Le courrier de l'oncle Claude a débuté en février 1992 au sein du journal des étudiants de communication de l'Université de Montréal, le ComMédia. Il a été publié presque régulièrement (avec un gros trou en 96) jusqu'à l'hiver 97. Les étudiants soumettaient des questions plus ou moins pertinentes au journal qui les relayait à l'oncle Claude. Celui-ci se faisait un devoir de répondre à toutes les lettres soumises. Il y a eu de la censure, mais pas trop. L'oncle Claude n'a jamais modifié de lettre de ses fidèles lecteurs. Aujourd'hui, grâce à la magie de l'électronique, et surtout au fait que je semble avoir du temps à perdre ou que j'ai de la difficulté à établir des priorités, vous avez la chance de poser une question à l'oncle Claude, ou encore de lire l'ancien courrier, judicieusement classé par sujets pertinents.
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alimentaire | biologie | célébrités | musique | philosophie | science | sexe | société | sport | p'tites vites | blagues intérieures
Chaque lettre est précédée de sa provenance, d'une date et de l'auteur de la question (en principe c'était anonyme, mais l'oncle Claude est futé, et comme les questions sont souvent aussi, sinon plus, intéressantes que les réponses, autant rendre à César etc, etc...). Les rares passages en italique sont des remarques de l'oncle Claude qui n'apparaissaient pas dans la parution d'origine. Bonne lecture!
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martini@Mlink.Net, octobre 1997, Martine Gingras
Monsieur Claude, Pourquoi vos correspondants vous gratifient-ils tous d'un "Cher Oncle Claude" en début de message? "Claude", ça va, c'est plutôt clair. Limpide, même. De l'eau de roche. Transparent, intelligible, lumineux, explicite (décidément, je conseille vivement le dictionnaire des synonymes d'Henri Bénac, un mec vraiment bien). Passons, passons. "Cher"? Vous êtes sûrement le seul psychopathe qui offre d'aussi bons sévices... euh... psychologue qui offre d'aussi bons services gratuitement. Vraiment, je le pense. Vous avez d'ailleurs ramené sur le droit chemin (celui du sexe, de la drogue et du rock n' roll, bien sûr) plusieurs amis qui, sans vous, auraient sûrement commandé la série complète des livres de psychologie populaire qu'on trouve à l'endos de mon télé-horaire (ça, c'était leur problème et ça ne me dérangeait pas vraiment, mais vous comprenez, j'aurais perdu les mots croisés et l'horaire du samedi matin, tous deux placés au recto, ce qui aurait été une source de contrariété pour moi). Mais quand même, je sais que "cher" est une formule de politesse courante, alors ça ne me cause pas trop de soucis. Passons aussi. Mais "Oncle"? "ONCLE"? Je vais être très franche avec vous: je crains de devoir soumettre votre cas à Info-secte si vous ne me fournissez pas d'explications sur ce point. La tactique n'est pas des plus subtiles, d'autres ont essayé avant vous de s'immiscer dans les familles, profitant de la crise postmoderne que vit celle-ci (entre l'immédiate, la reconstituée et l'étendue -- cette dernière prenant d'ailleurs une expansion non négligeable au gré des "reconstitutions"). Tenez, avant même que nous sachions dire "papa" ou "maman" (ou même "Vive le Québec libre!", mais ici, je m'égare), bon nombre de rigolos s'immiscent dans la parenté: Jésus serait notre grand-père (ne sommes-nous pas tous ses "petits-enfants"?), les curés, nos frères (comme dans "mon frère, ma soeur, c'est l'heure de la dîme"), Dieu, notre père (oups, si on suit la logique en partant de Jésus, il faut conclure qu'il est le fils de son propre fils) et Thérèse (pas celle de la Petite vie, l'autre), une Mère. Il y a d'autres théories voulant que les Élohims soient nos créateurs (au yable la famille, dans ce cas, on peut nous recréer en laboratoire). Même en cherchant bien dans ma petite bible illustrée, je n'ai pas trouvé votre trace. Et je ne nous connais aucun lien de parenté (à part le fait que nous utilisons tous deux un ordinateur Macintosh, ce qui rappelle -- mais ne saurait se substituer à -- un lien de sang). Bref, j'en arrive à ma question: si vous n'êtes pas de la parenté biblique qu'on m'a imposée d'un jet d'eau ni de celle à qui je me suis imposée après neuf mois de gestation, COMMENT POUVEZ-VOUS ÊTRE MON ONCLE? Nièce dubitative P.S.