Dans un article du journal La Patrie, pour célébrer les 35 ans du parc, monsieur Edgard Méthot relate que la fondation fut « un projet mûrement réfléchi».
L’idée du parc dans le nord de l’île n’est pas saugrenue si on regarde le développement de la région. La population se rapproche rapidement du million avec les villes avoisinantes. Cartierville ayant déjà la faveur des citadins pour son cachet riverain amène naturellement les gens à se rendre dans ce lieu de villégiature. Déjà y est érigé les réputés Clubs canotage de Cartierville, aussi en anglais, The Cartierville Boating Club, fondé en 1904 par M. Hugh Paton et celui du Polo BACK River à Cartierville. La gare du train de Cartierville est située seulement à quelques pas.
Depuis longtemps déjà, les gens bénéficient d’un accès privilégié à la rive nord par le pont Lachapelle plus connu autrefois sous celui de l’Abord à Plouffe. La situation géographique du futur parc se voit donc le site par excellence.
Depuis 1896, un tramway dessert déjà Cartierville et son bout de ligne se situe à l’entrée du parc. Un second terminus en 1926 contourne les rues Ranger, boulevard Gouin, Grenet et De Mesy. Entre 1915 et 1930, le parc automobile québécois passe de 10,112 à 178,548 voitures. Ce sont des éléments très importants pour le futur succès du développement du parc.
Effectivement, les quatre actionnaires achètent plusieurs terrains et une vieille maison aux murs de pierre qui se dressaient sur le terrain du docteur Daniel-Eugène Lecavalier, tout près de la rivière des Prairies. La famille Lecavalier possède depuis plusieurs générations des terrains à Ville St-Laurent et plus particulièrement au village de St-Laurent qui sera baptisé plus tard Cartierville. Le grand-père du Docteur Lecavalier a été maire pour le village de St-Laurent et un de ses oncles est Narcisse Lecavalier, connu comme député conservateur dans Jacques Cartier en 1867, réélu en 1871, 1875, 1878 et sans opposition en 1881. Bref, une famille qui semble aisée.
Dr D.E. Lecavalier
Dans la correspondance de Cartierville, le Dr D. E Lecavalier dépose une plainte pour le rôle d’évaluation des terrains qu’il possède. Le terrain du futur parc Belmont en 1915 sera évalué après plainte à $ 25,000 soit
$ 5,000 de moins que la précédente évaluation.
Le docteur possède aussi d’autres terrains importants. Il fut propriétaire entre autres des lots 28, 29 et 33 pour une valeur de $ 40, 000. 00 .
Les lots 28, 29 et 33 deviendront le futur parc Raimbeault qu’on connaît actuellement.
D’après un autre article en 1973 pour le cinquantième anniversaire du parc, il semblerait que ce terrain fut à l’origine “un terrain marécageux”. Je note également dans les minutes et correspondance de Cartierville en ce qui a trait au terrain du docteur, qu’on nous informe que ce terrain serait susceptible de comporter un certain danger de s’y aventurer.
On peut lire dans le procès verbal de 1916, qu’on ordonne au propriétaire Dr Lecavalier de bien vouloir clôturer le terrain qui donne accès à la nouvelle rue St-Léon où on vient tout juste d’y installer les égouts.
Je remonte présentement la chaîne des titres du terrain du Parc Belmont jusqu’au début des seigneuries. Les Messieurs de Saint-Sulpice entreprirent de concéder des terres dans la partie de la grande paroisse du Sault-au-Récollet qu’on allait désigner sous le nom de Haut-du-Sault à mesure que s’y forma un bourg; celui-ci devint plus tard le village de Bordeaux. Au-delà, en amont, débutait la paroisse de Saint-Laurent, avec les terres qui allaient former le village de Cartierville.
Ce parc fut baptisé Parc BELMONT.
La compagnie, The Belmont Park Company Limited, a été constituée en corporation par lettres patentes du Gouvernement de la Province de Québec, le 16 mai 1923.
Une charte de règlements est adoptée le premier juin 1923.
· Établir, acquérir, posséder, louer et exploiter des parcs destinés à la récréation et amusement du public.
· Établir et entretenir des restaurants et kiosques de rafraîchissements reliés à ces parcs.
· Construire, acquérir, louer et exploiter des bateaux et chaloupes mus par la vapeur, l’électricité et autre force et toutes sortes de desseins destinés à la récréation et l’amusement, et tous brevets.
· Droit de donner des représentations théâtrales, vaudeville et tout genre d’amusements analogues tels que danses et jeux.
· Acquérir, détenir, vendre, céder ou louer des immeubles, terrains et bâtiments nécessaires aux fins de la compagnie.
· exiger un prix d’entrée au dit parc et pour la jouissance d’aucun des dits desseins.
· Exploiter un restaurant, une taverne ou un hôtel.
· Payer pour aucune des propriétés et services ci-dessus mentionnés au moyen d’actions acquittées, sujet toutefois à toutes lois et règlements provinciaux, municipaux ou fédéraux concernant l’observation du dimanche et des jours de fêtes.
