Déterminer un objectif de travail.

 

Avant d'entreprendre un voyage, il importe de préciser sa destination. La planification et l'organisation en dépendent presque entièrement. Il en va de même en intervention. Pour arriver à mobiliser les ressources nécessaires, pour amorcer notre démarche vers la destination choisie, pour faire converger l’ensemble des éléments impliqués dans la résolution de problème, il nous faut choisir un objectif avec soin. La P.N.L. propose une série de conditions qui, lorsqu’elles sont remplies, permettent de cerner adéquatement les objectifs.

Pour les personnes qui sont aux prises avec des absences de direction, le simple fait de les aider à se fixer des objectifs est une intervention qui peut constituer une énorme différence. Pour ceux qui sont aux prises avec des incongruences ou des absences de direction, la détermination d’un objectif constitue souvent une étape importante dans le cheminement personnel.

  1. La première condition consiste à s’assurer que l’objectif est formulé à l’affirmative.

 

De nombreuses personnes expriment leurs objectifs par la négative : Je ne veux plus me sentir mal. Je ne veux plus me tracasser avec cela. J’ai peur de ne plus être heureux, etc. Aussi légitime que puisse être leur désir de ne plus souffrir, la façon dont ces personnes s’y prennent pour l’exprimer ne permet pas de mobiliser les ressources. Bien au contraire, le fait de penser en terme négatif contribue à garder bien présente la souffrance. Il suffit d’essayer de ne pas penser à une balle rouge pour comprendre que le cerveau a une façon bien particulière de composer avec la négation. Pour ne pas penser à une balle rouge, le cerveau doit tout d’abord se faire une image d’une balle rouge et ensuite la faire disparaître. Ainsi, à chaque fois que l’on cherche à éviter la souffrance, le cerveau en fait une représentation qui rend la situation plus pénible encore.

 

Nous devons aider nos clients à exprimer ce qu’ils souhaitent en terme positif. Pour cela, il faut les orienter en les questionnant jusqu’à ce qu’ils en arrivent à une formulation adéquate. Voici un exemple typique de ce genre de questionnement :

 

Client - Je ne veux plus être timide.

Thérapeute - Que souhaitez-vous à la place ?

Client - Je ne veux plus que les autres rient de moi.

Thérapeute - Quand les autres ne rirons plus, comment serez-vous ?

Client - Je me sentirai bien peu importe la situation.

Thérapeute - À ce stade ci, peut-on résumer votre objectif en disant que vous souhaitez vous sentir bien peu importe les circonstances?

Client - oui

 

B- Lorsqu’il est exprimé en terme positif, il importe de s’assurer que l’objectif s'applique au client et est à l'intérieur de son contrôle.

 

Comme nous n’avons de véritable pouvoir que sur nous même, il est futile de se fixer un objectif qui dépend de la volonté ou du contrôle d’une autre personne. Voici quelques exemples d’objectifs qui dépendent d’éléments extérieurs : Je veux que mon conjoint soit plus sensible à mes besoins. Je souhaite que cette personne comprenne qu’il me fait de la peine lorsqu’il agit ainsi. Je ne veux qu’il arrête de me violenter. J’espère devenir riche en gagnant à la loterie.

Une telle façon de formuler des objectifs impliquent une forme de dépendance et risque à longue de susciter le découragement. En formulant des objectifs qui sont en lien avec les actions et les ressources des clients, c’est l’espoir qui devient la règle. Même lorsque d'autres sont impliqués, il est préférable d’établir des objectifs qui sont en notre pouvoir.

Exemples d’objectifs qui remplissent le deuxième critère (sous le contrôle du client) :

 

- Je souhaite établir clairement mes attentes vis à vis ma conjointe.

- Je veux devenir capable d’exprimer aux autres ce que je ressens.

- Je veux trouver des aménagements pour ne plus me retrouver dans un environnement violent.

- Je désire que l’on m’aide à planifier ma situation financière.

 

C- Pour être en mesure d’évaluer l’atteinte d’un objectif, il importe qu’il soit vérifiable en termes sensoriels.

 

En l’absence de critères directement observables, il peut être difficile de déterminer si un objectif est pleinement atteint. Si l’objectif est de devenir plus confiant et que la hauteur de la barre n’est pas fixée d’avance, cet objectif peut devenir la tâche d’une vie. Ne dit-on pas que la confiance se tisse toute la vie durant ? En aidant nos clients à déterminer des critères de réussite, nous les aidons à être conscient de leur progression.

 

Il est relativement simple d’établir des critères en termes sensoriels. Il suffit de demander ce qui sera vu, senti ou entendu, une fois que l’objectif sera atteint.