- Si ma théorie s'avère fausse et que vous êtes vraiment mon oncle, je dois en conclure que vous avez forniqué avec ma tante Claudette, la seule célibataire de la famille. Dans ce cas, acceptez toutes mes excuses et même toute ma compassion. Si vous avez enduré un après-midi à admirer sa collection de sauterelles juste pour jouer sous sa jupe, vous êtes vraiment à plaindre.Chère Nièce dubitative, De mémoire d'oncle, ta missive est la plus articulée qui me soit parvenue depuis que j'ai débuté ma mission épistolaire. Je dois même avouer humblement que la crainte a pris naissance en moi que ton style bien torché vienne porter ombrage à mes envolés moins bien maîtrisées. Mais mon altruisme légendaire a été le plus fort, au grand bonheur de mes fidèles... lecteurs. Par où commencer? Ta lettre est un véritable savon mouillé, je ne sais pas sous quel angle l'aborder. Règlons d'abord deux petits détails. Premièrement le vouvoiement. Bien qu'étant très tolérant de nature, j'ai de la difficulté à supporter qu'on me vouvoie. Vois-tu, pour moi "vous" est pluriel. Comme je souffre d'un léger problème d'embonpoint (quelques deux cents livres au-dessus de mon poid "idéal", un peu moins en kilo), j'ai toujours l'impression que le "vous" fait allusion au fait que je prend de la place pour plus que un! Tu me diras que c'est une marque de politesse. Et bien pour moi, la politesse est dans l'attitude et le comportement, non dans les mots... Deuxièmement: Info-secte. Je dois t'informer que cet organisme a cessé depuis longtemps d'accepter des soumissions à mon sujet. Ils ont déjà trois personnes à temps plein là-dessus (depuis deux ans) et ils sont encore à se demander si je suis une seul personne (et ton utilisation du "vous" ne les aidera sûrement pas). Passons (comme tu le suggères si bien à quelques reprises) à la pertinence de mes prétentions d'Oncle. Elle s'appuient non pas sur une mais bien sur quatre justifications bétons. Je ne te demande pas d'accepter les yeux fermés chacune de ces explications, mais je suis convaincu qu'au moins une te persuadera de la légitimité de cet épithète dont m'affublent mes correspondants. Commençons par la plus facile. Je suis vraiment oncle (des cinq enfants de mes deux soeurs). Par alliance je suis aussi l'oncle de tout les neveux et nièces de ma compagne (elle vient d'une famille de 18 enfants, ce qui fait presqu'un "Super Oncle" de moi). Le "Cher Oncle Claude" est donc très approprié. Tant que tu ne dis pas "Cher mon oncle Claude" la vie peut continuer son cours. Enchaînons avec la plus matraque; tu as bien admis que Dieu était notre père. Et si Dieu avait un frère? VLAN! dans les gencives. Je te laisse tirer tes conclusions. Disons seulement que lorsqu'on a décidé d'y aller pour le trip monothéiste, Dieu a été chanceux au "pile ou face". La prochaine explication fait appel à la notion de doute raisonnable. Tu as bien au moins UN père spirituel. Es-tu bien sûre qu'il n'a pas un frère, ou une soeur mariée, ou un beau-frère, ou une belle-soeur mariée, ou un frère homosexuel qui a un conjoint, etc, etc... Tu vois le portrait, un puit sans fond. Peux-tu dire avec certitude que je ne suis aucune de ces personnes? Moi-même je ne le peux pas (faut dire que je ne sais pas qui est ton père spirituel). Finalement la justification historique. Une des actions qui m'ont rendu célèbre à l'Université de Montréal est mon habitude de dire à toutes mes étudiantes "Viens t'asseoir sur les genoux à mon onc'". Ici "oncle" est utilisé comme figure de style, pour suggérer l'oncle confident, l'oncle salvateur, l'oncle pur parce que non souillé par le conflit oedipien. Le courrier de l'Oncle Claude est après tout la suite logique de cette relation privilégiée que j'ai développée au fil des ans avec mes étudiants... Alors, ça va? Au plaisir de te relire... Ton Oncle Claude P.S.: Ah! Cette chère Claudette. C'est si loin dans ma mémoire. Des sauterelles dis-tu? Je trouvais qu'elles goûtaient drôle ses pinottes...P.P.S. Les élohims, c'est pas une théorie. Ils ont effectivement fait quelques expériences (Jean-Marc Parent par exemple) non concluantes. Dégoutés, ils se sont recyclés dans la location de boîtes vocales érotiques...
