La Salpêtrière
Hospice des filles du Roy
L'hôpital doit son nom à l'arsenal, établi sous Louis XIII, où la poudre
était fabriquée avec du salpêtre.
En avril 1656, Louis XIV signa un édit portant sur l'établissement d'un
Hôpital Général qui serait chargé des trop nombreux mendiants de la capitale.
L'Hôpital devait comprendre plusieurs bâtiments:
la Pitié pour les enfants, Bicêtre pour les hommes et, pour les femmes, la Salpêtrière.
En 1662, l'intitution comptait déjà plus de dix mille pensionnaires.
Cependant, dès 1660, les travaux d'agrandissement de l'ancien arsenal
de Paris avaient été commencés par Libéral Bruant.
Ils furent poursuivis par Le Vau qui voyait les choses en grand, puisque
la Salpêtrière devait alors couvrir le double de sa surface actuelle.
Ces bâtiments, qui comprenaient un hospice et un hôpital pour les
femmes, nous intéressent particulièrement.
Bon nombre de "filles du roi", ou filles à marier,
envoyées au Canada dans les années 1663-1673 à la
demande de Jean Talon, venaient en effet de ce grand hospice
parisien. Les candidates, au départ, etaient dotées par le roi,
en vue de leur établissement au Canada.
En 1684, Louis XIV fit ajouter à la Salpêtrière tout un quartier
indépendant de l'hospice: avec un bâtiment pour les filles
détenues à la demande de leur mari ou de leurs parents,
selon les méthodes expéditives de l'époque...
Le nom de Salpêtrière, étendu à cette prison fâcheusement célèbre, que
l'abbé Prévost immortalisa dans MANON LESCAUT, a favorisé une confusion
entre deux établissements bien distincts qu'étaient
l'hospice des files du roi et la prison. La fameuse prison de Manon Lescaut
n'existait pas encore à l'époque où les "filles du roi", pauvres mais
honnêtres, prirent le chemin du Canada.
Selon l'estimation la plus récente, celle du démographe Yves Landry,
770 filles du roi seraient venues en Nouvelle-France
de 1663 à 1673, et 737 y auraient fondé un foyer.
Catherine Renusson est venue de Normandie en 1676, donc après la fin
de l'envoi des filles du roi. On sait par son contrat de mariage qu'elle
habite en la maison des filles de la Congrégation lorsque, à 22 ans, le
23 novembre 1676, elle épouse Vincent Chamaillard, un Poitevin de 33 ans
arrivé en 1665, sabotier et laboureur, à qui elle donnera 7 enfants.
Aucun enfant ne naîtra de ces deux autres mariages avec
l'espagnol Augustin Alonzo, en 1689 à Lachine, et avec Gilles Gautreau, en 1709.