 

Exemples:

 

- Je serai satisfait de mon niveau de confiance quand je pourrai parler devant un groupe de cinq à six personnes.

- Lorsque j’aurai énoncé mes attentes à ma conjointe, ma partie sera jouée.

- Le jour où j’entendrai les personnes de mon entourage donner des explications concernant leurs agissements, je saurai que je suis capable d’établir mes limites.

 

D- Pour être efficace, un objectif doit être contextualisé de façon appropriée.

 

Il n’est pas suffisant de souhaiter une chose. Il faut également préciser quand, où et avec qui nous souhaitons que cette chose survienne ? Si la démarche qu’entreprend un client lui permet d’atteindre son objectif en 30 ans, sera-t-il satisfait ? De même, si un objectif est atteint mais dans un tout autre secteur que celui souhaité, cela sera-t-il satisfaisant ?

 

Afin d’éviter des pertes de temps et d’énergie, il est intéressant de spécifier les situations où l’objectif est approprié et celles où il ne l'est pas. Quoique l’affirmation ou le contrôle soient souvent des réactions souhaitables, il arrive que des réactions différentes soient préférables. Rien n’est plus normal qu’avoir peur lorsque la situation est menaçante. Cette réaction peut même être le déclencheur d’une réaction salutaire de fuite. Chercher à avoir le contrôle peut, dans une telle situation, entraîner de nombreuses conséquences malencontreuses.

 

Exemples d’objectifs bien contextualisés :

 

- Je veux être en mesure de m’affirmer lorsque je suis en présence de mon patron.

- Je vais prendre les moyens appropriés pour avoir terminé la rédaction de mon manuscrit d’ici la fin de l’année.

- Je désire être en possession de tous mes moyens lorsque je suis à mon travail.

 

E- Le choix de l’objectif doit être écologique, c’est-à-dire qu’il doit permettre le maintient ou amélioration des rapports du client avec son environnement global.

 

Si l’atteinte d’un objectif entraîne une série de conséquences désastreuses ou une détérioration de ce qui existait antérieurement, il convient d’en discuter la pertinence. La détermination de l’objectif est au cœur de la relation thérapeute- client. Avant de s’engager dans une intervention pouvant avoir des suites importantes, il est essentiel d’échanger sur le processus à mettre en place. L’intervention risque-t-elle de faire perdre des bénéfices secondaires positifs ? L’intervention permettra-t-elle au client d’endurer encore plus de souffrance? Comment les différents secteurs de la vie seront-ils affectés par l ’atteinte de l’objectif ? Voilà des questions qui mérite notre attention.

 

 

F- Si nous souhaitons doser adéquatement notre énergie, l’objectif doit être morcellé de façon appropriée.

 

Quand un objectif est très vaste, il est facile de se sentir dépassé par l’ampleur de la tâche. En contrepartie, si l’objectif est trop restreint, la démotivation risque de survenir rapidement. Le morcellement consiste à diviser l’objectif de manière à ce qu’il soit motivant tout en demeurant accessible. L’objectif suivant: "Je veux que ma vie soit satisfaisante" est nettement trop vaste pour être envisagé sur une courte période de temps. Il convient de le morceler en identifiant des secteurs à travailler de façon prioritaire. Il serait, à titre d’exemple, plus aisé de mettre de l’ordre dans le secteur professionnel ou émotif que de tenter de tout aborder simultanément.

 

Le temps est une importante donnée dans la détermination d’un objectif. Dans le cadre thérapeutique, la période de temps alloué pour observer des résultats est généralement assez courte. Il vaut mieux, dans ces conditions, découper les objectifs en petites unités plus facilement atteignables. Nous avons intérêt à encourager nos clients à se fixer des objectifs pour lesquels il est possible évaluer la progression à l’intérieur de la période couverte par l’intervention. Les objectifs ambitieux et globaux, aussi importants soient ils, doivent être envisagés sur une période plus longue que celle couverte par l’intervention.

 

Lorsque nous visons une cible, le centre est l'endroit le plus difficile à atteindre, particulièrement lorsque nous sommes éloignés. Il en va de même pour les objectifs. Lorsque nos objectifs sont à court ou moyen terme, qu'ils sont bien circonscrits, il ne faut pas hésiter à viser un résultat très précis. Lorsque, par contre, nos objectifs sont très vastes et à long terme, il est préférable de viser des résultats plus généraux et de considérer le hasard comme étant une donnée intégrante du processus de changement. L’acte de viser devient alors un objectif en soi. Plus l’objectif est à long terme, plus il importe d’ajuster ses moyens pour tenir compte de l’environnement.