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Daignault, Claire, Le cas Lembour 
Douze histoires de douze femmes appartenant, je dirais, à peu près à la génération de l'auteure, c'est-à-dire celle qui a connu les boniments culpabilisateurs des bonnes sœurs et dont les représentantes, une fois entrées dans l'âge mûr, ont réagi différemment à une époque où, en principe, les femmes pouvaient s'émanciper.

Apparemment, elles n'ont eu ni le mariage ni la vie amoureuse faciles, ces femmes. Comme Simone (L'impassible rêve), qui, après avoir trouvé une arme à feu par hasard, mijote la disparition de tous ceux qui, de près ou de loin, l'empêchent de respirer - y compris son mari. Ou, Jeanne (Le leurre de la vérité), qui, après avoir surpris son mari à se masturber alors qu'il refuse de la « prendre », se demande pourquoi elle reste avec cet homme.

Ainsi présentés, les sujets n'ont pas l'air rigolos, mais c'est tout de même l'humour qui domine ces récits, lesquels demeurent variés et intéressants malgré un style peut-être un peu brut encore (ce n'est que le deuxième ouvrage de l'auteure, qui se recyclera ensuite dans la littérature jeunesse). Comme l'annonce le titre, les jeux de mots sont fréquents, mais pas omniprésents, ce qu'on ne regrette pas vraiment en fait.

Maison des mots, Belœil, 1984, 139 pages.

D'Ansembourg, Thomas, Cessez d'être gentil, soyez vrai! 
Paradoxalement, ce livre au titre accrocheur et un peu trompeur parle de « communication non violente ».

La violence (verbale ou autre) faite à autrui est le fruit d’une violence que l’on se fait à soi-même. Pourquoi se force-t-on à être gentil, à dire oui, à se plier aux exigences d’autrui et de « la vie »? Parce qu’on veut être aimé et qu’on craint de ne plus l’être si on assume notre différence. Chose certaine, en s’empêchant soi-même de vivre tel qu’on est, on se rend parfois la vie invivable... et on le devient nous-mêmes!

La « communication non violente » permet d’exprimer ses besoins sans tomber dans la spirale de l’accusation et du conflit stérile. L’auteur décrit en détail cette technique très simple (observation, sentiment, besoin, demande) en l’illustrant de nombreux exemples concrets. Et il finit par exprimer une vision de la vie, une vision dans laquelle la fin des guerres et des isolements est possible, une vision dans laquelle on peut enfin arriver à « rencontrer » l’autre, à condition d’être prêt à faire le chemin long et exigeant de la rencontre de soi.

Éditions de l’homme, 2001, 249 pages.

Dard, Frédéric (San Antonio), Rue des Macchabées 
Écrit il y a plus d’un demi-siècle, cet épisode de San-Antonio n’a pas pris une ride. Ce n’est qu’à la page 104 qu’on peut se douter qu’il a de l’âge, lorsque le commissaire annonce qu’il partira pour Chicago à bord d’un Boeing 707. Le deuxième signe arrive à la page 142, où le médecin légiste a besoin d’expliquer le plus sérieusement du monde à San-Antonio ce qu’est... la marijuana! « C’est la marijuana, dit-il. Un stupéfiant d’origine mexicaine. »

Je ne sais pas si c’est parce qu’on en est encore aux débuts de la série (chronologiquement, c’est le 11e des 175 San-Antonio publiés de 1949 à 2001), mais le style n’est pas aussi pyrotechnique et licencieux que ce que San-A fera par la suite; il n’en demeure pas moins très vivant et amusant, et cela nous permet de nous concentrer sur l’intrigue policière, très bien ficelée : on a meurtre sur meurtre, chacun compliquant l’affaire un peu plus au lieu de l’éclaircir, et l’explication trouvée à la fin ne nous donne pas l’impression d’avoir été mené en bateau.

En annexe, une liste chronologique des San-Antonio de 1949 à 2001, ainsi que, pour les amateurs, une courte mais intéressante typologie de la série signée Raymond Milési.

Éditions Fleuve noir, Paris, 2005, 247 pages. (Parution originelle : 1954.)

Dard, Frédéric (San Antonio), Aux frais de la princesse 
Achille, ancien patron de San-Antonio, a été kidnappé pour des motifs obscurs. Le célèbre détective, aidé par son fils qui vient de lui déclarer sa vocation de flic fils de flic, tentera de le retrouver. Sur la piste, il mettra au jour des histoires de chantage, de trafic de drogue et de tentative de coup d’État.

