François Lavallée > Le critique > Livres > H-I-J
| Halpern, Howard M., Adieu - Apprenez à rompre sans difficulté |
Il est des gens qui savent au fond d'eux-mêmes que leur relation amoureuse les détruit, mais qui se voient incapables de rompre cette relation parce qu'elles se sentent trop faibles ou pour d'autres raisons émotives. Ce livre aide ces gens à voir plus clair en expliquant les causes de cette situation et en proposant des solutions concrètes. L'ouvrage est émaillé d'exemples tirés de la pratique de thérapeute de l'auteur. Qualité de traduction assez faible, mais livre tout de même à conseiller si vous voulez apprendre à mieux comprendre ce que vous êtes comme amoureux.
| Head, Bessie, La femme qui collectionnait des trésors - et autres récits du Botswana |
Née en Afrique du Sud, Bessie Head (1937-1986) a passé la majeure partie de sa vie en exil au Botswana. Dans ce recueil de nouvelles, elle raconte la vie quotidienne des villages de ce pays. Parmi les principaux thèmes abordés, notons la vie conjugale, la condition de la femme, et cette espèce de culture hybride dominée par la christianisation triomphante mais où percent toujours, surtout chez les plus âgés et les moins instruits, des relents de la culture et de la religion traditionnelles. En filigrane, les commérages de village, les effets de la civilisation occidentale (et de l'Indépendance en 1966) et les institutions ancestrales.Le ton est extrêmement simple : on a l'impression de se faire raconter une histoire au coin du feu. En tant que Nord-Américain, à la lecture des récits, autant j'ai été fasciné par les différences de culture et de contexte, autant j'ai été frappé par la similitude des problèmes sociaux et humains.
Oh! et en passant, les trésors que collectionne la femme dont il est question dans le titre, ce ne sont pas des coquillages ni des bouchons de Pepsi, mais bien de rares moments de réconfort et de chaleur humaine malgré un destin par ailleurs éprouvant...
Éditions Zoé, Carouge-Genève, 1994, 195 pages (traduction Daisy Perrin).
Original : The Collector of Treasures - and Other Botswana Village Tales, Heinemann, Londres, 1977.
| Hergé, Tintin au Tibet |
J'ai lu tous les Tintin, peut-être des dizaines de fois, dans mon enfance.Une vignette demeure nettement ma préférée, parmi les milliers qu'on trouve dans cette série.
C'est celle-ci :
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Toute ma vie, j'ai rêvé faire un jour comme le capitaine Haddock.
| Herman,
Edward S. et Noam Chomsky,
Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media |
Les États-Unis sont convaincus d’avoir une presse libre et indépendante d’esprit. On a même accusé les médias d’avoir fortement contribué à la défaite de la Guerre du Vietnam par leur regard critique sur l’action gouvernementale pendant cet épisode traumatisant de l’histoire de ce pays.Pourtant, les grands médias états-uniens se comportent comme dans un pays totalitaire, se conformant invariablement à la propagande des autorités politiques de leur pays. Dans un chapitre mémorable de cet ouvrage, les auteurs comparent le traitement médiatique des élections ayant eu lieu dans la première moitié des années 80 au Salvador et au Guatemala, où l’on a constamment cherché à légitimer un processus électoral vicié à la base – ne serait-ce que par le recours systématique à la terreur de la part des gouvernements appuyés par les États-Unis – et de celles qui se sont déroulées au Nicaragua à la même époque, beaucoup plus conformes aux critères de la démocratie mais discréditées d’emblée parce que les dirigeants étaient hostiles aux États-Unis.
Dans un autre chapitre qui prend une couleur particulière à la suite des attentats du World Trade Center, les auteurs parlent de “worthy and unworthy victims”, c'est-à-dire de « victimes valables et victimes négligeables ». On y apprend entre autres que dans une période donnée, le New York Times a consacré 78 articles à Jerzy Popieluzko, prêtre polonais assassiné par la police de son pays en 1984, contre 49 au total à près d’une trentaine de religieuses et religieux assassinés par les pouvoirs politiques en Amérique latine, y compris Oscar Romero, archevêque d’El Salvador.