poulette@Mlink.NET, juillet 1997, Pierre Ayotte Cher oncle Claude Je fais régulièrement le même rêve troublant que voici: Pierre Ayotte Cher Pierre Ayotte,Ça fait toujours plaisir de recevoir une lettre d'une personnalité en vue du monde artistique. Tu me proposes en plus une délicieuse question à volet. Pour mettre la cerise sur le sunday, ta question traite de mes quatre sujets favoris: la musique, le sexe, le sens de la vie et l'interprétation des rêves! Dieu existe donc! Voici donc, dans un premier temps, mon interprétation de ton rêve. La première chose qu'on remarque dans ta divaguation nocturne, c'est le contre-emploi à répétition: la corde de guitare comme vêtement, la perte des cheveux comme symptôme de la gêne, l'hélicoptère de la météo comme relais dans la retransmission d'un évènement rock et, finalement, la bombe H comme réveille-matin. Tout cela est troublant et pourrait mener à un comportement disfonctionnel dans la vie réelle. Il y a une solution, change d'instrument! Je te suggère fortement la flûte à bec. Aucun danger de casser une corde avec ça. En plus ça devrait considérablement diminuer le nombre de spectateur(e)s à tes spectacles, donc plus personne pour rire de toi!
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mathieu_huet@videotron.ca, octobre 1997, Mathieu Huet
Bonjour mon'onc Claude ! Je veux te poser une question à laquelle personne ne m'a encore répondu "correctement". Le foutu "chat", est-ce une maladie ou un symptôme? J'avoue avoir essayé pour ma propre culture. J'ai d'ailleur parlé avec une "suposée" fille très intéressante. C'est quand même très intéressant de pouvoir parler avec quelqu'un que tu ne verras jamais. Je crois que le "chat" est envahi par la marée des anti-socials frustrés (bien sûr je généralise). Trop gèné pour parler avec leur bouche comme tout le monde. Ce n'est pas pour rien que l'internet est sujet de débats intergalactiques. Même ma bonne vieille grand-mère est atteinte de la maladie. Elle qui sortait beaucoup plus avant sa contamination. :-) Dit moi que tes anticorps ont résisté S.V.P.!!! dogmeat inc. Cher dogmeat inc.,Le "chat", comme bien d'autres activités humaines consacrées à la communication, n'est pas une maladie en soi. Et la bouche n'est pas le seul organe de communication de l'homme. Ainsi, dans les discothèques, on s'exprime avec le corps (et parfois les mains), dans les gymnases on s'exprime avec les glandes sudorifiques, dans les saunas on s'exprime avec la... enfin tu comprends le principe. Le "chat", et ses nombreux dérivés, a l'avantage de permettre à des individus de communiquer en réduisant au minimum le "bruit" causé par les préjugés de toutes sortes. Par exemple, la "supposée" fille très intéressante avec qui tu as devisé pendant toute une soirée est en réalité un ex-lutteur de sumo sexagénaire souffrant d'acné profonde et à l'haleine fortement nauséabonde. Vive le "chat"!
pat_quinn@geocities.com, août 1997, Éric Paquin Cher Oncle Claude,
Depuis mon éloignement du PMV, maison-mère de l'éducation communicationnel, j'ai erré beaucoup. Plus personne pour me guider devant l'"Éternel en questionnement"... Et voilà, par un hasard plutôt impur, je tombe sur la page de mon guide... L'Éternel "KiaUne Raiponssatou" mieux connu sous son pseudonyme terrestre "Oncle Claude" (ne pas confondre avec Oncle George, qui, lui, non seulement ne possède pas LA vérité mais en plus il a mauvaise haleine). Bon pour faire une histoire courte, mes errances m'ont amenées dans la Verte Contrée, le pays des Farfadets, L'Irlande. Et bien que l'on trouve les farfadets en quantités industrielles, plusieurs produits industriels manquent à l'appel: Un exilé intrigué et nostalgique de l'alimentaire québécois. Cher Un exilé intrigué et nostalgique de l'alimentaire québécois.,Je doit d'abord t'avouer que j'étais très heureux de recevoir une nouvelle missive de celui qui a donné ses lettres de noblesse à la section alimentaire du courrier. Ta question est complexe. Pourquoi certains aliments populaires sont-ils absents des tablettes des épiceries irlandaises! Les raisons sont diverses. Pour le thé glacé, c'est assez facile. L'Irlande étant un coin plutôt chaud de la planète, le thé glacé ne peut demeurer que quelques secondes à basse température. Pour ce qui est des cretons et tourtières, le cartel des Taillefers n'a pas encore réussi à conclure d'entente avec un distributeur irlandais. Comme les ingrédients sont sur les tablettes, c'est moins grave. En ce qui concerne le Kraft Dinner©, je vais te faire plaisir. Tu en trouveras dans toutes les bonnes quincaillerie! Là-bas, ils s'en servent pour le calfeutrage.
