Que dire de la couleur dans les arts? C'est tout un monde. On peut examiner la production artistique de tout temps et s'appercevoir que la couleur est partout, sauf peut-être, dans la sculpture sur pierre où, en apparence, la couleur est absente. Ou est-ce bien le cas? On pourrait dire que même le marbre blanc possède une couleur. Mais il ne s'agit pas de couleur "appliquée" sur la matière, comme dans la peinture.
On peut affirmer, sans se tromper, que la couleur a évoluée de pair avec l'évolution des matières colorantes. Au début, les hommes se sont naturellement tournés vers les matériaux inorganiques comme les ochres et le noir de charbon. Puis, progressivement, des pigments d'origines organiques ont fait leur apparution comme le pourpre que les Phéniciens savaient extraire de la mer. Au moyen âge, plusieurs peintres fabriquaient leur propres matières colorantes à partir d'ingrédients importés de l'étranger ou pour lesquels, eux seuls avaient le secret. Aujourd'hui, la couleur est a portée de tous. Il n'y a qu'à se rendre au magasin spécialisé du coin pour trouver un grand choix de pigments d'origine synthétiques capables d'une grande gamme de couleur.
Sur la page d'ouverture du site, j'ai placé un détail d'une toile de Renoir, la danse au Beaugival. Je me souviens avoir longtemps regardé des reproductions de cette oeuvre dans des livres d'art. Tout dans cette oeuvre m'attirait. Le sujet, la composition, l'atmosphère, le mouvement, l'époque, la richesse des tons, les bleus, les teints diaphanes de la longue robe, l'expression des visages, la couleur des chapeaux, le tout merveilleusement harmonisé. Je ne me lassais pas de regarder cette image chaque fois que j'en avais l'occasion, un pur plaisir gustatif pour les yeux. Alors, vous imaginerez mon émotion quand j'ai finalement vu l'original de cette oeuvre au Museum of Fine Arts de Boston. Ouf! L'expérience visuelle était décuplée par rapport à la lithographie en quadrichromie. Alors, c'est un peu à partir de cette expérience que j'ai pensé à cette section du site.

Ce qu'il y a de remarquable dans cette oeuvre est d'abord l'usage réservé de la couleur. En dehors des fruits, on peut dire que le reste de la scène est relativement pauvre en couleur, dans ce sens que les tons sont peu vifs. On sent bien la couleur bleue de la nappe qui recouvre la table sur laquelle est posé le bol de fruit. Mais on a affaire à des nuances de bleu relativement rabattues, relativement désaturées, presque gris par endroit. Cézanne a certainement voulu ainsi préserver le centre d'attention de la pièce sur les fruits eux-meme qui, eux, sont de couleur vives. Donc, un premier contraste de saturation entre les deux éléments. On sait la préférence qu'a notre système visuel pour les couleurs saturées. On pourrait dire que la première chose qui nous attire dans cette nature morte est naturellement les couleurs saturées, et ensuite, notre regard se porte vers les éléments périphériques, comme la nappe et la toile de fond. Remarquez également comment la lumière irradie du centre de la toile, des fruits, L'orange et le citron sont les éléments picturaux les plus lumineux de l'oeuvre. On ne peut pas dire que cette oeuvre nous arrête par sa resplendissance et son éclat mais, plus on l'étudie, et plus on sent le travail de l'artiste, son travail pour les détails. Par exemple, en y regardant de plus près, je viens de m'appercevoir que la bordure de l'assiette est encore plus lumineuse ou claire que l'orange et le citron. Ça c'est certainement voulu et ajoute à la richesse de l'expérience visuelle. Je suis aussi fasciné par le travail de la toile de fond. On sent une grande richesse dans le nuancement. On voit des verts, des jaunes, des bleus, des bruns, des blancs, c'est un pur plaisir pour les yeux. En conclusion, on peut dire qu'il s'agit d'une oeuvre sensible qui dégage une tranquillité exhubérante par le travail des tonalités chaudes et froides. (la reproduction ne rend pas justice à l'original)