De même, si les médias états-uniens ont critiqué l’engagement des États-Unis au Vietnam à partir de 1967, aucun n’a jamais remis en question le fait que cette intervention avait pour objet de « protéger » les Vietnamiens du Sud contre l’« agression » du Nord, alors que l’analyse des faits permet de constater que le but des États-Unis était d’éviter la concrétisation d’un accord international prévoyant des élections libres qui auraient donné la victoire aux forces de gauche, que la vaste majorité des Vietnamiens du Sud considérait les États-Unis comme un agresseur et que ce sont les États-Unis, et non les forces communistes, qui ont complètement décimé la population, la végétation et les cultures du Vietnam du Sud.
Le livre est truffé de faits, d’exemples concrets et de démonstrations qui montrent à quel point les médias restent près de la rhétorique du pouvoir au lieu de jouer les chiens de garde comme ils se vantent de le faire. Le premier chapitre explique ce comportement – parfois instinctif, parfois malhonnête – par divers facteurs, dont la propriété des médias de masse, les mécanismes du libre marché et l’influence de l’idéologie dominante.
Pantheon Books, New York et Random House, Toronto, 1988, 412 pages, notes et index compris.
| Hugo, Victor, Les misérables |
Un monument de la littérature française. Les Misérables, c'est le roman du sublime. Tous les personnages - je dis bien tous - ont leur moment de grandeur, de sacrifice, de transcendance. Hugo sait voir et nous montrer la noblesse dans l'homme. Trois tomes, c'est long, mais on aurait envie de les lire deux fois. Il y a certes de longues digressions, mais jamais des longueurs. Témoin ce long mais spectaculaire récit de la bataille de Waterloo, qui sert uniquement à introduire le personnage de Thénardier…À lire si on veut voir l'être humain d'un autre œil.
| Hugo, Victor, Les travaileurs de la mer |
Hugo est véritablement un monument de la littérature française. L'intrigue de ce livre tient en deux lignes : un homme marginal décide d'aller récupérer un navire échoué en plein milieu de la Manche pour avoir la main de celle qu'il aime. Mais les descriptions! Plusieurs personnes aujourd'hui évitent les livres du XIXe siècle parce qu'elles trouvent que les descriptions y sont interminables. Mais il faut essayer un livre de Hugo pour comprendre à quel point une description peut être une nourriture de l'âme. Chez Hugo, pas une phrase, pas un mot n'est pas un coup de massue. Ainsi, la première phrase de ce chapitre où il décrit la pieuvre que son personnage affrontera: «Pour croire à la pieuvre, il faut l'avoir vue.»Et à cette dimension magistrale de la langue, Hugo ajoute une profondeur humaine inégalable. Ses personnages sont beaux, nobles, grands, profonds, les descriptions des choses, des gens et des événements y sont plus grands que nature, mais pas en ce sens qu'il les embellit : en ce sens qu'il nous montre ce qu'il y a de grand en eux, et que nos petits yeux du quotidien n'auraient pas vu sans son regard pénétrant et sa plume affinée. Dans mon édition, ce roman est précédé de L'archipel de la Manche, dont l'intrigue est encore plus mince, mais où les descriptions n'en sont que plus étourdissantes.
| Jacquard, Albert et Axel Kahn, L'avenir n'est pas écrit |
Ces livres écrits par des scientifiques ne sont pas toujours faciles à suivre. Sont-ce les dons de vulgarisation qui sont en cause, ou simplement le degré de difficulté du sujet... voire l’état d’esprit du lecteur?Certains messages de cet ouvrage (qui prend la forme d’une entrevue par Fabrice Papillon et d’un dialogue entre les deux grands généticiens) sont clairs. Par exemple, le racisme n’a aucun fondement biologique, malgré certains courants de pensée qui voudraient le faire croire encore aujourd’hui. Ou encore, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure de l’avènement des OGM, du moins pas dans le sens où l’entend généralement le public.
Sur d’autres sujets, comme le clonage, eh bien, disons que cela paraît un peu plus compliqué. Enfin, l’intérêt de certaines autres questions abordées, surtout dans la première partie du livre (l’apparition de la vie est-elle le résultat d’un processus continu ou d’un « saut » dans l’évolution?) ne m’a pas paru évident.
À lire si l’on s’intéresse aux dernières découvertes dans le monde du génie génétique et à leurs implications idéologiques et sociales. Et si on a une bonne capacité de concentration.
