Les harmonisations chorales doivent refléter le caractère et les sentiments du compositeur.
Je veux que les chorales que je dirige chantent des pièces populaires.
Je fais chanter les mélodies par divers pupitres et non par des solistes.
Je prépare aussi une bande sonore pour chaque harmonisation.
Je ne veux pas essayer de copier l'interprète. Il faut que mes harmonisations fassent en sorte que les choristes puissent vivre les chansons qu'ils apprennent, et qu'ils en retirent le bénéfice lors des concerts.
LE CHOIX D'UNE PIÈCE
Toutes les chansons n'ont pas avantage à être chantées par une chorale.
J'évite au départ, les chansons qui ont trop de paroles pour ce qu'elles ont de musique. La chanson deviendrait écrasante et lourde.
Et aussi celles qui ont trop de musique pour ce qu'elles ont de paroles. Il y aurait trop de temps morts pour les choristes et la chanson serait décousue.
J'élimine aussi les chansons à répondre, les textes trop banals, les textes trop personnels, les textes qui font la morale ou ceux qui portent un message de rassemblement.
Je n'accepte pas de chanson dont la musique est monotone et sans éclat.
J'évite aussi les pièces trop rythmées ou trop syncopées comme certaines pièces latino par exemple.
Comme vous le voyez, le choix est plutôt restreint. J'essaie de trouver des chansons avec
une poésie intelligente, accompagnée d'une musique qui a de l'envolée.
Je me fie à mon flair. Je cherche des pièces qui ont du « swing » ou qui ont une bonne cadence.
Je veux dénicher des chansons en français le plus possible.
Vous comprendrez que mon plus grand problème est de trouver de belles chansons françaises.
Le choix est beaucoup plus grand dans les chansons anglaises, mais nos chorales sont francophones
et elles ont plus de chances de rendre une chanson dans leur langue maternelle que dans une
langue ou elle ne comprennent pas tout à fait ce qu'elles chantent.
LE DESIGN
Le design, c'est l'ossature de l'harmonisation. Avant de faire une harmonisation j'écoute
le disque attentivement. Il faut que je connaisse la pièce pratiquement par cœur.
Je la joue au piano et j'ajoute ou remplace quelquefois quelques accords pour enrichir
certains passages. Les accords, les paroles et l'air sur la partition musicale sont
parfois différents de ceux enregistrés sur le disque. Je dois faire un choix.
Je note, en suivant la feuille de musique, quelle importance je dois donner à certaines
paroles ou certaines phrases. Je détermine les passages lourds, les passages légers, et
les « punchs » rythmiques que je dois faire ressortir. Je dois identifier quels sont
les passages-clés de la pièce.
Je modifie quelquefois un peu la mélodie pour ajouter de la conviction ou pour lui
donner une autre couleur, J'ajoute, si nécessaire, une improvisation chantée en
da, da, ou dou, dou en même temps qu'un solo musical. Je peux aussi allonger une pièce trop
courte en reprenant un refrain ou lui donner un second souffle en la modulant d'un demi-ton.
La finale doit reflétée la couleur de la pièce. La musique d'accompagnement doit
généralement finir en même temps que le chœur. J'évite les finales en « fade out » ou
réduction de volume.
J'entends mentalement les différents passages chantés par les différents pupitres.
Je note quel pupitre chantera quelle strophe. Je fais jouer le disque et j'imagine la
chorale en train de chanter la chanson.
L'ÉCRITURE
Une fois le design terminé, je sais exactement comment écrire la pièce.
Plus le design est précis, plus la notation sera facile. La notation doit suivre autant que
possible les accords de la pièce, mais je me permets à l'occasion, quelques écarts.
Je dois éliminer autant que possible les intervalles trop difficiles ou non chantants,
afin de respecter les capacités du groupe et surtout la légèreté de la pièce.
Il faut éviter d'alourdir un passage qui se veut léger.
Dans les passages ou il y a beaucoup d'intervalles espacés, j'y vais avec la tierce
ou carrément à l'unisson. Je place au besoin, 4 voix dans les refrains et 5 voix dans les finales.
L'arrangement d'une pièce populaire ne suit pas les même règles que pour une pièce classique.
L'arrangement populaire doit faire ressortir la mélodie avant tout, et l'ensemble
doit rappeler la pièce originale. Les canons doivent être appliqués avec prudence, et ne doivent être
là que pour mieux faire passer la mélodie.