mathieu_huet@videotron.ca, juillet 1997, Mathieu Huet Bonjour mon suprême, ultime, grandiose et mirifique oncle! Comment doit-on traiter un diable (femme) qui, au lieu de se faire des amis, se fait plutôt des milliers d'admirateurs affamés de sexe. Le diable en question se voit obligé de compenser sa vie de couple "défectueuse" par l'amour de tout les célibataires aveugles du coin. Moi, je suis célibataire et affamée de sexe mais heureusement pas aveugle. Je suis seulement un ami (un des rares) et un ex-aveugle. Comment lui faire comprendre que je peut être autre chose qu'un admirateur (qui est très mal vue par la fille en question). Je suis seulement un gars d'après elle. dogmeat. Cher dogmeat.,J'ai l'impression en lisant ta lettre que ton "pusher" de quartier doit rouler sur l'or! Je vais quand même essayer de mettre un peu d'ordre dans ta triste vie. Tu sembles t'être entiché d'une greluche qui refuse l'amitié au profit d'une vie sexuelle trépidante, elle même palliative à une vie de couple insatisfaisante. L'objet de ton amour ne semble avoir comme unique critère de sélection de ses amants que la cécité de ceux-ci! Tu veux savoir comment la traiter? J'hésite personnellement entre les électrochocs et la pénicilline. Pour ce qui est de ta relation trouble avec cette démone; tu es son unique ami, elle te considère seulement comme un gars et tu voudrais lui faire comprendre que tu peux être autre chose qu'un admirateur!?! Une petite dose d'électrochoc, ça te dit?
scapin@citenet.net, septembre 1997, Alain Giguère Bien le bonjour Oncle Claude, Je cherche un peu à comprendre: Selon toi, la diffusion de l'émission radio de Howard Stern à Montréal est-elle une chose inadmissible? Alain Giguère Cher Alain Giguère,Je suis très heureux que quelqu'un me pose cette question. Pour moi l'émission d'Howard Stern est aussi admissible que Piment Fort (par exemple). Je ne suis pas un fan de Stern, mais je trouve son côté irrévérencieux très rafraîchissant. Avec le nombre incroyable de blagues anti-anglo que nous produisons et consommons quotidiennement, il était temps qu'on se fasse rendre la monnaie de notre pièce. Le peuple québécois est renommé pour son grand sens de l'humour (festival de l'humour, Musée de l'humour, omni-présence des humoristes à la radio, à la télévision et sur scène). Howard Stern a malheureusement prouvé qu'on était pas mal frufru dans le fond. Qu'on le veuille ou non, tout le monde est un newfie pour quelqu'un d'autre. Certain ne l'on pas compris, comme Michèle Richard et le peuple québécois par exemple...
knut@netrover.com, août 1997, Sébastien Duchesne Salut Oncle Claude, Comme j'ai pu le constater, ton site grandit à vu d'oeil ! Bravo ! En passant, petite question philosophique pour toi : Et si les marionnettes pouvaient choisir ? (Dixit Gilles Lane, professeur de philosophie de l'U de M) Salut. Knut >:o) > Cher Knut >:o) >,Question piège! Tu parles de la marionnettes style Passe-Partout (premier niveau) ou de la marionnette style téléspectateur (deuxième niveau)? Je vais supposer que tu n'as pas les facultés affaiblies et que tu t'exprimes au deuxième niveau. Par essence, la marionnette ne peux choisir. Son état de marionnette est déterminé par sa persistence à se plier à la volonté d'autrui. Il ne faut pas voir là manque de volonté ou faiblesse d'esprit. Notre société nous donne en effet de plus en plus l'. que nous avons le pouvoir de choisir, nous rendant ainsi plus vulnérables à la manipulation. La télécommande du téléviseur est un exemple frappant. Alors qu'on à l'impression d'être investi d'un pouvoir réel (le zappage, possibilité de changer de poste à volonté) on perd en réalité la chance d'approfondir, on s'expose à un plus grand nombre de conneries sans ce donner l'opportunité de la mettre en perspective. Et, fait non négligeable, on hypertrophie notre pouce au détriment de nos mollets!
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