Bayard, Paris, 2001, 254 pages.
| Jacques, Alain, et Claude Landry, Réflexions éthiques contemporaines |
Voilà un bon compendium des questions éthiques qui se posent à nous en ce début du XXIe siècle. La liste en estinspirante : individualisme, néolibéralisme, société de consommation, multiculturalisme, éthique des affaires... Onze rubriques en tout, destinées à des étudiants du cégep.L’ouvrage est bien construit : pour chaque chapitre, on a une description sommaire du problème, le pour, le contre, des
« travaux pratiques » prenant la forme de questions devant susciter la réflexion, et enfin un« débat par lestextes » où se côtoient des auteurs de toutes époques et de toutes tendances, depuis Aristote jusqu’au ministère de la Justice du Canada, en passant par Rousseau, Hegel, Illich et bien d’autres.Curieusement, ces Réflexions n’en restent pas moins un ouvrage aride. Les descriptions manquent d’exemples concrets, de chiffres, voire de questions provocantes, et la pertinence des citations de fin de chapitre n’est pas toujours évidente. Utilisé par un professeur compétent, il constituera sûrement un manuel de base utile. Mais tel quel, le livre n’a sans doute pas été conçu pour sortir de la salle de classe.
Point de fuite, Montréal, 2004, 228 pages.
| Jimenez,
Vanis, Le silence de Mozart |
« Cassette n° 10-40 des enregistrements du frère Laurier, né Guy Ménard :
« [...]
« Dernier amour de ma jeunesse
« Venez à moi, petits enfants
« Je veux de vous une caresse
« Pour oublier, pour oublier mes cheveux blancs...
« [...] Attention! Si jamais je fredonne les paroles de cette chanson, je suis suspect, et je passerais pour un maudit cochon si on m’entendait! Pourtant, qu’elle est belle, cette chanson! »C’est toute une épopée que nous raconte Vania Jimenez dans ce beau roman plein d’émotion.
Tout d’abord, une histoire de famille qui se déroule sur quatre générations : Mozart Ménard perd sa femme dans les années 30 et se voit obligé de confier ses deux enfants de 8 et 4 ans, Guy et Louis, à l’orphelinat, sinon sa belle-famille peu bienveillante lui en ôtera la garde. Guy deviendra le frère Laurier, mais il perdra la trace de son petit frère, Louis, adopté à la fin de son adolescence par un couple belge immigrant au Québec. Le personnage principal du roman, Michel Adler, est le fils de Louis. Mais il l’ignore pour le moment, car il ne sait rien de l’enfance de son père, qu’il a connu sous le nom de Luis Adler (patronyme de la famille adoptive). Quant aux petit garçon de Michel, Alexis, du haut de ses six ans, il sait encore moins qu’il a les yeux gris clair de son grand-père Louis.
À travers les récits qui s’entrecroisent, on en apprend beaucoup sur la vie quotidienne des orphelinats des années 30 et 40... mais attention, il n’est pas question ici des histoires d’horreur dont on entend parler depuis vingt ans, et qui semblent être les seuls récits qu’on puisse tirer de cette époque aujourd'hui. Et pourtant, comme le souligne le frère Marcel dans son récit, si ces abus sont inexcusables, ils ne constituaient pas la norme, et ils occultent l’essentiel, l’esprit de ces oeuvres religieuses. Qui peut donc, aujourd’hui, juger de ce que c’était, à l’époque, de s’occuper d’une orphelinat de 450 garçons dont personne ne voulait, dans des conditions de pauvreté qu’on ne peut même pas s’imaginer à peine deux générations plus tard?
Et au-delà de tout cela, une histoire touchante, celle de Michel, un pianiste toujours tourmenté sans trop savoir pourquoi, que sa femme vient de plaquer parce qu’elle a besoin d’une autre vie, et qui découvrira par hasard les morceaux qu’il lui faut pour recoller son passé, combler la brèche entre les générations.
Montréal, Québec-Amérique, 2005, 377 pages.
| Job, Armel, Le conseiller du roi |
Nous sommes en 1950. Henrik Gansberg van der Noot, conseiller du roi des Belges Léopold III, a séduit une fille « du peuple » qui a au moins trente ans de moins que lui. Apprenant, quelques semaines plus tard, qu’elle est enceinte, il propose de l’héberger, avec l’enfant, dans la résidence secondaire où, depuis longtemps, il se retire loin de sa femme et de ses enfants toutes les fins de semaine. Un soir, il s’en prend à un rôdeur, qui s’étend raide mort sur son gazon. Que faire?Armel Job maîtrise son art. En fait, on pourrait presque dire qu’il réussit le tour de force de nous offrir une saga en moins de 300 pages. Les personnages sont relativement nombreux (bien qu’on ne s’y perde jamais), et de chapitre en chapitre, on découvre toujours de nouveaux pans de leur histoire personnelle, et souvent de nouveaux liens entre eux, qui leur donnent de la profondeur et éclairent constamment sous un jour nouveau une histoire dont la forme et le sens ne cessent jamais d’évoluer et d’attiser notre intérêt. Quant au style, il est relevé, imagé et vivant.
