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Allais, Alphonse, La vie drôle 
Rares sont les auteurs qui maîtrisent l’art de la badinerie (voir ma critique de Quinze lieux communs). Alphonse Allais est un de ceux-là.

Ce recueil nous présente une multitude de textes de deux ou trois pages chacun, tous parus dans des périodiques à la fin du XIXe siècle. Les sujets? Une resplendissante vacuité ornée des atours les plus irrésistibles. Souvent des idées d’inventions loufoques ou des faits divers fictifs et absurdes. (On a souvent dit que Claude Meunier faisait un humour de type absurde, ce qui est inexact. Il ne faut pas confondre le ridicule et l’absurde.)

Comme exemple de fait divers, citons cette histoire d’« un groupe joyeux d’environ vingt vélocipédistes de l’A.T.C.H.O.U.M (Association des Terrassiers Cyclistes du Havre et des Organistes Unis de Montivilliers) » qui ont tous fait une crevaison en même temps (« Accident? Malveillance? c'est ce que l’enquête établira »). Pompant allégrement « l’air ambiant pour l’enfourner au sein des caoutchoucs », le groupe s’est asphyxié en faisant le vide autour de lui (car les cyclistes se trouvaient dans un chemin creux).

Comme exemple d’invention, si vous avez un sandwich à la main, ne lisez pas celle de ce médecin allemand qui, pour guérir ses malades atteints du ver solitaire, a pensé à leur faire avaler par la tête un autre ver plus gros et vigoureux (« mais pas en entier, car il garde la queue dans sa main »), après avoir affaibli le premier par deux semaines de jeûne. L’idée est de faire bouffer le premier par le second pour ensuite retirer le tout.

Mais ce dont on se délecte, en lisant Alphonse Allais, c’est le style. Un style consommé et pince-sans-rire qui respire la Belle Époque, cette époque où la France rayonnait tellement que sa langue pouvait tout dire, et même plus, avec un raffinement et une élégance inégalables.

Éditions de la Table ronde, Paris, 1994 (textes publiés à l’origine un peu avant 1900).

Note : On trouvera des textes d'Alphone Allais en cliquant sur le lien suivant de la Bibliothèque électronique de Lisieux.

Alvarez-Péreyre, Jacques, Nelson Mandela - De la résistance à l’épreuve du pouvoir
Nelson Mandela a fait 27 ans de prison pour avoir revendiqué l’égalité des Noirs en Afrique du Sud pendant l’apartheid. En 1995, il est devenu le président élu de ce même pays. Cette plaquette résume sa vie et son combat.

On y explique bien les différentes étapes qui ont vu, dans un premier temps, la naissance de l’apartheid à la fin des années 40, puis la croissance des mouvements de résistance, et enfin la conjoncture qui a permis l’éclosion dans les années 90 d’un régime démocratique en Afrique du Sud.

L’auteur nous présente aussi la personnalité de Mandela, un homme fidèle à lui-même et à ses principes, qui a toujours tenu – y compris comme président – à ce que les différends politiques entre Noirs et Blancs ne dégénèrent pas en stériles affrontements mais se résolvent plutôt en faveur d’un idéal de cohabitation et de respect. Mandela a reçu le prix Nobel de la paix en 1993.

À recommander comme exposé succinct et éclairé de la question.

Desclée de Brouwer, Paris, 1997, 109 pages.

À lire aussi : Un long chemin vers la liberté de Nelson Mandela.

Appelo, Tim, Ally McBeal : le guide officiel 
Ally McBeal se distingue dans le monde télévisuel états-unien par son mélange des genres (à la fois drame, comédie et téléroman) et par son caractère osé et imaginatif. Osé en raison de son traitement franc et direct de la chose sentimentale et sexuelle, et imaginatif surtout en raison des hallucinations du personnage principal, qui se voit par exemple toute petite aux pieds d’un homme parce qu’elle a honte, ou qui reçoit dans son imagination quatre flèches en plein cœur en apprenant que son ex-petit ami est maintenant marié.

Le livre, d’une facture soignée et efficace (nombreuses photos, mise en page colorée et vivante), dresse un portrait des douze principaux personnages, présente une entrevue avec la plupart des acteurs (en plus du scénariste David E. Kelley, également auteur de L.A. Law / La loi de Los Angeles) et fournit un résumé de chaque épisode des deux premières saisons (1997 à 1999 en anglais). À cela s’ajoutent quelques à-côtés, comme un glossaire (« Mort et adultère : Les deux seules certitudes dans la vie, selon Ally. ») et une liste des prix remportés par l’émission.