Roman policier solide dont l’intrigue est bien menée. Les indices nous sont révélés un à un, dans un ordre judicieux, de telle sorte qu’on ne peut refaire le puzzle au complet qu’à la toute fin.

Et comme d’habitude chez San-A, de l’action, des surprises et un style truculent et luxuriant.

Éditions Fleuve noir, Paris, 1993, 247 pages.

Note complémentaire : Ce roman est la suite d’Allez donc faire ça plus loin, dont la lecture ne semble pas nécessaire pour suivre et apprécier l’histoire.

Dard, Frédéric (San Antonio), Les cochons sont lâchés 
Certes, les scènes grivoises font partie du charme de San-Antonio. Mais lorsque, immanquablement, vous en trouvez une nouvelle chaque fois que se rencontrent deux personnes de sexe opposé (et encore, même cette restriction a failli sauter), un rien de lassitude vous gagne.

On sait pourtant que San-Antonio est capable de bons polars, où le contenu le dispute au contenant. Celui-ci ne fait d’ailleurs pas exception. Ne se trouve-t-on pas en face du classique cas du « meurtre en chambre close »? En fait, il n’y a rien à redire sur l’histoire, mais ne vous méprenez pas sur le fait qu’il s’agit d’un volume double : ce n’est pas l’intrigue qui est plus touffue.

En revanche, je trouve toujours irrésistible le langage argotique et extravagant de San-Antonio. Des néologismes comme dans « Les premiers accords [de tango] langourent dans la salle » ou « “La salope, c’est tout ce qu’elle méritait!” oraisonfunèbre-t-il », avouons que cela redonne des couleurs à notre bonne vieille langue française.

Il reste qu’on ne se trouve pas ici en présence d’un des meilleurs crus. Et puis, l’auteur y viole une condition élémentaire de tout bon roman policier : la vraisemblance. Franchement, Bérurier, un « appendice caudal » de quarante centimètres, vous y croiriez, vous?

Fleuve noir, Paris, 1991, 312 pages.

Dard, Frédéric (San Antonio), Du sirop pour les guêpes 
Évidemment, ce qui nous intéresse surtout chez San-Antonio, c’est son style argotique et son humour caractéristique; nous avons néanmoins aussi ici un récit intelligent et truffé de revirements de situations qui satisfera tout amateur de roman policier.
Dard, Frédéric, Un tueur (Kaput, c'est San-Antonio) 
Avant de se faire connaître par les péripéties du célèbre commissaire San-Antonio, Frédéric Dard a commis une tétralogie intitulée « Un tueur ». C’est l’histoire de Kaput, jeune criminel sans envergure qui s’évade de prison pour graduellement devenir un tueur invétéré et faire du slalom entre toutes sortes de trahisons et de situations extrêmes jusqu’à prendre la tête du réseau français de la drogue. Beaucoup de revirements de situations et intrigue bien menée dans la langue argotique caractéristique de l'auteur. Une sorte de roman policier à l’envers, qui nous donne un aperçu bien senti de ce que peut être la vie d’un criminel, et où le héros surhomme qui nous rappelle qu’au fond, on est toujours seul, est cette fois du « côté obscur »...
David, Michel, La poussière du temps 
Il s’agit ici du premier tome de ce qui est appelé à devenir « une grande saga du Québec du XXe siècle ». Au début des années 40, Jeanne Sauvé (pas la gouverneure générale, une simple jeune fille de Saint-Joachim) fait la rencontre de Maurice Dion, jeune homme vivant dans l’est de Montréal. Après des fréquentations qui ne leur permettent pas vraiment de se connaître (en raison non seulement des moeurs de l’époque, mais aussi carrément de la distance), ils décident de se marier. Jeanne, le coeur plein d’espoir, quitte alors la chaleureuse ferme familiale pour emménager dans une chambre en ville avec un mari qu’elle découvre insensible et acariâtre. À partir de ce moment, les saisons se succèdent, et l’on assiste aux vicissitudes du couple, dont la famille s’agrandira de cinq enfants (au grand dam de Maurice, qui y voit chaque fois un fardeau financier et qui en fait le reproche à sa femme) et déménagera à trois reprises, jusqu’au tournant des années 50.

