commission McCarthy ou avec toute autre entreprise démagogique attisant l’intolérance est évident.
Il y a donc de la viande. Assez rapidement, toutefois, on se retrouve devant une intrigue assez classique, caractérisée surtout par une sorte de défilé de super-héros. Ils sont peut-être une dizaine, ayant chacun leurs pouvoirs propres. « Cyclope » a des yeux laser, « Tornade » commande la foudre, le « Professeur X » peut lire dans les pensées. Chacun leur tour, ils auront leur vitrine pour mettre à profit leurs dons particuliers, toujours adaptés au besoin du moment. Et à la fin, ils sauront se compléter pour sauver le monde.
À titre de film à effets spéciaux, le produit ne déçoit pas. Il est assez fascinant de voir de près, par exemple, les lames rétractables (aux jointures) de Logan. Pour le reste, le scénariste arrive à soutenir l’intérêt malgré un manque d’originalité flagrant.
| XXX
(2002) |
7 sur 10 |
Sept sur dixC'est là qu'on voit que pour faire un bon film à la James Bond, il ne suffit pas d'avoir des cascades, des explosions, des voyages, des belles filles, des cavernes super-sophistiqués où s'élaborent des plans pour dominer le monde, des autos à gadgets et un méchant avec un accent slave. Il faut aussi de l'humour, un héros qui a de la classe et une bonne musique.
Donc, 7 sur 10.
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