Cette espèce de condensé d’une émission-fétiche m’a donné l’impression, au début, d’entrer dans un monde de génie, et à la fin, de sortir d’un monde éculé. L’inconvénient des résumés en rafale, c’est peut-être de faire perdre la magie du récit en temps réel. Quoi qu’il en soit, le livre remplit sa promesse et devrait plaire aux fans comme aux profanes.

Éditions Fleuve Noir, 2000, 200 pages (traduction : Isabelle Troin).

Arcand, Bernard et Serge Bouchard, Quinze lieux communs 
« Voilà ce qui a réuni les auteurs et les lecteurs du lieu commun. L’un a toujours su que l’autre n’avait rien à dire; cependant aucun n’a l’intention de la boucler. » Les auteurs de ce livre ont très bien résumé ainsi leur propre ouvrage, qui traite en cascade de quinze sujets à la fois riches et anodins, selon le regard que l’on veut bien porter sur eux : le sport, la calvitie, le gazon...

Dire des élucubrations en les présentant comme des badineries, cela protège des critiques mais ne rend pas le contenu plus intéressant. Certes, les auteurs ont un très bon style, un style qu’ils mettent efficacement au service de l’effet. Ils affectionnent particulièrement l’antithèse, du genre « Il n’est de sentiment plus sérieux que la joie » ou « Le téléphone est un outil qui nuit beaucoup à la communication ». À force de lancer de telles formules, on en sort parfois de géniales, et même celles qui ne le sont pas finissent toujours par le paraître, pour peu que le lecteur se donne la peine de leur trouver un sens.

Il faut admettre que certains chapitres fournissent des éléments d’information et de réflexion très intéressants. Mais pour s’y rendre, il faut vraiment se plaire dans l’art du papotage intellectuel.

Boréal, Montréal, 1993, 212 pages.

Note : Comme exemple à suivre dans l'art de badiner, on lira plutôt La vie drôle d'Alphonse Allais.

Astre, Georges Albert et Pierre Lépinasse
La démocratie contrariée - Lobbies et jeux de pouvoir aux États-Unis 
Qui prend vraiment les décisions politiques aux États-Unis? Les auteurs recensent ici les groupes et les gens qui détiennent le vrai pouvoir dans ce pays, et il semble bien que les grandes entreprises transnationales l’emportent haut la main sur le peuple. Cela n’est peut-être pas une nouveauté pour tout le monde, mais enfin, dans un pays dont les habitants sont si fiers et doutent si peu de leur démocratie, il y aurait peut-être un peu d’information à faire circuler. Comme le disent si bien les auteurs en introduction : « Il n’y aurait point lieu de réfléchir sur la démocratie américaine si à Washington on faisait moins grand tapage sur sa valeur exemplaire, et sur le rôle missionnaire qu’il lui appartient de jouer sur toute la terre. »

Les auteurs présentent dans le détail quelques instances qui façonnent l’idéologie et l’orientation politique des États-Unis au milieu des années 80 (Council on Foreign Relations, groupe de Bilderberg, Commission trilatérale). Ils expliquent aussi les origines réelles et mythiques de la démocratie aux États-Unis et concluent par une analyse des pouvoirs à l’oeuvre dans la réélection de Reagan en 1984.

La multiplicité des noms et des détails est tout à l’honneur des auteurs mais peut rendre la lecture ardue. Il faut dire que ce livre sur la démocratie... ne s’adresse pas nécessairement au grand public. Par ailleurs, au milieu des dénonciations de toutes ces « Corporations » qui tirent les ficelles de la planète, on aurait aimé un peu plus de suggestions sur la forme concrète que devrait prendre la démocratie et, partant, sur les problèmes réels que pose en soi l’idéal démocratique dans un monde complexe comme le nôtre.

Pour obtenir un aperçu plus complet et plus actuel sous une forme plus abordable sur la question des décideurs économiques et politiques de notre monde, on lira sans hésiter La globalisation du monde de Jacques Gélinas.

Éditions La Découverte, Paris, 1985, 252 pages.



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