Il est entendu qu’une chronique ne peut jamais être complète et que l’auteur doit faire des choix. L’auteur, somme toute, réussit bien à nous replonger dans la vie urbaine des années 40, à une époque (et dans un milieu) où les appartements étaient grands comme une main et où l’achat d’un réfrigérateur relevait du luxe. On peut toutefois s’étonner de le voir nous mettre constamment sous les yeux la vie quotidienne de Jeanne, aux prises avec la charge des enfants et avec un mari égoïste, sans trop sembler se préoccuper de la vie extrafamiliale du mari en question, qui doit travailler 10 heures par jour pour un salaire de crève-faim. Pas de doute, l’auteur a connu l’époque qu’il décrit, mais il a connu aussi le féminisme qui l’a suivie.

Certains déploreront peut-être aussi le caractère plutôt neutre du style, qui relève plus du constat et de la description linéaire que du récit personnalisé. Les personnages sont bien campés, mais jamais on ne s’appesantit sur leur sort; certains verront dans cette caractéristique une occasion ratée de pousser plus loin la réflexion sur la condition humaine et sur toute une époque; d’autres se réjouiront de trouver ici un roman-vérité sans prétention où le récit ne piétine jamais et dont les 457 pages, il faut le dire, se lisent d’une traite.

Hurtubise HMH, Montréal, 2005, 457 pages.

Delorme,  Hermann, Crois et meurs dans l’Ordre du temple solaire 
L’auteur a été membre de l’Ordre du temple solaire (OTS) mais en est sorti un peu avant les massacres et suicides collectifs de 1994 et 1995. Il livre ici un témoignage très personnel, voire touchant, sur son cheminement, en s’interrogeant honnêtement sur les causes de cette adhésion aveugle à une secte dont il voit aujourd’hui toute la supercherie.

Tout l’intérêt du livre réside dans cette candeur et cette connaissance intime de la secte. Malheureusement, l’auteur se laisse parfois aller à énoncer des généralités qui diluent le récit. Personnellement, j’aurais aimé une analyse encore plus approfondie de ce qu’il a vécu, et aussi de la personnalité des chefs de la secte, qu’il a côtoyés personnellement. De plus, le style m’a paru peu structuré et assez simpliste par moments. Mais il faut dire qu’on trouve dans le livre de nombreuses observations lucides sur l’épanouissement personnel et des informations intéressantes sur les rouages et la réalité concrète de l’OTS. Et on ne peut qu’être reconnaissant à l’auteur – qui n’est évidemment pas écrivain – d’avoir eu le courage de partager cette expérience.

Il y a aussi en annexes plusieurs détails précis (certains m’ont littéralement donné des frissons) sur les meurtres et suicides, ainsi que de longs extraits très révélateurs de textes de doctrine de l’OTS.

Dépatie, Andy, De pathétique à athlétique... à 60 ans 
Ce qui m’a amené à acheter ce livre, ce sont les deux photos impressionnantes qu’on y trouve en plein milieu : « avant » et « après ». Avant : un Andy Dépatie « pathétique », plus que bedonnant, à 236 livres; après : un Andy Dépatie véritablement « athlétique », bien musclé, à 166 livres. Cette transformation remarquable a eu lieu en seize mois : quatre mois de régime pour perdre une cinquantaine de livres; puis douze mois d’entraînement intensif, à raison de une heure et demie par jour, pour remodeler son corps. C’est le cadeau qu'Andy Dépatie voulait se faire pour ses soixante ans. La rédaction de ce livre faisait d’ailleurs partie de son « plan » : il veut en effet encourager le plus de monde possible à l’imiter, en prouvant que l’atteinte de ces résultats est possible, même à l’aube de la soixantaine.

Andy Dépatie est un hommes d’affaires de la région de Québec. Son livre est écrit dans une langue simple agrémentée d’une bonne touche d’humour. Il y raconte son expérience en détail et en toute candeur. Ainsi, dans sa vie, c’est la quatrième fois qu’il dépasse 230 livres pour retomber ensuite à moins de 180 livres. Mais c’est la première fois qu’il complète son régime d’amaigrissement – dont il livre sa recette personnelle – par un programme aussi systématique de mise en forme. Et c’est bien honnêtement qu’il déclare ne pas pouvoir garantir, comme certains le lui rappellent cruellement, qu’ils ne reprendra plus jamais de poids. L’état de « gros », rappelle-t-il, est comme celui d’alcoolique : c’est une bataille de tous les instants qui n’est jamais gagnée d’avance.

Un livre inspirant par un auteur sympathique et sans prétention.

Éditions de l’homme, Montréal, 2005, 219 pages.