· Exercer tout pouvoir corollaire à ceux qui font l’objet principal de la demande de la compagnie.
· Entrer en société avec toute compagnie ou personne pour le partage des intérêts et profits.
· Acheter des actions d’autres compagnies, vendre en partie ou totalité de son entreprise.
Dans le document de mémoire des conventions et livre d’actions est inscrit un capital de quarante-huit mille piastres, divisé en actions de cent piastres chacune.
Il faudra attendre cependant le 29 janvier 1924 pour exercer l’option d’achat au bureau de l’avocat Emile Depocas. Effectivement, une promesse de vente a eu lieu entre les parties.
On peut lire :
« Que les directeurs de la compagnie sont autorisés d’acheter, au nom de la Compagnie, de Daniel-Eugène Lecavalier, médecin, l’immeuble situé à Cartierville, à Montréal, lequel fait l’objet d’un bail avec promesse de vente fait et passé le 30 avril 1923, devant le Notaire J. Théophile Legault, aux termes et conditions stipulés dans le dit bail et de signer tout acte ou document en rapport avec la dite vente.»
Notaire J.Théophile Legault
Le premier mars 1924, une résolution à l’assemblée des actionnaires et directeurs est adoptée pour que Monsieur Louis-Philippe Godin avance personnellement l'argent nécessaire à l’acquisition des dits immeubles.
Voici la liste des lots qui forment le Parc Belmont en 1923.
Carte de Cartierville avec la vue du futur terrain du parc Belmont
· Sept lots de terre ayant front sur les rues St-Léon et Rivoli sous les numéros 44 et subdivisions officielles numéros 88, 89, 101, 102, 103, 104 et 105.
· Onze lots de terre ayant front sur la rue Rivoli sous les numéros 44 et subdivisions officielles numéros 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100.
· Un immeuble faisant partie du lot 51 borné en front par la rue St-Léon, en arrière par la rivière, à l’ouest par la rue Lachapelle et par les terrains de messieurs Corbeil, Lagacé, Laurin le vendeur et L.P. Godin et à l’est par les subdivisions du no 44.
· Deux lots de terre sous le numéro 44 et subdivisions officielles 86 et 87.
On peut donc dire du Parc Belmont qu’il est un digne héritier des parcs américains comme son cousin de Coney Island et ceux qu’on retrouve au Québec à une certaine époque dont voici la liste:
Coney Island au Québec dans la région de Winsor Mill ( vers 1900 à ? ). Attention pour ne pas confondre avec le célèbre parc d'attraction Coney Island des USA.
Coney Island était situé sur la rivière St-François. La Canada Paper a noyé l'île en construisant une nouvelle dame pour le moulin St-François. Un lieu touristique pour venir y passer des vacances ou simplement un pique-nique.
Une Journée idéale sous la verdure à Coney Island. juillet 1910
Le pique-nique des épiciers à ce joli endroit de plaisance a obtenu, hier, un franc succès. Le programmes des jeux est exécuté avec enthousiasme. Le banquet donne lieu à d'éloquents discours. Après le banquet, il y eut quel nouvelles attractions, un concours de danse avec accompagnement de l'orchestre Desjardins, et à six heures, les invités reprenaient le train à destination cette fois de Montréal.
Hier matin, les épiciers de Montréal s'embarquaient à la gare Bonnaventure à destination de Conney Island. Un nombre de quatre à cinq cents excursionnistes pour ce pique-nique.
Si on regarde l’histoire des parcs dans la région de Montréal, on s’aperçoit que le premier parc privé remonte en 1831, alors qu’un monsieur Guilbault installe un jardin sur sa terre située coin Sherbrooke et St-Urbain. On le nomme alors Jardin Guilbault (1831 à 1869).
Les parcs privés comme le Parc Belmont entre autres vont apparaître plus tard. Ce genre de parc est animé par une nouvelle ressource qu’est l’électricité. Les éclairages extérieurs donnent un style magnifique avec des manèges promus par l’électricité. Les parcs sur l’île de Montréal naîtront toujours à proximité d’un tramway.
Le parc Sohmer ( Le premier juin 1889 à 1919) situé au coin de la rue Panet et Notre-Dame, ferme ses portes à la suite d’un feu le 24 mars 1919.
Le parc d’amusement Dominion (2 juin 1906 à 1938) situé au 6750 rue Notre-Dame est près de Haig, ferme ses portes à la suite d’une longue concurrence avec le Parc Belmont.
Au début du XXe siècle, l'île Grosbois devient le site du parc d'amusement nommé King Edward et d'un hippodrome qui attirent tous deux de nombreux visiteurs durant la saison estivale. L'hiver, s'y rendant sur des ponts de glace, les carrioles se livrent à de joyeuses randonnées. Le parc King Edward ( 14 juillet 1910 à 1931) situé à Île gros Bois, une des îles du Boucherville, est desservi par les bateaux Impérial, Terrebonne et Boucherville qui quittent le quai de l’avenue Pie IX.