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Dialogue entre Drizzt et Montolio au sujet de Dieu
dans le livre Sojourn

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« Pourquoi lui donner un nom? » me demanda un jour un ami qui préférait, comme beaucoup d'entre nous, garder de Dieu une idée abstraite. Or, voilà qu'au beau milieu d’un roman de pure Fantasy parlant d’elfes, de géants, de nains et de dragons, je tombe sur un petit dialogue qui répond à cette question, tout en rejoignant de très près mes réflexions sur le sujet. Ce dialogue me semble pouvoir être tellement utile pour répondre à d'autres réfutations que j’entends souvent autour de moi à ce propos que j’ai décidé de le traduire et de vous le livrer ici.
 

    « Qui est ton dieu, elfe noir? demanda Montolio. Drizzt et lui se côtoyaient depuis des semaines, mais ils n’avaient jamais vraiment parlé de religion.
- Je n’ai pas de Dieu, répondit Drizzt d’un ton péremptoire. Et je n’en veux pas non plus. »

    Ce fut au tour de Montolio de laisser un temps de silence.

    Drizzt se leva et fit quelques pas.

    « Mon peuple obéit à Lloth, commença-t-il. Lloth est, sinon la cause, du moins l'expression de leur vilenie, comme ce Gruumsh pour les orcs, et comme les autres dieux pour les autres peuples. Obéir à un Dieu est une aberration. Je préfère obéir à mon coeur. »

    Les gloussements de Montolio anéantirent toute la vigueur de cette déclaration.

    « Tu as un dieu, Drizzt Do’Urden, affirma-t-il.
- Mon dieu, c’est mon coeur, réitéra Drizzt en se retournant vers lui.
- Le mien aussi.
- Tu as dit que ton dieu s’appelait Mielikki, protesta Drizzt.
- Et toi, tu n’as pas encore trouvé le nom de ton dieu, répliqua Montolio. Ça ne veut pas dire que tu n’en aies pas. Ton dieu, c’est ton coeur, et que te dit ton coeur?
- Je ne sais pas, admit Drizzt après avoir réfléchi, troublé.
- Alors penses-y! s’écria Montolio. Qu’est-ce que ton intuition t’a dit au sujet de la bande de gnolls, ou des fermiers de Maldobar? Lloth n’est pas ta déesse, cela ne fait aucun doute. Alors quel est le dieu ou la déesse qui correspond à ce qui se trouve dans le coeur de Drizzt Do’Urden? »

    Montolio pouvait presque entendre les haussements d’épaules incessants de Drizzt.

    « Tu ne sais pas? demanda le vieux ranger. Eh bien moi, si!
- Tu présumes beaucoup, répondit Drizzt, toujours sceptique.
- J’observe beaucoup, répondit Montolio en riant. Ton coeur s’accorde-t-il avec celui de Guenhwyvar [panthère magique, fidèle compagnon de Drizzt]?
- Je n’en ai jamais douté, répondit Drizzt sincèrement.
- Eh bien Guenhwyvar obéit à Mielikki.
- Comment peux-tu savoir cela? » s’objecta Drizzt, ébranlé. Montolio pouvait bien supposer ce qu’il voulait à son sujet, mais Drizzt considérait ce genre d’étiquette comme un affront à sa panthère. Pour Drizzt, Guenhwyvar était en quelque sorte au-dessus de la religion et de tout ce qu’impliquait le fait d’avoir un dieu.

    « Comment je peux le savoir? répéta Montolio. Mais c’est lui qui me l’a dit, bien sûr [Guenhwyvar ne parle pas]! Guenhwyvar est l’entité de la panthère, créature du domaine de Mielikki.
- Guenwhyvar n’a pas besoin de tes étiquettes, répliqua Drizzt en colère, revenant d’un pas déterminé s’asseoir à côté du ranger.
- Cela va de soi, reconnut Montolio. Mais ça ne change rien à la réalité. Tu ne comprends pas, Drizzt Do’Urden. Ce que tu as connu chez les tiens, c’est un simulacre de dieu.
- Et ton dieu à toi est le vrai? se moqua Drizzt.
- Ils sont tous vrais, et j’ai bien peur qu’ils soient tous un », répondit Montolio. Drizzt dut reconnaître que Montolio avait dit vrai : il ne comprenait pas.

    « Tu vois les dieux comme des entités externes, essaya d’expliquer Montolio. Tu les vois comme des êtres matériels qui essaient de déterminer nos actions en vue de leurs propres fins; par conséquent, fier et indépendant comme tu es, tu les rejettes. Moi, je te dis que les dieux sont à l’intérieur de soi, qu’on les ait nommés ou non. Tu as suivi Mielikki toute ta vie, Drizzt. Tu n’as tout simplement jamais eu un nom à donner à ton coeur. »

    Soudain, Drizzt fut plus intrigué que sceptique.

    « Comment t’es-tu senti la première fois que tu es sorti d’Ombre-Terre, demanda Montolio. Que t’a dit ton coeur la première fois que tu as jeté ton regard sur le soleil ou les étoiles, ou sur le vert de la forêt? [...] Que tu l’admettes ou non, tu as le coeur d’un ranger. Et le coeur d’un ranger est un coeur de Mielikki. »

    Une conclusion si catégorique ramena une partie des doutes de Drizzt.

    « Et ta déesse, qu’exige-t-elle? » demanda-t-il, la colère ayant repris le dessus dans sa voix. Il allait se lever à nouveau, mais Montolio lui donna une tape sur les jambes en le retenant.

    « Exiger? reprit-il en riant. Je ne suis pas un missionnaire qui répand la bonne nouvelle et impose des règles de comportement! Est-ce que je ne viens pas de te dire que les dieux sont à l’intérieur? Tu connais les règles de Mielikki aussi bien que moi. Tu les as suivies toute ta vie. Tout ce que je t’offre, c’est un nom pour les désigner et un idéal de comportement personnifié, un exemple qui pourra t’inspirer dans les moments où tu t’éloigneras de ce que tu sais être vrai. » [...]

    « Je souhaite en savoir davantage au sujet de ta... de notre... déesse, admit Drizzt le lendemain soir, retrouvant Montolio en train de faire le souper.
- Et moi, je souhaite t’en dire plus », répondit Montolio.

- R.A. Salvatore, Sojourn, pp. 182-184

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