De Mello, Anthony, Quand la conscience s'éveille 
Anthony De Mello (1931-1987) était un prêtre jésuite originaire de l’Inde. Voici ce qu’il nous dit dans son livre : « La plupart des êtres sont assoupis et ils l’ignorent. Tous les mystiques sont unanimes : ils disent que tout va bien, que tout va très bien [dans le monde]. La confusion règne, mais ils prétendent que tout va bien. Quel étrange paradoxe! Mais ce qui est tragique, c’est que la plupart des gens ne verront jamais que tout va très bien car ils dorment. Ils sont en plein cauchemar. »

Le deuxième malheur, c’est que malgré toute sa bonne volonté, Anthony De Mello ne peut pas vraiment nous « réveiller ». Tout ce qu’il peut faire, c’est nous montrer que nous dormons. Essayer de nous montrer toutes les illusions que nous prenons pour des réalités. Il le fait par toutes sortes d’analogies et de propos inspirants. Quant à l’état de conscience, on ne peut pas plus l’expliquer à un être endormi qu’on peut expliquer ce qu’est le vert ou le rouge à un aveugle.

Même soi-même, on ne peut faire d’effort conscient pour se réveiller. Il n’y a pas de « programme de travail » pour y arriver. Tout ce qu’on peut faire, c’est observer notre sommeil, et l’éveil vient tout seul. Je le crois. En attendant, les enseignements et les anecdotes d’Anthony De Mello me font du bien.

Éditions Bellarmin (Montréal), 1994; Desclée de Brouwer (Paris); 233 pages. (Bien) traduit de l’anglais par Paule Pierre.

Note webographique : On peut entendre Anthony De Mello animer le début de l’atelier dont est inspiré le livre dans le site du We & God Spirituality Center (cliquer sur « Wake Up To Life » dans l’encadré de droite, sous « Listen to Audio Samples »).

Deschaussées, Monique, L'homme et le piano 
L'auteure enseigne le piano dans les grandes écoles de musique d'Europe. Son livre s'adresse aux pianistes. Au début, elle s'attarde à la réalité physique du musicien, aspect fondamental qu'elle trouve trop souvent négligé : travail et rôle des doigts, des poignets, des bras, etc. Elle expose ainsi une approche qu'elle a apparemment développée elle-même à partir de recherches et au fil de son expérience. Par la suite, elle ouvre sur des considérations « supérieures » relatives à la nature du virtuose et de l'« artiste ».

Tout en frisant une dimension mécanique dans la première partie et métaphysique dans la deuxième, l'auteure s'en tient toujours à une langue simple et claire, sans artifices.

En tant que pianiste (amateur), je peux dire que ce livre m'a été utile en faisant évoluer mon rapport à mon instrument de façon immédiate et concrète. L'ouvrage a toutefois son côté décourageant, car il nous fait voir le côté extrêmement exigeant d'un art dont on ne pourrait atteindre le summum qu'au prix d'un travail acharné.

Éditions Van de Velde, Fondettes, 1982, 116 pages.
  

Réaction d'un lecteur

Intéressant votre petit texte sur L'homme et le piano de M. Deschaussées. 

Par contre, votre bémol sur votre découragement en réalisant les difficultés de l'art me surprend un peu; de même que votre référence au « travailacharné ». Jamais M. Deschaussées n'y fait référence. Au contraire, elle s'en éloigne le plus possible. Peut-être n'avez-vous pas compris l'essence de son discours, pourtant si clair. 

CHI pour Jean Desmarais 
Desroches, Henri-Charles, Signification du marxisme 
Singulière entreprise qui consiste à vouloir faire marcher main dans la main marxisme et christianisme! Henri-Charles Desroches y croit, et sa démonstration ne manque pas d’impressionner. Il fallait d’abord reconnaître le bien-fondé de la notion d’« aliénation religieuse » dénoncée avec raison par Marx, mais ce que celui-ci n’a pas pu faire, n’étant pas croyant, c’est de voir que l’aliénation n’est pas une conséquence obligée de la religion : elle n’en est qu’un effet pervers possible, ou plus exactement, une déformation ou une forme infantile. Ainsi, Marx a aussi dénoncé l’aliénation par le travail, mais il n’en conclut pas que le travail n’existe pas, ni qu’il faudrait l’abolir!