Comment expliquer, dès lors, le non-enthousiasme global qui m’habite après avoir refermé le livre? Peut-être par cette petite phrase trouvée en quatrième de couverture : « Armel Job a enseigné pendant vingt ans avant de se mettre au roman. » Cela rappelle la quatrième de couverture des Soupirs du cloporte, à propos de Pierre K. Malou
f : « R etraité de l’enseignement en 2000, il consacre à l’écriture les années qui lui restent. » Comme si l’écriture était un robinet qu’on peut tenir sagement fermé jusqu’à ce que notre carrière nous permette de nous y consacrer. À son correspondant, pour déterminer si celui-ci était un vrai écrivain, Rielke a demandé : « M ourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire? » Ce roman a-t-il été écrit sous une l’impulsion irrésistible d’écrire ou parce que son auteur a décidé de
« se mettre au roman »? Loin de moi l’idée de faire un procès d’intention à l’auteur. Je tenais seulement à mettre le doigt sur la seule chose qui manque dans ce roman amusant, bien construit et sans défauts. Si, comme moi, on lit Stéphane Bourguignon juste après, on comprend tout de suite.Robert Laffont, Paris, 2003, 269 pages.
| Jolicoeur, Louis, Le siège du Maure |
Louis Jolicoeur aime Grenade. Louis Jolicoeur aime le voyage, l’exotisme, le rêve. Il aime le souvenir aussi, tellement que son plaisir de se retrouver en un lieu en un temps se mêle souvent avec le plaisir de s’imaginer plus tard en train de se remémorer ce souvenir.Tout cela se mélange dans Le siège du Maure, récit qu’il a rédigé sur la table d’un café d’une place quelconque de Grenade – aime-t-on à croire – pendant son séjour là-bas.
L’auteur est en effet allé passer un an en Andalousie (c’est à peine s’il dit parfois « l’Espagne »), avec sa femme et ses trois jeunes enfants, pour enseigner. Il nous fait part d’ailleurs du rythme effréné des premières semaines, période d’adaptation éprouvante marquée de surcroît par un événement tragique : le décès de son père, dans la lointaine Québec où il devra retourner pour un temps.
Et pourtant, malgré toute cette agitation, le livre est écrit en entier sur un mode détendu, rêveur, intime. L’auteur ne manque pas de souffle. Il nous entraîne voluptueusement, sans même nous demander un effort, dans ses longues phrases et ses belles descriptions (de paysages, de souvenirs, de rencontres humaines) où se mélangent savamment le réel et le personnel. Son style et son ton m’ont rappelé Camus, dans L’été, où le grand auteur français nous raconte Oran. Est-ce l’ambiance arabe qui inspire ainsi l’écrivain et l’aide à changer de rythme pour s’abandonner au moment présent et aux souvenirs, aux couleurs et aux odeurs?
Le père de Louis Jolicoeur, lui aussi grand voyageur, n’avait pas une très haute opinion de l’Espagne. Lui était passionné par l’Italie, summum de civilisation et de raffinement à ses yeux. En guise de message d’adieu, l’auteur entreprend ici de lui dire les beautés de l’Andalousie, non pas pour faire vaincre un pays sur l’autre, mais comme dernier moyen de rapprochement filial. Il prend un plaisir presque sensuel à nous décrire les atmosphères et l’histoire de ces contrées, et ne serait-ce qu’à énoncer les noms de lieux : l’Alhambra, l’Albaycín, la côte Gomérez, qu’il susurre chaque fois comme on effleure du bout du doigt la peau d’une femme que l’on aime voir frémir. Il raconte entre autres l’histoire de Boabdil, dernier roi maure qui a cédé la ville aux rois catholiques en 1492 pour en éviter la destruction par la guerre. « Le comble de la beauté par l’échec, ou de la beauté de l’échec. »
Quand on chante avec tendresse la beauté de l’échec, c’est qu’on sait voir la beauté partout. Quel privilège de profiter de ces yeux et de cette plume pour goûter Grenade!
L’instant même, Québec, 2002, 122 pages.
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