En fait, les parallèles que présente l’auteur entre la pensée de Marx et une démarche religieuse adulte sont assez étonnants. Comme quoi les grands esprits, si on sait s’y prendre, finissent toujours par se rencontrer... de gré ou de force! Il faut dire que Desroches connaît parfaitement son sujet, ce qu’il montre en citant à pleins paragraphes des extraits de tel et tel livre de Marx ou d’Engels et en faisant des liens qui étourdissent parfois. Un des aspects les plus intéressants de la démarche de l’auteur réside dans son approche... dialectique, selon laquelle il n’est pas question de définir dans l’absolu comment marxisme et christianisme peuvent s’accorder, mais plutôt à ouvrir l’esprit pour le mettre en marche dans un dialogue et découvrir à mesure où ce périple peut nous mener, ce qui est en soi tout à fait conforme à l’esprit de Marx.

Notons toutefois que Desroches est un érudit et que ses propos ne sont pas à la portée du premier venu. En effet, malgré leur intérêt indéniable, il faut avouer que certains passages pourraient avoir un effet soporifique même chez le lecteur le plus déterminé...

Les éditions ouvrières, Paris, 1949, 247 pages, suivi d’une impressionnante « Bibliographie d’initiation » commentée des oeuvres de Marx-Engels d’une cinquantaine de pages, puis d’une non moins impressionnante « Bibliographie complémentaire » commentée des ouvrages des mêmes auteurs d’environ 25 pages, le tout par Charles-François Hubert .

Dostoïevski,  Fédor, Crime et Châtiment 
D’après Rodion Romanytch Raskolnikov, il existe une catégorie de gens supérieurs qui peuvent accomplir des actes considérés normalement comme criminels ou immoraux, mais sans ressentir de remord, et même mieux : d’une façon utile à l’humanité, de telle sorte qu’il serait ridicule de les leur reprocher. Exemple par excellence : Napoléon.

Raskolnikov aimerait bien être de cette race. Aussi résout-il d’assassiner une vieille usurière avare, en partie pour se le prouver. Mais la suite des événements, dans sa tête comme dans la réalité, lui montrera bien vite qu’il a peut-être fait fausse route.

L’idée de fond est très intéressante. Plusieurs personnages et situations attirent notre intérêt et reprennent chacun à leur façon, sous un angle différent, cette problématique du crime et du châtiment. J’ai tout de même trouvé de nombreuses longueurs dans ce roman de plus de 600 pages. Ces longueurs sont vraisemblablement attribuables au fait que le roman a été conçu comme un feuilleton, mais aussi à l’intention de l’auteur, qui veut créer une atmosphère de tension et nous faire plonger dans l’univers psychologique du protagoniste. Au-delà de plusieurs passages dignes d’intérêt, on ne peut pas dire que j’aie trouvé captivants ni le style ni le déroulement de l’action dans l’ensemble.

J’ai commencé le roman dans la traduction de V. Volmane (éditions Métro), et je l’ai terminé dans la traduction de P. Pascal (Flammarion), que j’ai trouvée meilleure.

Doyle, Robert (sous la direction de), Développez votre créativité
Bon petit livre faisant sommairement (140 pages) le tour de la question de la pensée créative dans la vie personnelle et au travail. Description des principales théories en la matière (Edward de Bono, Alex Osborn) et surtout, très nombreux exemples et exercices illustrant ces théories.

Le livre est d’une présentation très vivante, avec beaucoup d’illustrations et de très nombreux encadrés explicatifs. Une personne qui veut développer sa créativité y trouvera sûrement un bon nombre d’idées utiles et une bonne source de motivation, voire peut-être un réel outil de formation. J’ai cependant perçu un côté « recette » typiquement américain qui m’a un peu agacé (Éditions Time-Life).

Dubreuil, Jean-Paul, L'Église de scientologie : facile d'y entrer, difficile d'en sortir... 
On pourrait s'attendre, en ouvrant ce livre, à y trouver le récit d'un naïf qui a cru aux promesses de l'Église de scientologie et dont les yeux se sont ouverts à l'extrême limite, ou à la faveur de l'intervention de sa famille ou de ses amis. C'est plus complexe que cela. En effet, c'est surtout la femme de l'auteur qui a été « accro » de la scientologie, et lui, prêt à tout faire pour préserver son mariage, s'est laissé manipuler jusqu'à se couvrir de dettes, à vendre sa ferme et à se rendre à la « Sea Org » (siège social canadien de l'Église de scientologie à Toronto) y vivre une vie d'enfer.

Il n'empêche que, un temps, il y a cru aussi, et surtout, il a connu de l'intérieur ce monde fou où l'on possède des techniques étourdissantes pour soutirer des milliers de dollars à des gens de bonne foi, puis à détruire leur être par une règle de vie axée sur la culpabilisation et le lavage de cerveau où l'individualité n'a aucune place. Le livre décrit très bien ces rouages.

Ce livre publié à compte d'auteur a valu à ce dernier une lettre de son fils : « Parce que tu as [...] communiqué tes désaccords envers l'Église de Scientologie, [...] j'ai décidé de ne plus avoir de communication avec toi. »

Ducharme, André, L'homme en morceaux 
Rimbaud Ringuet vient d’être largué par son amour. « Tu m’encombres », lui a-t-elle lancé dans un style presque télégraphique qui reste tout le long du livre. De là, Rimbaud déprime, cherche à s’en sortir, ne trouve aucune porte, se perd dans ses pensées : la mystérieuse Riva, la dureté de Riva, le sexe de Riva, la désinvolture de Riva, le père de Rimbaud, la mère de Rimbaud, la sœur de Rimbaud... Puis arrive Poudrette Pigalle, qui ne parle que par énigmes et qui tentera tant bien que mal de sortir notre héros de son marasme.

Le style d’André Ducharme est assez personnel. Malheureusement, Rimbaud ne comprendra jamais ce qui lui arrive, alors il a peu à livrer à son lecteur, sauf des souvenirs et des pensées impressionnistes où le sexe a la louche habitude de surgir à propos de tout et de rien.

« Deviens un homme », lui a dit Riva en le mettant à la porte. À la recherche d’un refuge qui n’existe pas, perdu en spirale dans sa tête, empêtré dans sa propre dureté envers lui-même, Rimbaud ne sait pas trop ce que ça peut vouloir dire, ni s’il y arrivera. Nous non plus.

Leméac, Montréal, 2003, 140 pages.

Dumas, Germain, L'écorché vif
André Bilodeau vient de perdre sa mère. Il profite de ce tournant dans sa vie et dans celle de son père vieillissant pour aller visiter ce dernier et tenter de découvrir qui se cache derrière cet homme apparemment insensible, en affaires comme dans sa vie familiale.

C’est ainsi qu’on apprendra avec André les grands drames de la vie de Charles, à commencer par la mort de sa propre mère, quand il avant douze ans, puis la fin tragique de son premier mariage, sa participation sur le terrain à la libération de la France en 1944 et sa rencontre avec celle qui deviendra la mère d’André.

L’intention de l’auteur est fort louable. Bien des gens, sans doute, se reconnaîtront ou reconnaîtront leur père dans cet homme bourru qui a simplement le handicap de ne pas savoir se dire. Cependant, ce portrait et le style restent malheureusement au niveau du cliché plat. Je n’ai été ni touché par la « vérité » de cet homme, ni intéressé par les recoins de son histoire. De plus, l’auteur choisit un procédé stylistique qui s’avère trop souvent déroutant pour paraître judicieux : c’est André qui narre, mais au « tu » (en s’adressant à son père) et ce, même si les faits rapportés le sont généralement soit par le père lui-même, soit par Hervé, meilleur ami de Charles, qui passera de longs moments seul avec André.

JCL, Chicoutimi, 2001, 235 pages.

Note : Pour lire un récit sur un sujet semblable mais abordé sur un ton tout à fait différent et dans un style enlevé et original sans être dénué de profondeur, on s’en remettra plutôt aux Yeux du père de Guy Lalancette.
 

Dupoy, Georges, La chute d'Allende
Pour la première fois dans l’histoire du monde, au Chili, en 1970, un gouvernement socialiste accédait au pouvoir par la voie démocratique, sous la gouverne de Salvador Allende (qui avait déjà brigué la présidence en 1952, 1958 et 1964). À l’euphorie de la première année succédera le chaos économique et social. En 1973, le général Augusto Pinochet rétablira l’ordre par un coup d’État. Allende y laissera courageusement sa vie.

L’auteur, journaliste français, compte à son actif de nombreux séjours au Chili, dont plusieurs pendant les moments cruciaux de cette histoire. Il nous raconte presque au jour le jour ces trois années peu banales où le pays renonce graduellement à sa solide tradition démocratique (vieille de 150 ans), en raison des faux pas du gouvernement et du jeu démocratique même.

On voit tout à la fois les dimensions sociales, politiques, économiques et stratégiques de la chute d’Allende. Sans qu’il y ait rien de superflu, la description minutieuse, tout à l’honneur de l’auteur, découragera peut-être le lecteur moins avide de détails.
 



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